Burkina Protection Sociale Pour Autonomiser Populations Vulnérables

Burkina Protection Sociale Pour Autonomiser Populations Vulnérables
Burkina Protection Sociale Pour Autonomiser Populations Vulnérables

Africa-Press – Burkina Faso. Le ministère de la Famille et de la solidarité a procédé, ce mercredi 18 mars 2026 à Ouagadougou, à l’ouverture de l’atelier national de validation du rapport provisoire d’une étude consacrée aux mécanismes d’inclusion économique dans la protection sociale. Il s’est agi d’examiner le document, de recueillir les observations, recommandations et contributions des différentes parties prenantes, puis de procéder à sa validation technique. Réalisée par le ministère de la Famille et de la solidarité avec l’appui technique et financier du Programme alimentaire mondial (PAM) et du Fonds des nations unies pour l’enfance (UNICEF), cette étude s’inscrit dans le cadre du Programme national d’appui à l’autonomisation des ménages pauvres et vulnérables (PAMPV). Elle vise à recenser les différents mécanismes d’inclusion économique des ménages vulnérables afin de faciliter leur intégration dans les dispositifs de protection sociale.

Face à la crise multidimensionnelle (sécuritaire et humanitaire), qui fragilise les conditions de vie des populations, le Burkina Faso a engagé un tournant stratégique important à travers la Décision n°2022-1124 du 28 novembre 2022. Cette mesure a suspendu les transferts monétaires classiques au profit d’une approche axée sur l’autonomisation durable des ménages vulnérables, via le Programme national d’appui à l’autonomisation des ménages pauvres et vulnérables (PAMPV). L’objectif est de rompre avec la dépendance à l’aide en favorisant l’émergence d’acteurs économiques résilients.

C’est dans cette dynamique qu’a été réalisée une étude nationale visant à analyser la pertinence des mesures d’inclusion économique, à identifier les bonnes pratiques et à définir des modalités opérationnelles adaptées. La démarche méthodologique, inclusive et participative, a combiné des approches quantitatives et qualitatives couvrant les 17 régions du pays. Elle a mobilisé 608 ménages pour l’enquête quantitative ainsi que 341 participants à travers des entretiens et des focus groups.

Les résultats révèlent des ménages de grande taille (en moyenne 10 membres), comprenant une proportion significative de personnes en situation de handicap (29,6 %) et de Personnes déplacées internes (PDI). Bien que plus de la moitié des enquêtés connaissent les programmes de soutien, le niveau de satisfaction reste globalement moyen, avec une insatisfaction plus marquée chez les PDI (33,9 %). Ces constats mettent en évidence la nécessité d’intégrer davantage les outils économiques dans les dispositifs de protection sociale.

Sur le plan institutionnel, bien que les mesures d’inclusion économique soient inscrites dans la Stratégie nationale de protection sociale (SNPS) et la politique Travail, emploi et protection sociale (TEPS 2018-2027), leur mise en œuvre souffre d’un manque de coordination entre les acteurs, limitant ainsi leur efficacité.

L’étude préconise un modèle opérationnel basé sur l’approche « Graduation » ou « Cash Plus », articulé autour de quatre phases, combinant services financiers (capital d’amorçage, crédits solidaires) et services non financiers (formation, coaching, accès aux intrants). Elle souligne également que la levée de la suspension des transferts monétaires dépendra de l’adoption d’un nouveau guide d’intervention, visant à corriger les insuffisances passées, notamment les erreurs de ciblage, les tensions entre populations hôtes et déplacées, ainsi que les risques de détournement.

Sur le terrain, 67,8 % des bénéficiaires jugent les mesures d’inclusion économique pertinentes, avec des impacts positifs sur les revenus, la sécurité alimentaire et la confiance en soi, notamment chez les femmes. Toutefois, plusieurs défis persistent, notamment l’accès limité aux services en zones rurales, l’inadaptation de certains modèles financiers, la faible maîtrise de la gestion financière, ainsi que la vulnérabilité des micro-entreprises face aux chocs climatiques et aux fluctuations du marché. Par ailleurs, l’adhésion aux Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) reste faible (16,8 %), malgré leur potentiel, alors que 801 structures ont été recensées.

Des orientations stratégiques pour lever les contraintes identifiées

L’étude met en avant des solutions concrètes inspirées d’expériences réussies aux niveaux national et international, avec une forte préférence des ménages pour les subventions, les AVEC et l’accès facilité aux marchés. Elle conclut que l’inclusion économique constitue un investissement stratégique essentiel pour transformer la vulnérabilité en résilience durable.

« L’enjeu central est désormais double. Il s’agit, d’une part, de renforcer les capacités institutionnelles des acteurs de l’action sociale afin qu’ils puissent fournir des services de prévention et de réponse adaptés aux besoins des populations affectées et, d’autre part, de transformer les communautés vulnérables en acteurs économiques résilients, capables de convertir les chocs en opportunités de rebond. Ces défis impliquent la nécessité impérieuse de sortir des approches compartimentées pour établir un triple nexus opérationnel entre l’humanitaire, le développement et la consolidation de la paix. En s’appuyant sur une analyse rigoureuse des expériences réussies et des contraintes du terrain, cette étude ambitionne de poser les jalons d’une autonomisation réelle des ménages pauvres et vulnérables, garantissant ainsi une dignité retrouvée et une stabilité sociale durable dans notre pays. La proactivité des équipes sur le terrain a permis aux experts chargés de l’étude d’obtenir des résultats appréciables, de garantir la fiabilité des données et de formuler des recommandations qui seront soumises à votre examen. Je vous exhorte à des échanges constructifs et fructueux afin d’aboutir à un document consensuel », a déclaré, dans son allocution, la conseillère technique du ministère de la Famille et de la solidarité, Salimata Romba/Conombo.

Des recommandations ont été formulées pour traiter les goulots d’étranglement identifiés. Elles visent à garantir une sortie soutenable et durable de la vulnérabilité des ménages pauvres et vulnérables au Burkina Faso.

À l’endroit du gouvernement, notamment du ministère de la Famille et de la solidarité, il est recommandé d’adopter les mesures d’inclusion économique comme approche prioritaire pour l’autonomisation des ménages pauvres et vulnérables, y compris les PDI et les retournés, tout en améliorant la qualité et l’accessibilité des interventions sur le terrain ; d’instruire les acteurs de développement à mettre en œuvre de manière systématique des mesures concrètes d’inclusion économique, alignées sur les potentialités socio-économiques spécifiques de chaque région ; d’ériger l’approche des Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) en priorité nationale pour l’autonomisation financière des ménages pauvres et vulnérables, avec pour objectif d’atteindre 50 % des femmes du Burkina Faso, tout en renforçant leurs capacités entrepreneuriales ; d’accélérer le déploiement national du Registre social unique (RSU) ; de promouvoir l’inclusion numérique à travers l’accès à des outils et services abordables afin de réduire les inégalités d’accès aux institutions financières ; de renforcer les compétences techniques du personnel du ministère, aux niveaux central et déconcentré, afin d’assurer une meilleure appropriation nationale et un pilotage efficace des programmes d’inclusion économique ; enfin, de documenter les bonnes pratiques et d’intensifier les actions d’information et de communication afin de favoriser l’adhésion et la transparence autour de l’approche d’inclusion économique.

À l’égard des partenaires techniques et financiers, il est préconisé de renforcer l’appui technique et financier au ministère de la Famille et de la solidarité pour la conception et le déploiement de programmes d’inclusion économique, tout en intensifiant les efforts de communication et de plaidoyer pour une appropriation nationale de l’approche ; d’accroître les financements dédiés aux initiatives d’autonomisation des femmes, des jeunes et des personnes handicapées, notamment à travers le passage à l’échelle des AVEC, le soutien aux Activités génératrices de revenus (AGR) résilientes au climat et la facilitation de l’accès au crédit productif ; enfin, de soutenir la mise en place d’infrastructures économiques structurantes tout en promouvant l’inclusion numérique par l’accès à des outils technologiques abordables, considérés comme des leviers essentiels pour l’inclusion des ménages les plus vulnérables.

À l’adresse des acteurs locaux de développement, il est recommandé de généraliser l’approche AVEC comme levier d’autonomisation des groupes spécifiques, notamment les femmes, les jeunes, les PDI, les retournés ainsi que les personnes handicapées et âgées, en renforçant leurs capacités techniques et entrepreneuriales pour une participation active ; de mettre en œuvre les mesures d’inclusion économique en adéquation avec les potentialités socio-économiques régionales, tout en menant des actions de plaidoyer auprès des autorités locales (administratives, coutumières et religieuses) et des organisations de microfinance afin de sécuriser le cadre d’intervention, en veillant à ce que chaque projet soit accepté, protégé et soutenu par l’ensemble des acteurs locaux ; enfin, de favoriser l’inclusion numérique en facilitant l’accès à des outils technologiques abordables pour les ménages les plus vulnérables, afin de moderniser les activités de subsistance et de faciliter les transactions financières locales.

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