Africa-Press – Burkina Faso. Akiam Bayipoukouba Patrice a soutenu, le mercredi 25 février 2026, sa thèse de doctorat unique en sociologie à l’université Joseph Ki-Zerbo. Son travail, intitulé « Aires protégées, dynamiques socio-économiques et foncières: l’exemple du couloir des éléphants et sa zone d’influence dans le complexe écologique PONASI en pays kasena », met en lumière les défis de gouvernance et d’inclusion des communautés locales dans la gestion des espaces protégés.
Encadré par le Pr Ramané Kaboré, le doctorant a défendu ses travaux devant un jury présidé par l’ancien ministre de l’enseignement supérieur, Alkhassoum Maïga. À l’issue de la délibération, il a obtenu la mention très honorable avec les félicitations du jury, consacrant ainsi la qualité scientifique de sa recherche.
À travers l’étude du couloir des éléphants et de sa zone d’influence dans le complexe écologique PONASI, le nouveau docteur analyse les interactions entre conservation de la biodiversité, dynamiques socio-économiques et enjeux fonciers. Son travail met en évidence les tensions récurrentes entre politiques de conservation et logiques locales.
Selon lui, les politiques publiques de gestion des aires protégées restent souvent marquées par une approche descendante, où les décisions sont principalement portées par l’administration forestière et ses partenaires techniques et financiers, avec une implication très limitée des populations directement concernées. Le Dr Akiam Bayipoukouba Patrice interpelle directement les décideurs publics. Il insiste sur la nécessité d’intégrer de manière effective les réalités socioculturelles, économiques et politiques des sociétés locales, à l’instar du pays kasena, dans les politiques de conservation des aires protégées: « la question des réalités socioculturelles et économiques est toujours abordée dans les politiques d’aires protégées au Burkina Faso mais n’est pas toujours prise en compte comme il se doit dans les faits. La notion de gestion participative a longtemps demeuré dans une rhétorique discursive plutôt que dans la pratique. Les décisions viennent toujours d’en haut pour être greffées aux communautés locales sans consultation préalable de ces dernières par des spécialistes habilités, en l’occurrence des sociologues et des anthropologues. On ne donne pas le temps aux populations locales de s’exprimer. On oublie que dans les sociétés traditionnelles la nature et l’homme sont intrinsèquement liés. Or les politiques ne prennent pas toujours en compte cet aspect. Par conséquent, on note toujours des difficultés pour gérer de façon harmonieuse et durable les aires protégées », a-t-il souligné. Ainsi, cette négligence des savoirs locaux explique en partie les difficultés persistantes dans la gestion harmonieuse et durable des aires protégées.
Pour l’impétrant, le modèle de gouvernance des aires protégées demeure jusque-là un héritage colonial, d’où sa dénonciation d’un « colonialisme vert » qui légalise l’exclusion des populations locales de l’accès total à leurs ressources naturelles. Il soutient que la protection de la nature ne peut réussir sans une écoute sincère et approfondie des populations vivant au contact direct avec la faune et la flore de ces espaces, en l’occurrence le couloir des éléphants dénommé le corridor n° 1.
De ce point de vue, il conclut qu’à l’instar du couloir des éléphants, les aires protégées sont loin d’être des espaces isolés spécifiquement dédiés à une protection exclusive des ressources naturelles. Elles s’insèrent dans des territoires habités ou autrefois habités par des communautés qui ont des croyances, des habitudes, des pratiques économiques ainsi que des rapports à la terre profondément imbriqués à ces territoires. Le couloir des éléphants, l’espace spécialement aménagé pour assurer la connectivité écologique entre le Parc national de Pô (PNP), encore appelé parc national Kaboré Tambi, et le ranch du gibier de Nazinga/forêt classée de Sissili et la survie de la faune, est aussi un territoire fortement convoité et partagé, où la poursuite des intérêts divergents entre conservationnistes et populations locales riveraines génère non seulement des tensions, mais aussi des formes d’adaptation, de négociation et de résistance.
À bien des égards, les dynamiques suscitées par les aménagements forestiers dans cette partie du pays kasena se révèlent tout particulièrement stratégiques et mettent en lumière les enjeux de pouvoir, d’accès et de contrôle des ressources naturelles qui conditionnent les possibilités de coexistence durable entre protection de la nature et développement socio-économique. De facto, les impératifs de conservation sont indissociables des réalités sociales et économiques locales, et c’est la prise en compte réelle des usages, des savoirs et des aspirations des communautés locales qui doit ouvrir la voie à une gouvernance plus inclusive et à des solutions durables.
Selon son directeur de thèse, cette étude montre la nécessité de développer une politique environnementale en tenant compte des savoirs endogènes afin d’éviter les conflits multidimensionnels. Il indique que les politiques concernant les aires protégées sont souvent en déphasage avec les réalités du pays. Le Pr Kaboré invite les autorités à prendre en compte le travail réalisé par son étudiant afin de trouver une solution durable.
Au-delà du cas spécifique du complexe écologique PONASI, cette thèse ouvre le débat sur la gouvernance environnementale au Burkina Faso. Elle invite à repenser les mécanismes de concertation, à renforcer la participation réelle des populations locales et à valoriser les savoirs endogènes dans les stratégies de conservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. En somme, le Dr Akiam Bayipoukouba Patrice propose un changement de paradigme: passer d’une gestion participative proclamée à une participation réelle et inclusive, condition essentielle pour concilier préservation de la biodiversité et développement local durable.
Rama Diallo
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