Il était l’une des plus grandes figures de la boxe burkinabè. Dramane Nabaloum, plus connu sous le nom de Boum Boum, a définitivement rangé ses gants le vendredi 15 janvier 2026. Une date qui restera gravée dans la mémoire des amoureux de la boxe africaine en général, et burkinabè en particulier, tant son parcours a été jalonné de succès retentissants. Au cours de sa carrière, Dramane Nabaloum a été triple champion d’Afrique et triple champion du monde version WBC. Quelques jours après la disparition de cet illustre représentant du noble art, des acteurs du monde sportif reviennent sur son parcours et évoquent certains faits marquants de sa carrière.
Abdoul Diallo, journaliste sportif à la retraite :
« Boum Boum a fait connaître le Burkina dans le monde entier »
« Boum Boum, je l’ai connu en 1991-1992 à la Maison des jeunes où il s’entraînait. C’est là que nous l’avons vu pour la première fois. Nous avons échangé parce qu’il me connaissait déjà comme présentateur du journal. J’ai eu la chance de le présenter au ministre d’alors, Théodore Hien, et nous avons essayé de voir ce que nous pouvions faire.
La Fédération, qui vivotait, a été prise en charge immédiatement par Patrice Tassembédo, qui l’a dynamisée. C’est dans cette dynamique qu’il a essayé de pousser Boum Boum, déjà néo-pro, vers le professionnalisme. C’est chose faite. En 1993, on le présentait au championnat d’Afrique des poids plumes. Il n’a pas hésité. Il a remporté son combat contre Joe Orewa, un Nigérian qui faisait partie des cracks ayant conservé ce titre pendant très longtemps. Boum Boum l’a battu à la cinquième reprise.
La boxe burkinabè a ainsi décollé. Il a livré plusieurs combats de défense de titre et aucun de ses adversaires n’a tenu plus de cinq reprises, aucun, sur près de quatre défenses de titre. En 1996, comme Boum Boum était déjà lancé, la Fédération burkinabè de boxe a estimé qu’on pouvait le présenter au championnat du monde.
Après une préparation sérieuse, avec un dernier combat pour la défense de son titre face à Sandé Okoli du Nigeria, un sergent-chef de l’armée nigériane, qu’il a frappé à la huitième reprise ici à Ouagadougou, Boum Boum a confirmé sa stature. Lorsque le boxeur s’est relevé, le visage tuméfié, déformé, à mon micro, il a dit, je cite :
“Ce boxeur est un très grand boxeur, je le respecte. Il m’a battu, il est plus jeune que moi, mais j’ai cru que ma résistance allait avoir raison de lui. Non, au contraire, il m’a vidé et il m’a terminé. Je le félicite, puisse Dieu l’accompagner.”
Boum Boum venait ainsi de confirmer tout le bien qu’on disait de lui. Depuis ce temps, il était connu à travers l’Afrique. Le jour où j’ai appris son décès, à 23 heures, j’ai passé une nuit blanche. Nous étions très proches. Je retiens de lui un grand boxeur. Boum Boum a fait connaître le Burkina dans le monde entier. Que Dieu l’accueille dans son paradis et que l’héritage qu’il a laissé profite à la jeune génération.
Gabriel Barrois, journaliste sportif à la retraite :
« Je retiens de Dramane Nabaloum l’image d’un boxeur prolifique des années 90 »
« Je retiens de Dramane Nabaloum l’image d’un boxeur prolifique des années 90, qui s’est illustré sur le ring grâce à sa puissance de bras, ce qui lui a valu son surnom de Boum Boum. Sa manière d’achever ses combats avant la limite ou de les mener à terme en a fait un triple champion d’Afrique.
Mais au cours de sa carrière professionnelle, c’est surtout son tempérament de tueur du ring qui lui a permis d’être sacré trois fois champion du monde version WBC. Cela montre qu’il ne se contentait pas seulement de ses poings pour remporter un combat. Il y mettait également de l’intelligence. À ce titre, on aurait pu parler de la science Boum Boum.
Il avait une bonne utilisation de ses poings et une excellente exploitation du ring. Sa capacité à jauger l’adversaire lui permettait de passer à l’action après un ou deux rounds d’observation. Boum Boum avait tout compris de la boxe. Il savait qu’il ne suffisait pas de se jeter sur un adversaire et de frapper sans relâche pour gagner.
Il avait assimilé l’enseignement d’un grand technicien comme Jean-Pierre Mayé, pour qui le coup de poing doit à la fois atteindre la cible et porter pour être consigné par les juges. Le Burkina Faso a connu de très grands boxeurs amateurs, comme Kélétigui Ouattara, Moussa Ouattara, Abdou Balima, Yassia ou encore Kinda Arouna. Mais celui qui a le mieux incarné la discipline au pays des hommes intègres est, de mon point de vue, Dramane Nabaloum. C’est ce qui lui a apporté une plus grande visibilité.
Il a inspiré de nombreux jeunes par sa tenue sur le ring. Pour avoir suivi toute sa carrière, c’est avec une immense tristesse que j’ai appris la nouvelle de sa disparition. Avant sa mort, je le voyais se consumer à petit feu, et cela me chagrinait profondément. Un grand champion s’en est allé, emportant avec lui toute une légende. Boum Boum, repose en paix. »
Mathias Napaongo, alias Le Fighter, boxeur burkinabè :
« Dramane Nabaloum dit Boum Boum était combatif corps et âme pour son pays »
« Ce que je retiens de Dramane Nabaloum dit Boum Boum, c’est qu’il était combatif corps et âme pour son pays. Je me rappelle très bien qu’il disait qu’il faut d’abord aimer son pays. C’est vrai qu’on ne peut pas vivre sans argent, mais quand on persévère avec l’amour de la nation, on réussit.
C’est Nabaloum qui a poussé la boxe, et même le sport burkinabè, vers le haut. Il y a eu des champions, c’est vrai, mais c’est lui qui a montré au monde entier que le Burkina Faso est un pays de courageux, de combattants. Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais assis devant ma télévision. Je me rappelle qu’il avait l’habitude de m’appeler cousin. »
Jean Elysée Nikièma (stagiaire)
