
Valérie Colette Piga a soutenu sa thèse de doctorat en sociologie, option sociologie de la santé sur le thème : « Accès aux soins de santé et assistance humanitaire pour les personnes déplacées internes en contexte de crise dans la commune de Kaya (Burkina Faso) ». La soutenance s’est tenue le lundi 9 février 2026 à l’École doctorale de l’université Joseph Ki-Zerbo, à Ouagadougou.
A entendre l’impétrante, le choix de son thème est étroitement lié à son parcours professionnel. Actrice humanitaire de terrain, Valérie Colette Piga a expliqué que la crise sécuritaire, marquée par un afflux massif de personnes déplacées internes (PDI), a mis en évidence de nombreuses insuffisances dans la prise en charge sanitaire.
« Le système de santé s’est retrouvé en déphasage avec les besoins réels de la population déplacée, ce qui a nécessité le développement de stratégies en partenariat avec les acteurs humanitaires », a-t-elle souligné.
Les résultats de sa recherche mettent notamment en lumière des difficultés d’adhésion initiales à la politique spécifique de prise en charge des PDI, dues en partie à son manque d’harmonisation avec la politique d’accès universel à l’assurance maladie. Valérie Colette Piga a également relevé que certaines approches mises en œuvre ont peu favorisé la participation communautaire et le développement endogène, ce qui a privilégié des mécanismes de gratuité au détriment de l’implication des acteurs locaux.
Face à ces constats, elle recommande une réévaluation des politiques publiques en tenant compte du contexte de crise, une amélioration du processus d’identification des PDI à travers l’enregistrement biométrique afin d’éviter les doublons, ainsi qu’une meilleure coordination des interventions. Elle plaide surtout pour une promotion accrue des acteurs endogènes dans la prise en charge des personnes déplacées internes.
Les résultats de la recherche ont été présentés devant un jury international présidé par le Pr Kamba André-Marie Soubeïga, professeur titulaire à l’université Joseph Ki-Zerbo. La direction scientifique de la thèse a été assurée par le Dr Roger Zerbo, directeur de recherche à l’INSS/CNRST.
Le jury comptait également parmi ses membres les rapporteurs que sont le Pr Roch Apollinaire Houngnihin, anthropologue, professeur titulaire au Laboratoire d’anthropologie médicale appliquée (LAMA) de l’université d’Abomey-Calavi (Bénin), et le Dr Sidbéwendin David Olivier Ilboudo, sociologue, maître de conférences à l’université Thomas Sankara.
L’examinatrice était le Dr Missida Blandine Bila, maître de recherche à l’IRSS/CNRST (Burkina Faso).
Ainsi, à l’issue de la délibération, le jury a jugé son document recevable avec la mention très honorable et l’a déclarée digne du grade de docteure en sociologie, option sociologie de la santé.
Le Pr André-Marie Soubeïga a salué le travail de l’impétrante qu’il a qualifié de bon travail d’investigation sociologique et anthropologique, fondé sur une collecte rigoureuse de données auprès d’une population vulnérable. Il a également souligné la pertinence de la thématique dans le contexte actuel de crise. Il a estimé que les personnes déplacées internes, si elles ne sont pas prises en charge, peuvent constituer une véritable bombe sociale. Selon lui, cette recherche constitue une contribution importante à une meilleure compréhension de la problématique et pourra utilement éclairer les décideurs publics dans l’élaboration de réponses adaptées.
De son côté, le Dr Roger Zerbo, directeur de thèse, a mis en avant la résilience et la détermination de la doctorante. Il a salué une collaboration enrichissante, marquée par la capacité de l’impétrante à concilier vie familiale, activités professionnelles et exigences de la recherche scientifique.
« C’est une grande satisfaction pour moi de l’avoir accompagnée depuis le master jusqu’au doctorat. Sa motivation et sa persévérance ont été déterminantes », a-t-il confié.
Il lui a adressé ses félicitations et ses encouragements pour la suite de son parcours.
Pour la suite de son parcours, Valérie Colette Piga, désormais docteure en sociologie, option sociologie de la santé, entend poursuivre son engagement sur le terrain. « Nous sommes aujourd’hui dans une logique de réinstallation et d’accompagnement des personnes déplacées vers leurs zones d’origine. Il est donc nécessaire d’adapter et de réaménager les politiques afin de faciliter leur réintégration au niveau local », a-t-elle indiqué.
Hanifa Koussoubé