Africa-Press – Niger. La dissémination des sachets plastiques dans les rues de Niamey est un problème environnemental majeur qui persiste malgré la loi adoptée en 2014 interdisant la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation de ces sachets plastiques non biodégradables. Cette loi peine à être appliquée avec la rareté des contrôles et une sensibilisation insuffisante qui laissent le plastique à usage unique circuler librement. Cette situation n’est pas sans conséquences sur la santé humaine, animale ainsi que sur l’environnement.
Les plastiques sont omniprésents dans les rues et particulièrement autour des marchés. Ils jonchent les sols et s’envolent au gré du vent, contribuant à une pollution visible et persistante. Malgré l’interdiction officielle des sachets plastiques, leur utilisation reste courante, notamment dans les marchés, où les commerçants continuent de les distribuer pour emballer les produits, et les clients les préfèrent pour leur praticabilité. Il suffit de parcourir aujourd’hui les rues, les quartiers de Niamey pour constater la présence massive de toute sorte de déchets plastiques. Des bouteilles et leurs bouchons, des sacs à usage unique, des emballages, des couverts, sont jetés n’importe comment et un peu partout devant les habitations, dans les ruelles, les caniveaux ainsi que les cours d’eau avant de terminer leur course dans le fleuve Niger.
Selon des données disponibles au Ministère de l’Environnement, à Niamey, la quantité de déchets produits par une seule personne est estimée à 0, 75 kg/ jour dont une part significative est constituée de plastiques. La ville génère ainsi près de 1 125 tonnes de déchets quotidiens, dont environ 40% restent dans la ville, souvent abandonnés dans les caniveaux ou servant de remblais, contribuant à la pollution urbaine et aux inondations.
Ainsi, pour réduire la prolifération de ces plastiques, certaines personnes ont trouvé une méthode qui consiste à les ramasser, les regrouper et ensuite procéder à leur incinération, ignorant le danger que cela pourrait avoir sur l’environnement. Cette pratique est observée un peu partout au niveau des quartiers.
Selon le spécialiste en soins infirmiers, pédagogue des Sciences de la Santé et intervenant sur le développement durable, Dr Boubacar Thiombiano, l’incinération du plastique produit une substance liquide ou gazeuse toxique, sous forme de vapeur ou de fumée en suspension dans l’air. Elle a des conséquences énormes sur la santé de la communauté, de la famille et de l’individu. « L’inhalation de ces substances causent plusieurs infections respiratoires aiguës sous forme d’allergies, de toux, de bronchite, de rhinite, de sinusite et de rhinopharyngite qui, plus tard, se compliquent en pathologies chroniques avec comme corollaire le cancer », a-t-il expliqué.
C’est pourquoi, Dr Boubacar Thiombiano invite la population à préserver l’environnement et à abandonner ces genres de pratiques qui nuisent à la santé de l’homme. « L’air que nous respirons est un élément vivant. C’est pourquoi, nous devons préserver la qualité de cette ressource gratuite, intarissable et inépuisable », a conseillé ce spécialiste.
La valorisation du plastique, une solution d’avenir pour l’environnement
Les déchets plastiques constituent aujourd’hui une sérieuse menace pour l’environnement à l’échelle mondiale. La production accrue de plastiques et leur utilisation croissante ont entraîné une augmentation significative des déchets plastiques, qui peuvent mettre des siècles à se décomposer. Toutefois, ces déchets représentent non seulement un défi, mais aussi une opportunité de valorisation. En récupérant et réutilisant ces matériaux pour fabriquer de nouveaux produits, on peut ainsi diminuer la pollution et réduire l’impact écologique.
Dans un pays où les infrastructures de gestion des déchets sont encore au stade rudimentaire, cette situation représente un danger imminent. Ainsi, pour combattre ce fléau à l’échelle mondiale, des entreprises privées, des organisations non-gouvernementales, le gouvernement ainsi que d’autres acteurs intensifient leurs efforts pour mettre en œuvre des systèmes destinés à atténuer les impacts négatifs des plastiques. La valorisation du plastique est une solution innovante et cruciale face aux enjeux environnementaux. En effet, la valorisation des déchets plastiques pose un défi majeur pour l’environnement et l’économie. Cette dernière peut prendre plusieurs formes, notamment le recyclage qui implique la collecte, le tri et la transformation des plastiques en nouveaux produits, la valorisation énergétique consistant à transformer les déchets en énergie et la réutilisation qui permet de concevoir de nouveaux objets, comme des pots ou des objets de décoration.
Depuis une dizaine d’années, le recyclage est devenu une seconde activité pour de nombreuses personnes au Niger. Selon, M. Mohamed Tya Sidi, promoteur de Tazolt Green, les plastiques, les canettes et les cartons représentent les principales catégories de déchets recyclables. Il a également souligné que ce qui rend le processus particulièrement intéressant, ce sont les méthodes utilisées par les acteurs pour transformer les déchets, souvent à l’aide de techniques rudimentaires, artisanales ou semi-artisanales. « Dans la majorité des cas, le processus suit les étapes suivantes: la collecte ou l’achat des déchets, le tri et le nettoyage, puis la transformation en produits valorisés », a souligné le promoteur de Tazolt Green.
Tazolt Green est un centre de tri et de valorisation des déchets de Dagamanet (Agadez) qui met principalement l’accent sur la valorisation des déchets plastiques. Ils sont en effet transformés en produits utiles tels que des mobiliers scolaires, des dalles pour latrines, des pavés, des chaises, etc.
« Nous disposons à Agadez d’un grand centre équipé d’outils modernes, ce qui nous distingue du modèle purement artisanal. Nos clients nous rapportent que nos produits résistent très bien à la chaleur, à la pluie et au vent, que ce soit pour un usage domestique ou professionnel », a-t-il souligné.
Pour obtenir un bon produit à base de déchets plastiques (ou tout autre type de déchets), a ajouté l’entrepreneur, le tri est une étape cruciale. Un mauvais tri compromet le processus de valorisation, entraînant des pertes de matière, d’énergie et un produit final de mauvaise qualité.
« Beaucoup soutiennent cette initiative car elle leur permet non seulement de faire des économies en achetant des produits durables à moindre coût, mais aussi de participer à la protection de l’environnement », a-t-il dit.
Cependant, malgré les efforts consentis par les entrepreneurs pour valoriser les déchets, ils sont confrontés à des difficultés liées à la commercialisation et la gestion de stock.
D’après ses explications, sur le plan commercial, ils rencontrent des difficultés à écouler les produits dues à la réticence de nombreuses personnes à utiliser des objets fabriqués à partir de déchets plastiques, malgré leur durabilité et leur excellent rapport qualité-prix. En ce qui concerne la gestion, a-t-il dit, il est particulièrement difficile de stocker de grandes quantités de déchets plastiques. « Par exemple, gérer un stock de 200 tonnes sans disposer de hangars adaptés expose les matériaux aux intempéries, comme la pluie et le vent, ce qui compromet leur qualité », a ajouté M. Mohamed Tya Sidi. Pour ce qui est de l’expansion, il est complexe d’étendre le modèle économique à d’autres régions, telles que Niamey, en raison des investissements importants que cela nécessiterait en matière d’infrastructures, de logistique et de ressources humaines.
Malgré les difficultés, la valorisation des déchets plastiques présente plusieurs avantages notamment la réduction des déchets, la conservation des ressources et la création d’emplois. « Sur le plan social, cette activité permet de créer des emplois et d’offrir des opportunités de formation, en particulier aux jeunes et aux femmes. Sur le plan environnemental, elle contribue à la réduction de la prolifération des déchets plastiques dans nos villes et villages, participant ainsi à un cadre de vie plus sain. Sur le plan économique, elle permet de transformer un problème (les déchets) en une ressource génératrice de revenus et d’innovation locale», a expliqué le promoteur de Tazolt Green.
Enfin, bien que le recyclage puisse entraîner une forme de pollution de l’air, les risques restent limités au Niger en raison de l’absence d’unités industrielles lourdes. Cela donne une opportunité unique de développer une économie circulaire locale, durable et respectueuse de l’environnement. La transformation des déchets plastiques constitue un enjeu crucial pour la protection de l’environnement et le développement économique, exigeant une démarche durable et consciente pour réduire les déchets et sauvegarder les ressources disponibles.
Vente de plastique dans les marchés par les jeunes
Malgré l’interdiction des plastiques, leur commercialisation se fait un peu partout en ville et surtout dans les marchés. Il est fréquent de rencontrer des jeunes dans la ville avec surtout des plastiques sur un vélo ou une moto sillonnant les carrefours pour vendre leur produit au vu et au su des autorités du pays. C’est le cas de Moussa Salou, un jeune, rencontré dans un quartier de Niamey en train de vendre des sachets plastiques à un boutiquier. Ce jeune pratique ce commerce depuis plus de 4 ans à Niamey. « Je suis un vendeur de sachets plastiques depuis plusieurs années. Je circule avec mes produits sur une moto. Je vends en détail et en gros les sachets plastiques aux vendeuses de galettes, de beignets. Je ravitaille également les boutiquiers de certains quartiers de la place», a-t-il déclaré. Parlant des problèmes rencontrés, le jeune commerçant Moussa affirme qu’il n’a jamais rencontré de problèmes. Mais plutôt, il gagne beaucoup dans ce commerce. Il dit être satisfait de son métier qui lui permet de subvenir à ses besoins quotidiens. « Je n’ai jamais appris que la vente des sachets plastiques est interdite au Niger et j’achète toujours mes produits chez les grossistes du Grand Marché », a-t-il lâché sèchement. À part Moussa, il y a beaucoup de jeunes qui n’ont pas connaissance de la loi de 2014 interdisant la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des sachets plastiques non biodégradables. Qu’à cela ne tienne, comme le disent les praticiens du droit, « nul n’est censé ignorer la loi ».
Yacine Hassane et Fatiyatou Inoussa (ONEP)
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Niger, suivez Africa-Press