Burkina/Scoliose : Reconnaître les signes et agir avant qu’il ne soit trop tard

Burkina/Scoliose : Reconnaître les signes et agir avant qu’il ne soit trop tard
Burkina/Scoliose : Reconnaître les signes et agir avant qu’il ne soit trop tard

La scoliose, déformation silencieuse de la colonne vertébrale, peut provoquer douleurs, complications et troubles posturaux si elle n’est pas détectée tôt. Le Dr Ahmed Camille Ouédraogo, spécialiste en médecine physique et réadaptation, explique dans cet entretien, comment reconnaître les premiers signes, l’importance d’un dépistage précoce et le rôle essentiel de la kinésithérapie pour limiter l’évolution de la maladie et préserver la qualité de vie.

: Qu’est-ce que la scoliose et comment la définir simplement pour le public ?

Dr Ahmed Camille Ouédraogo : La scoliose est une déviation permanente de la colonne vertébrale liée à une rotation des vertèbres. Elle survient en général dans l’enfance et l’adolescence, mais elle peut se déclarer aussi un peu plus tard.

Existe-t-il différents types de scolioses et quelles sont les formes les plus fréquentes ?

Il existe plusieurs types de scoliose. Les principaux types de scolioses se classent en fonction de leur origine et de l’âge du patient. Selon l’origine, on distingue la scoliose idiopathique, dont la cause n’a pas été identifiée, et qui représente environ 80 % des cas. Viennent ensuite, les scolioses congénitales, qui sont découvertes à la naissance, puis les scolioses d’origine neuromusculaire et les scolioses dégénératives qui sont des scolioses acquises. La scoliose peut également être classée en fonction de l’âge d’apparition, en scoliose infantile, juvénile ou bien adulte.

A partir de quel âge la scoliose peut-elle apparaître ?

La scoliose peut apparaître à tout âge. La forme la plus fréquente est la scoliose idiopathique, dont la cause est inconnue. Elle présente un pic de fréquence à l’adolescence, généralement entre 10 et 16 ans, et touche majoritairement les filles. Toutefois, selon l’origine, la scoliose peut également être présente dès la naissance ou apparaître plus tard à l’âge adulte, notamment chez les personnes âgées.

Pourquoi ça touche principalement les filles ?

La scoliose touche principalement les filles, en raison de facteurs génétiques. Ces causes génétiques seraient notamment liées à des gènes portés par le chromosome X, ce qui explique une prévalence plus élevée chez les filles, compte tenu des mécanismes génétiques de la maladie.

Quelles sont les principales causes ou facteurs favorisant la scoliose ?

Parmi les facteurs favorisant la scoliose, on retrouve d’abord la prédisposition génétique. Viennent ensuite certaines maladies neuromusculaires, notamment la paralysie cérébrale chez l’enfant ou la dystrophie musculaire. Les malformations congénitales constituent également un facteur de risque, tout comme l’ostéoporose chez les personnes âgées. Chez les adolescents, la scoliose est plus fréquemment associée à des déséquilibres posturaux prolongés, liés à de mauvaises postures adoptées au cours de la scolarité ou à des habitudes quotidiennes inadaptées.

Quels sont les signes visibles ou symptômes qui doivent alerter ?

Les signes visibles, ou plutôt les signes d’alerte de la scoliose, reposent d’abord sur la recherche d’asymétries corporelles, notamment au niveau des épaules, des omoplates et des hanches. On peut également observer une taille décalée ou une tête légèrement mal alignée. Une bosse au niveau du dos peut aussi être constatée, particulièrement lorsque la personne se penche en avant. La scoliose peut par ailleurs se manifester par une fatigue inhabituelle et des douleurs persistantes au niveau du dos. Dans certains cas, une inégalité de longueur des membres inférieurs peut orienter le diagnostic. Toutefois, dans la majorité des situations, une consultation médicale est indispensable, et une évaluation radiologique peut être nécessaire pour confirmer le diagnostic.

À quel moment faut-il consulter et comment se fait le diagnostic de la scoliose ?

Le diagnostic de la scoliose est clinique. Il repose principalement sur l’observation de l’asymétrie au niveau du corps. On utilise un test qui s’appelle le test d’Adams. Il s’agit de se pencher en avant et de mettre en évidence cette gibosité, qui est une bosse qu’on voit dans le dos. La présence de cette gibosité signe une rotation vertébrale et fait le diagnostic. On peut compléter le diagnostic clinique par un examen neurologique avec un appareil qu’on appelle le scoliomètre. Très souvent, cet examen clinique est réalisé par un professionnel et confirmé par une radiologie, où on va mesurer un angle qu’on appelle l’angle de Cobb, qui permet de confirmer qu’il s’agit bien d’une scoliose et enfin, éventuellement, de pouvoir voir quelle est la gravité de la scoliose.

Quel est le rôle spécifique du kinésithérapeute dans la prise en charge de la scoliose ?

Le kinésithérapeute joue un rôle clé, notamment dans la surveillance de l’évolution de la scoliose et dans la prise en charge thérapeutique. Les objectifs du traitement kinésithérapique sont principalement de limiter la progression de la scoliose, de réduire la douleur, d’améliorer la posture et la mobilité, de renforcer et d’assouplir la musculature, ainsi que de travailler la respiration et l’équilibre. Le kinésithérapeute peut également recourir à des techniques spécifiques, telles que l’auto-agrandissement et des exercices ciblés visant à décomprimer la colonne vertébrale.

La kinésithérapie peut-elle corriger la scoliose ou seulement freiner son évolution ?

La kinésithérapie a pour objectif principal de freiner l’évolution de la courbure. Elle vise également à soulager la douleur, à améliorer la posture et la mobilité, et à optimiser la fonction respiratoire, tout en adaptant le traitement à l’âge et au type de scoliose afin d’améliorer la qualité de vie du patient. Dans la plupart des cas, la kinésithérapie constitue un complément à d’autres prises en charge.

A quel stade de la maladie la kinésithérapie est-elle la plus efficace ?

La kinésithérapie est indiquée à tous les stades de la scoliose, mais elle est particulièrement recommandée durant la période de croissance, étant donné que la scoliose idiopathique est plus fréquente chez les adolescents. C’est pendant cette période qu’un dépistage rapide et une prise en charge précoce sont essentiels. La kinésithérapie est souvent associée au port d’un corset afin d’améliorer la tolérance et l’efficacité du traitement. Bien qu’elle soit efficace, elle vise surtout à ralentir la progression de la scoliose dans les cas modérés et n’est généralement pas suffisante lorsque la déformation est sévère. En revanche, elle contribue de manière significative à améliorer la qualité de vie du patient et peut parfois prévenir le recours à la chirurgie ou au port prolongé du corset.

Existe-t-il des stades de la scoliose où la kinésithérapie ne peut plus rien faire  ?

Il y a toujours un intérêt à recourir à la kinésithérapie. Les objectifs peuvent toutefois varier selon le stade de la scoliose. Il n’existe donc pas de stade où la kinésithérapie serait totalement inutile. L’objectif n’est pas toujours de redresser la colonne, mais parfois simplement d’améliorer la qualité de vie du patient et de réduire la souffrance qu’il peut ressentir.

Comment se déroule généralement un suivi kinésithérapique pour un patient atteint de la scoliose ?

Le suivi de la scoliose se fait généralement soit en parallèle avec le port d’un corset, soit sous forme d’un suivi médical basé sur des exercices personnalisés. Ces exercices, prescrits par le kinésithérapeute, visent à atteindre différents objectifs comme la reprogrammation posturale, l’auto-agrandissement, le renforcement musculaire, et parfois le travail respiratoire, notamment pour les scolioses situées haut dans la région thoracique. Il existe de nombreuses méthodes de kinésithérapie, et c’est le professionnel qui décide des techniques les plus adaptées en fonction des besoins spécifiques du patient.

Combien de temps peut durer la prise en charge et à quelle fréquence doit se faire les séances ?

La durée de la kinésithérapie varie considérablement selon les cas. Elle peut aller de quelques semaines à plusieurs mois, voire plusieurs années, en fonction de la sévérité de la scoliose, de l’ampleur de la déformation et du stade de croissance du patient. Le suivi d’un adolescent n’est pas comparable à celui d’un adulte ou d’une personne âgée.

La durée dépend également de l’objectif du traitement. Il peut s’agir de la surveillance d’un enfant pour éviter une aggravation, d’un suivi post-chirurgical, ou de la correction de mauvaises postures chez un enfant. Tous ces éléments déterminent la durée du suivi.

Quant à la fréquence des séances, elle est généralement de 2 à 3 fois par semaine, mais peut aller jusqu’à des séances quotidiennes si l’objectif est une rééducation intensive visant à corriger des déséquilibres posturaux.

Quelles peuvent être les conséquences d’une scoliose non prise en charge sur la santé et la vie quotidienne des patients ?

En général, une scoliose non traitée risque de s’aggraver avec le temps. Elle peut provoquer des douleurs chroniques, parfois handicapantes, ainsi que des raideurs musculaires difficiles à vivre. Des déformations visibles et des déséquilibres posturaux peuvent également apparaître. Chez la personne âgée, ces déséquilibres peuvent se traduire par une camptocornie, c’est-à-dire une posture penchée en avant.

La scoliose peut également entraîner des compressions nerveuses, qui se manifestent par des douleurs ou des engourdissements au niveau des doigts si la scoliose est haute, ou dans les jambes si elle est basse.

Dans les cas très sévères, des complications cardiaques ou respiratoires peuvent survenir, affectant fortement l’autonomie et la qualité de vie. C’est pourquoi il est essentiel de prendre en charge le patient dès que le dépistage est effectué.

Vous avez tantôt parlé de scoliose haute ou basse. Est-ce à dire qu’elle peut affecter tous les membres du corps ?

La scoliose est une déformation de la colonne vertébrale, qui se compose de plusieurs segments : la colonne cervicale, la colonne dorsale (thoracique) et la colonne lombaire. Selon le niveau où se situe la scoliose, les conséquences fonctionnelles peuvent varier.

Une scoliose thoracique peut affecter les organes intrathoraciques, notamment les poumons et le cœur, tandis qu’une scoliose lombaire peut avoir des répercussions sur les organes abdominaux, notamment la digestion. Ainsi, le niveau de la scoliose détermine le type et l’importance des complications qui peuvent en découler.

Peut-on prévenir la scoliose ou à défaut favoriser une détection précoce ?

La prévention de la scoliose repose d’abord sur un dépistage régulier. En général, il est recommandé de dépister la scoliose à partir de l’âge de 10 ans chez les filles et 13 ans chez les garçons. Toutefois, le dépistage peut également intervenir plus tard pour prévenir les complications une fois la scoliose identifiée. La prévention ne se limite pas au renforcement musculaire via des activités physiques, mais inclut le choix de sports adaptés, tels que la natation, le yoga ou la gymnastique. Une alimentation équilibrée, riche en calcium et en vitamine D, contribue également à une colonne vertébrale saine.

Quel message avez-vous à adresser aux parents, enseignants et jeunes pour une détection précoce ?

Pour les parents, il est important de rester vigilants face à un enfant qui se plaint de douleurs fréquentes au dos. Observer sa posture et détecter rapidement toute asymétrie ou inégalité est essentiel. En cas de doute, il faut consulter un spécialiste pour un diagnostic clinique, éventuellement confirmé par une radiologie. Quand aux enseignants, il faut écouter les élèves qui se plaignent de douleurs dorsales et les encourager à adopter des postures correctes essentielles pour la prévention. Aux adolescents et jeunes, éviter les mauvaises postures prolongées est crucial. Certaines scolioses peuvent être peu douloureuses tout en étant déformantes, donc la douleur n’est pas le seul signe d’alerte. Observer son corps dans un miroir pour détecter une asymétrie ou une inclinaison d’un côté ou de l’autre peut aider à consulter rapidement et vérifier qu’il ne s’agit pas d’une scoliose.

Constatez-vous une prise en charge et de conscience suffisante de la scoliose au Burkina Faso ?

Il existe une prise en charge de la scoliose, mais elle reste souvent insuffisante. Bien que de plus en plus de parents consultent, le problème principal est que la maladie est souvent détectée tard, à des stades où la déformation est déjà avancée ou lorsque des complications sont apparues. L’âge de dépistage est donc un facteur crucial pour garantir une prise en charge efficace et prévenir les complications. De manière générale, on peut dire que la prise de conscience reste encore insuffisante, tant chez les parents que dans le milieu scolaire ou le grand public.

Quelles sont les principales difficultés liées à la prise en charge de la scoliose dans nos structures de santé ?

Parmi les difficultés rencontrées dans la prise en charge de la scoliose, on peut d’abord citer la méconnaissance des parents concernant les implications fonctionnelles à long terme d’une scoliose mal suivie, ainsi que le retard dans le diagnostic et la prise en charge.

On note également l’insuffisance des centres de santé disposant de personnel qualifié pour le diagnostic et le référencement des patients vers les spécialistes de la rééducation. Les moyens de diagnostic et de traitement restent limités dans de nombreux centres de rééducation. Enfin, il existe un déficit de collaboration interdisciplinaire entre les différents acteurs impliqués dans la prise en charge, notamment les médecins, les kinésithérapeutes, les orthoprothésistes et les spécialistes des activités physiques adaptées pour les adolescents.

Que faudrait-il améliorer pour renforcer la prévention et la prise en charge de la scoliose dans notre pays ?

Pour renforcer la prévention de la scoliose, il est nécessaire de mettre en œuvre des stratégies efficaces de dépistage précoce, aussi bien dans les centres de santé que dans les établissements scolaires. Il est également essentiel de former les acteurs de santé au diagnostic et à la prise en charge de la scoliose, et de consulter les spécialistes dès que nécessaire afin de trouver la meilleure solution pour chaque patient.

Est-ce que vous avez un dernier mot ?

N’attendez pas que la scoliose ou qu’une asymétrie deviennent douloureuses pour consulter. Une scoliose, même non douloureuse, justifie une prise en charge rééducative.

Anita Mireille Zongo

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