Africa-Press – Benin. Une étude juridique analytique indique que le rôle des Émirats dans la guerre soudanaise dépasse le cadre du soutien politique ou militaire indirect, soulevant des questions juridiques concernant la responsabilité d’Abou Dhabi pour les atrocités commises au Soudan par le financement de centaines de mercenaires colombiens et le soutien aux milices de soutien rapide.
L’étude, publiée par une source locale, met en lumière le réseau de soutien fourni par les Émirats aux milices de soutien rapide, ainsi que le rôle joué par des entreprises de sécurité privées liées aux Émirats dans le recrutement, le transport et le financement de militaires colombiens, dont certains ont participé aux opérations militaires qui ont abouti à la prise de la ville de El Fasher par les forces de soutien rapide.
Cette étude intervient à un moment où les craintes de répétition du scénario d’El Fasher dans la ville d’El Obeid et les régions du nord du Kordofan augmentent, alors que les Nations Unies et d’autres pays mettent en garde contre la possibilité de nouvelles atrocités avec la poursuite de l’avancée des forces de soutien rapide.
L’étude rappelle que les rapports provenant d’El Fasher ont évoqué des opérations de massacres, des attaques ciblées contre des communautés non arabes, ainsi que des viols et des violences sexuelles généralisées. Amnesty International a conclu, selon l’étude, que les forces de soutien rapide ont commis des crimes contre l’humanité, tandis que la mission d’enquête des Nations Unies a estimé que ce qui s’est passé à El Fasher et dans ses environs présente « des caractéristiques de génocide ».
Les Émirats comme principal soutien militaire
L’étude affirme que les forces de soutien rapide ont reçu un soutien extérieur diversifié, mais décrit les Émirats comme la source la plus importante d’aide militaire reçue par ces forces.
Selon des rapports publiés, ce soutien a inclus des armes utilisées dans les opérations des forces de soutien rapide à El Fasher et ailleurs, y compris des drones fabriqués en Chine et des munitions thermiques serbes.
Cependant, le point le plus sensible de l’étude concerne le réseau de mercenaires ou de militaires contractuels étrangers. Elle fait référence à des rapports d’organisations telles que Human Rights Watch et le groupe « Conflict Insights Group », qui ont évoqué la participation de centaines de soldats colombiens anciens dans les opérations militaires des forces de soutien rapide.
Ces rapports indiquent que les contractuels colombiens ont occupé divers rôles, y compris la direction de drones, l’opération d’artillerie et la formation. Un des contractuels a déclaré à Human Rights Watch avoir mené des « opérations conjointes » avec les forces de soutien rapide.
L’étude indique également que des témoignages ont rapporté la présence de combattants étrangers dans des zones ayant connu des massacres et des viols.
Elle soulève également la possibilité que certains de ces contractuels aient eux-mêmes été impliqués dans des violations du droit international, que ce soit par l’utilisation de drones armés dans des opérations visant des civils ou par la formation d’enfants contraints de participer aux combats.
Une entreprise basée aux Émirats et des liens avec des responsables de haut niveau
L’étude met en lumière l’entreprise « Global Security Services Group » (GSSG), basée aux Émirats, qui aurait employé des contractuels colombiens et payé leurs salaires.
Selon des informations relayées par Human Rights Watch, les Émirats ont facilité le voyage de ces contractuels vers le Soudan, certains ayant reçu une formation de la part de citoyens émiratis dans une base militaire à Abou Dhabi.
La gravité de ces événements est accentuée par ce que l’étude décrit comme un lien étroit entre l’entreprise et des responsables émiratis de haut niveau, ainsi que par le fait qu’elle a obtenu des licences délivrées par des autorités gouvernementales émiraties pour exercer des activités de sécurité.
L’étude passe alors du volet politique à la question juridique: peut-on considérer que les actions de ces contractuels sont des actes privés, ou agissaient-ils en tant que mandataires du gouvernement des Émirats?
Elle estime que cette possibilité mérite une enquête juridique sérieuse, car le droit international permet, dans certaines circonstances, d’attribuer les actions d’une entité privée à l’État lorsque cette entité est légalement habilitée à exercer des fonctions gouvernementales.
Selon l’étude, déléguer à une entreprise privée des missions militaires dans un autre pays peut entrer dans le cadre de l’exercice de l’autorité gouvernementale, d’autant plus que l’utilisation de la force militaire est l’une des prérogatives les plus étroitement liées à l’autorité de l’État.
Attribution des crimes des forces de soutien rapide
L’étude présente une évaluation juridique plus prudente concernant la responsabilité directe des Émirats pour les crimes commis par les forces de soutien rapide.
Elle souligne que les preuves disponibles publiquement, bien qu’elles montrent l’ampleur du soutien militaire et financier reçu par les forces, ne suffisent actuellement pas à prouver que les forces de soutien rapide étaient simplement un appareil subordonné aux Émirats ou qu’elles agissaient sous « un contrôle effectif » direct d’Abou Dhabi.
Elle précise que le droit international impose un critère très élevé pour attribuer les actions d’un groupe armé à un État étranger, car il faut prouver que l’État exerçait un contrôle sur les actions spécifiques qui constituaient une violation du droit international, et non simplement fournir des armes, un financement ou un soutien militaire.
Ainsi, l’étude conclut que les informations disponibles ne permettent pas légalement, pour le moment, de considérer toutes les atrocités des forces de soutien rapide comme des actions directement attribuables aux Émirats.
Cependant, cette conclusion n’innocente pas Abou Dhabi de sa responsabilité légale potentielle. L’étude fait une distinction entre la responsabilité des Émirats pour les actions des forces de soutien rapide elles-mêmes et sa responsabilité potentielle pour les actions des contractuels militaires qui ont peut-être agi sous un mandat ou une couverture légale émanant d’institutions émiraties.
Les mercenaires pourraient ouvrir la voie à une responsabilité internationale
L’étude considère que ce point représente l’un des aspects les plus préoccupants de l’affaire. Si les Émirats ont effectivement mandaté l’entreprise GSSG ou d’autres pour fournir des combattants ou un soutien militaire aux forces de soutien rapide, alors les actions commises par ces contractuels lors de l’exécution de ces missions pourraient être attribuées à l’État des Émirats.
Dans ce cas, toute violation du droit international, comme le ciblage de civils ou l’utilisation de drones dans des attaques contre eux ou la formation d’enfants au combat, pourrait passer d’infractions potentielles commises par des individus à des actes internationalement illégaux pouvant engager directement la responsabilité d’Abou Dhabi.
L’étude indique que les conséquences juridiques potentielles pourraient inclure l’obligation pour les Émirats de mettre fin aux comportements nuisibles et de fournir une réparation complète pour les dommages causés.
Elle va même plus loin, considérant que le soutien des Émirats aux forces de soutien rapide pourrait soulever des responsabilités juridiques indépendantes même si toutes les actions des forces ne peuvent pas être directement attribuées à elles. Parmi ces possibilités figurent la violation du devoir de prévenir le génocide ou la violation de règles internationales concernant l’utilisation de la force par l’armement d’un groupe armé ayant commis des actes de violence au Soudan.
Appel à ne pas ignorer le rôle des Émirats
En conclusion, l’étude critique ce qu’elle décrit comme l’hésitation des pays étrangers à confronter les Émirats en raison de leur rôle dans la guerre soudanaise, et appelle à diriger l’attention non seulement sur les crimes des forces de soutien rapide, mais aussi sur le comportement de leurs soutiens extérieurs.
Elle souligne qu’Abou Dhabi, selon son analyse, ne peut être dissocié du paysage militaire qui a permis aux forces de soutien rapide de poursuivre leurs opérations, même si les preuves disponibles actuellement ne suffisent pas à attribuer directement tous les crimes de ces forces à elle.
Alors que les combats se rapprochent de la ville d’El Obeid, l’étude met en garde que le monde est confronté à un nouveau test: continuera-t-on à traiter les Émirats comme un simple acteur externe fournissant un soutien, ou les preuves concernant le réseau d’armement, de financement et de contractuels militaires se transformeront-elles en un dossier de responsabilité juridique et politique plaçant Abou Dhabi devant une responsabilité directe pour son rôle dans l’une des guerres les plus sanglantes de la région?
La conclusion la plus claire de l’étude est que la dépendance à l’égard des groupes armés et des mercenaires n’exonère pas nécessairement l’État soutien de sa responsabilité, et que le réseau de contractuels colombiens pourrait constituer le lien juridique reliant le soutien émirati aux crimes potentiels sur le sol soudanais.





