Africa-Press – Niger. Le lancement du dispositif, qui vise à identifier des signaux de détresse bien avant le défaut de paiement, fait suite à une polémique sur l’inclusion des banques multilatérales régionales ayant des actionnaires privés dans la liste des prêteurs appelés à subir des pertes lors de la restructuration de la dette des pays africains.
L’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (Alliance of African Multilateral Financial Institutions/AAMFI) a lancé un système d’alerte précoce visant à détecter les premiers signaux de surendettement des pays du continent, et à éviter de futurs litiges liés à la restructuration de la dette.
L’annonce a été faite le jeudi 29 janvier par Samaila Zubairu, le président de cette alliance connue sous l’appellation de « The Africa Club » et qui regroupe sept institutions multilatérales régionales: Africa Finance Corporation (AFC), la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), la Banque de commerce et de développement de l’Afrique de l’Est et australe (Trade and Development Bank/TDB), l’African Reinsurance Corporation (Africa Re), l’African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI), Shelter Afrique Development Bank (SHAFDB) et la Compagnie de réassurance commune des États membres du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (ZEP-RE).
« Nous avons mis au point un programme de systèmes d’alerte précoce ou de détection de signaux de détresse liées à la dette, qui nous permettent d’apporter un soutien collectif aux pays en difficulté, afin de créer des instruments susceptibles d’améliorer les situations stressantes », a déclaré M. Zubairu, également PDG d’Africa Finance Corporation, selon des propos relayés par Bloomberg.
Cette initiative fait suite aux polémiques qui ont opposé des institutions financières multilatérales régionales à des emprunteurs souverains et à des agences de notation durant les processus de restructuration de la dette du Ghana et de la Zambie. Afreximbank avait annoncé le 23 janvier dernier la rupture se ses relations avec Fitch Ratings, estimant que la notation attribuée par cette agence « ne reflète plus une compréhension adéquate de son fonctionnement, de son mandat panafricain et de son accord constitutif ».
Cinq jours plus tard, Fitch Ratins a dégradé la note d’Afreximbank de « BBB- » à « BB+ », la plaçant ainsi dans la « Catégorie spéculative ». L’agence de notation a expliqué sa décision par la hausse du profil de risque de l’institution multilatérale spécialisée dans le financement du commerce africain, suite à l’annonce d’un accord avec les autorités ghanéennes, selon lequel la banque accepte de subir des pertes liées à un prêt de 750 millions USD dans le cadre d’une plus large restructuration de la dette de ce pays Ouest-africain.
Controverse autour du statut de créancier privilégié
Le Ghana et la Zambie avaient demandé la restructuration de leur dette dans le cadre du Cadre commun du G20, un mécanisme conçu dans la foulée de la pandémie de Covid-19 pour fournir aux pays à faible revenu des traitements de dettes coordonnées et mobilisant un large éventail de créanciers. Lors du processus d’allègement de la dette de ces deux pays, les négociations ont empêché le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) de subir des pertes, car ils sont considérés comme des institutions financières multilatérales accordant des financements concessionnels.
Le Ghana et la Zambie ont cependant estimé que deux membres de l’AAMFI, Afreximbank et la Trade and Development Bank, devaient accorder un allègement de dette comparable à celui accordé par leurs créanciers bilatéraux officiels. En décembre 2025, Afreximbank a accepté de subir des pertes liées à un prêt accordé au Ghana, mettant ainsi fin à une impasse qui menaçait de compromettre les accords conclus par le pays avec d’autres créanciers. Afreximbank a aussi engagé une procédure d’arbitrage contre la Zambie, cherchant à protéger le « statut de créancier privilégié ».
Celui-ci est un principe largement accepté, en vertu duquel les banques multilatérales de développement (BMD) et les autres institutions de financement du développement ne sont pas tenues de participer à des rééchelonnements de la dette dans le cas d’un État souverain connaissant des difficultés financières, tout en étant prioritaires pour le remboursement de la dette. Le FMI avait précédemment estimé que les banques de développement ne peuvent pas se déclarer unilatéralement créanciers privilégiés, et que les créanciers officiels ne reconnaissent pas ce statut pour les prêteurs qui ont des actionnaires privés, ce qui est le cas d’Afreximbank.
La Trade and Development Bank a, quant à elle, adopté une approche plus souple, en rachetant les parts détenues par des actionnaires non souverains, afin de satisfaire à l’exigence de ne pas avoir d’actionnaires privés. Elle est actuellement en pourparlers avec la Zambie pour restructurer sa dette dans ce pays.
Le lancement d’un système d’alerte précoce sur le surendettement en Afrique survient dans un contexte marqué par la montée des inquiétudes par rapport à une nouvelle crise de la dette sur le continent. Selon un rapport publié en février 2025 par Afreximbank, neuf pays ont été identifiés comme étant en situation de surendettement: le Ghana, le Malawi, le Mozambique, la République du Congo, São Tomé et Príncipe, la Somalie, le Soudan, la Zambie et le Zimbabwe. 19 autres pays, dont le Kenya, le Cameroun, la République centrafricaine et la Tunisie, sont classés comme présentant un risque élevé de surendettement, d’après le même rapport.
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Niger, suivez Africa-Press





