Avocature Burkinabè: Cinquante Ans de Lutte pour le Droit

Avocature Burkinabè: Cinquante Ans de Lutte pour le Droit
Avocature Burkinabè: Cinquante Ans de Lutte pour le Droit

Africa-Press – Burkina Faso. Le Barreau du Burkina Faso marque une étape historique de son existence. À l’occasion du cinquantenaire de l’avocature, placé sous le patronage du Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, l’Ordre des avocats tient sa rentrée solennelle ce jeudi 29 janvier 2026 à Ouagadougou. Les festivités, qui se déroulent du 26 au 31 janvier, s’articulent autour du thème évocateur: « 50 ans d’une avocature en mouvement ».

La célébration du cinquantenaire de l’avocature couplée à la rentrée solennelle du Barreau du Burkina Faso dépasse largement les frontières nationales. Une douzaine de pays ont répondu présents, témoignant de l’aura et du rayonnement du Barreau burkinabè. Il s’agit notamment du Bénin, du Togo, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger, du Tchad, du Cameroun, de la Guinée, de la Guinée-Bissau, du Sénégal, de la République démocratique du Congo et de la Belgique.

Cette forte mobilisation internationale illustre la place qu’occupe l’avocature du Burkina Faso dans le concert juridique africain et au-delà, ainsi que la solidarité qui unit les défenseurs du droit face aux défis contemporains.

Une fierté assumée pour un demi-siècle d’engagement

Prenant la parole, le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso, Me Batibié Benao, n’a pas caché l’orgueil légitime et la fierté qui animent l’institution qu’il dirige. Il a rappelé que depuis cinquante ans, l’avocat burkinabè incarne la voix de la défense, se dresse comme un rempart face aux libertés fragilisées et demeure une sentinelle vigilante des droits fondamentaux.

« Nous avons traversé les tempêtes de l’histoire. Parfois objets et souvent acteurs de réformes judiciaires. Toujours témoins vivants de transitions politiques diverses. Nous laissons assurément des traces », a-t-il souligné.

Pour le bâtonnier, l’avocat burkinabè ne saurait être réduit à un simple plaideur. Il est, selon ses mots, le cœur battant d’un État où doit régner la primauté du droit. Une profession investie d’une mission exigeante: dire le droit, défendre les libertés et rappeler sans relâche que nul n’est au-dessus de la loi.

Dans cette dynamique, Me Batibié Benao a profité de la tribune pour plaider en faveur de l’accès effectif au juge pour toutes les personnes privées de liberté et en attente d’être entendues par la justice.

Des plaidoyers sans détour

Le bâtonnier a également évoqué des situations précises qui, selon lui, interrogent profondément les fondements mêmes du métier d’avocat.

« Nous plaidons pour l’accès au juge de notre confrère Guy Hervé Kam, à qui les portes de Thémis ont été refermées derrière lui. Nous plaidons pour l’abandon des poursuites initiées contre notre Arno Sampébré, dont les faits à lui reprochés nous inquiètent tous. Car ils questionnent le socle de notre métier que sont le sens du secret professionnel, les effets du mandat ad litem, et la portée réelle de la protection des témoins devant la justice », a indiqué Me Batibé Benao.

Face à ces plaidoiries, le chef du gouvernement a apporté une réponse claire. Il a rappelé que l’action gouvernementale s’inscrit dans un esprit de sacrifice et de responsabilité historique.

« La mission que nous menons aujourd’hui est une mission qui se mène dans un esprit de sacrifice. Nous ne craignons pas la justice des hommes, mais la justice de l’histoire. Rassurez-vous, nous ne voulons pas qu’il y ait justice seulement pour des privilégiés, mais qu’il y ait justice pour tous », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a tenu à inscrire son intervention sous le sceau de la reconnaissance et de la mémoire nationale. À l’entame de son propos, il a rendu un hommage appuyé aux forces combattantes, qui, au prix de sacrifices incommensurables, œuvrent quotidiennement à la protection de la nation. Il a à cet effet invité l’assistance à honorer la mémoire de ceux tombés sur le champ d’honneur. Le chef du gouvernement a également salué la détermination du peuple burkinabè, résolument engagé dans la quête d’une souveraineté totale et durable.

Revenant sur l’histoire de l’avocature nationale, le chef du gouvernement a souligné la portée symbolique et institutionnelle de ce cinquantenaire, rappelant que les premiers avocats burkinabè ont prêté serment en novembre 1975. Depuis lors, le Barreau a traversé les grandes mutations de la vie nationale, entre transitions politiques, défis sociaux et enjeux sécuritaires, tout en demeurant fidèle à son serment. Profession exigeante et parfois incomprise, l’avocature burkinabè s’est néanmoins imposée comme un pilier essentiel de l’architecture républicaine, forte d’un héritage précieux et porteuse d’une lourde responsabilité envers les générations futures.

Dans un contexte où le Burkina Faso écrit une page décisive de son histoire, le Premier ministre a appelé les avocats à jouer pleinement leur rôle dans la construction d’une justice crédible, indépendante et accessible à tous, en particulier aux plus démunis. Tout en saluant leur contribution à la défense des libertés et à l’accès au droit, il a insisté sur la nécessité pour l’avocature de se réinventer et de s’inscrire comme un acteur de premier plan dans les réformes engagées par le gouvernement, sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, en vue de moderniser le système judiciaire et de promouvoir une justice ancrée dans les valeurs endogènes.

Enfin, face aux défis contemporains liés à la digitalisation du droit, à l’intelligence artificielle et aux transformations technologiques, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a exhorté le monde de l’avocature à approfondir la réflexion sur la souveraineté juridique africaine. Pour lui, le droit doit rester un levier de développement et non un instrument de dépendance. Convaincu que la qualité des échanges issus des activités scientifiques prévues contribuera à l’émergence d’un système judiciaire équitable et garant de la paix sociale, il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à maintenir un dialogue constructif avec le Barreau, avant de souhaiter une rentrée solennelle et un cinquantenaire à la hauteur de l’histoire et des défis de la profession.

Selon le président du comité d’organisation, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, les activités ont démarré dès le 26 janvier. Elles ont été ponctuées par la prestation de serment d’une vingtaine de nouveaux avocats, moment fort marquant la relève et la continuité de l’institution.

À cela se sont ajoutées des activités sportives, dont la très attendue Coupe du Bâtonnier du Burkina Faso, ainsi que la tenue d’un colloque international consacré aux enjeux actuels et futurs de la profession d’avocat dans un contexte de mutations politiques, sociales et sécuritaires.

Au-delà des célébrations, ce cinquantenaire apparaît comme un moment de réflexion profonde sur le rôle de l’avocat dans le Burkina Faso d’aujourd’hui et de demain. Une avocature en mouvement, fidèle à ses valeurs, consciente de ses responsabilités et résolument tournée vers la défense de l’État de droit, au service de tous les citoyens.

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