À l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, communiquer demeure paradoxalement un grand défi dans de nombreuses zones rurales et fragiles de la planète. Zones blanches persistantes, crises sécuritaires, vulnérabilités énergétiques et menaces technologiques, l’accès à l’information reste précaire pour des millions de personnes. Face à ces réalités qu’il décrit dans les lignes qui suivent, Sylvestre Ouédraogo fait remarquer que des solutions classiques et modernes existent. Cependant il estime que leur déploiement appelle une réflexion urgente et concertée des États, des opérateurs et de la société civile.
Grâce au téléphone portable, il est devenu banal de communiquer presque sur toute la planète dans les centres urbains. Dans certaines zones rurales, il est toujours difficile de communiquer correctement. Le principe de l’IUT précisant que l’on devrait bénéficier d’un point de communication dans un rayon de 5 km en zone rurale est une utopie dans plusieurs régions du monde. Il existe des millions de zones blanches permanentes et des zones blanches temporaires.
Les zones blanches sont des endroits où il est impossible de communiquer, c’est-à-dire d’envoyer une information d’un point A à un point B à tout moment. Le service universel des télécommunications garantit un accès de base (téléphonie/internet) à prix abordable, crucial en zone rurale pour briser l’isolement. Il vise à couvrir les zones isolées via des technologies adaptées (GSM, satellite) pour soutenir le développement local et la connectivité. Au Burkina Faso, l’objectif incluait d’équiper des villages.
Cette situation s’est aggravée avec les crises sécuritaires, les révoltes et bouleversements dans plusieurs régions du monde où les communications sont parfois purement et simplement coupées.
Il est fréquent, quand on veut communiquer dans certaines régions, de se déplacer sur plusieurs kilomètres, de monter sur des collines pour pouvoir capter les signaux des réseaux téléphoniques. Je me souviens de cette dame qui doit monter sur la colline et braver les serpents et les scorpions pour suivre une formation à distance. Parfois, nous lui demandons si ça va sur sa colline perchée et calée avec ses powerbanks pour ne pas être à court d’énergie.
Dans plusieurs régions du Burkina, les bandits commencent par saboter les antennes BTS des opérateurs pour couper la population de toute communication avant d’opérer leurs sales besognes.
Les rayonnements solaires de type électromagnétique sont capables de brouiller, voire de griller tous les équipements électroniques qui fonctionnent et nous ne sommes pas à l’abri d’un tel phénomène dans notre vie. En effet, les tempêtes solaires, dont l’intensité maximale revient environ tous les 11 ans, représentent une menace sérieuse pour la technologie moderne, pouvant causer des blackouts de grande ampleur.
Les éruptions solaires majeures et les éjections de masse coronale (CME) génèrent de puissantes impulsions électromagnétiques (IEM). Ces rayonnements peuvent saturer les réseaux électriques, détruire des transformateurs, griller des composants électroniques, et désactiver des satellites. Les infrastructures critiques, Internet, et les appareils connectés sont particulièrement vulnérables, avec des risques de pannes généralisées.
Communiquer donc au 21ᵉ siècle est toujours problématique, même en zone urbaine où les délestages électriques jouent sur les qualités des communications. Même en Occident, la montée fulgurante de l’intelligence artificielle nécessite de grosses quantités d’énergie et des tensions commencent à se créer. Des opérateurs sont en train d’envisager d’installer des centrales nucléaires pour pouvoir suppléer au déficit d’énergie électrique. En Europe, la demande électrique pour l’IA est estimée à 35 gigawatts, nécessitant l’équivalent de 35 réacteurs nucléaires pour répondre à cette demande.
En 2026, poser une question de base à une intelligence artificielle générative (comme ChatGPT) consomme environ 0,3 watt-heure (Wh) à 3 Wh d’électricité. En comparant avec une recherche classique, une requête IA consomme environ 10 fois plus d’énergie qu’une recherche sur Google (environ 0,3 Wh par recherche standard, certains modèles d’IA atteignent désormais 3 Wh par interaction). Par exemple, une interaction avec une IA consomme autant d’énergie que l’allumage d’une ampoule LED pendant environ une à deux heures, ou d’une ampoule de 60 W pendant 17 à 20 secondes.
Nous sommes tellement habitués à l’utilisation des moyens de communication modernes que cela devient banal et on ne peut plus s’en passer, surtout pour des questions d’urgence, de business et de sociabilité. Comment alors faire si l’énergie électrique publique devient défaillante, si les antennes des opérateurs deviennent inopérantes ou instables ? Existe-t-il des alternatives pour continuer à communiquer sur ces questions ?
Il existe des moyens classiques et des moyens modernes pour continuer à communiquer. Les moyens classiques consistent à utiliser des lettres ordinaires, des clés USB avec du contenu pouvant être envoyées par les transports publics ou une personne tierce. La radio également est un excellent moyen de communication si elle est disponible.
Les radios amateurs sont des associations qui existent dans tous les pays et, malgré la domination de l’Internet, ces associations continuent à pratiquer leurs passions qui consistent à envoyer des informations diverses dans le monde. Ils représentent les réseaux sociaux d’avant : on peut se donner des rendez-vous galants, donner des alertes, conseiller et éduquer par ces canaux. Il existe une association au Burkina.
Dans certains pays, les clés USB sont devenues des supports pratiques pour échapper au traçage sur le net. Si une information passe d’ordinateur en ordinateurs grâce à une simple clé USB ou carte mémoire, aucune technique ne peut l’intercepter à moins de fouiller tous les habitants. Dans nos villes et villages, il est courant de voir des jeunes vendre des clés USB bourrées de films et de musiques, échappant à toute réglementation.
Parmi les moyens modernes, nous avons la possibilité d’utiliser les smartphones que nous possédons pour communiquer même si les réseaux ne sont pas présents. En effet, il existe des applications permettant de transformer n’importe quel smartphone en talkie-walkie. C’est vrai que ça consomme plus d’énergie, mais ça marche. Des solutions comme Xiaomi Offline Communication (Bluetooth, 2 km), l’application Bridgefy (réseau maillé), ou les appels d’urgence par satellite (iPhone/Huawei) permettent de passer des appels ou d’envoyer des messages en zone blanche.
Il est également possible avec les moyens disponibles dans nos marchés de booster des antennes wifi pour envoyer des signaux à des kilomètres et, en répétant les signaux, il est possible d’aller sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres s’il n’existe pas d’obstacles majeurs. La bande de 2.4 et de 5 GHz est publique et il est possible de l’utiliser sans soucis, mais la législation bloque le wifi à 100 mètres en Occident En craquant le firmware, il est possible d’accroître sensiblement la distance d’émission à des kilomètres et, en achetant des antennes disponibles sur nos marchés, il est possible d’aller encore plus loin si on installe des relais fonctionnant avec des batteries solaires. Il existe des amplificateurs Bluetooth permettant d’accroître sa portée, qui est limitée en principe à 10 mètres Le Bluetooth 5.0 peut aller jusqu’à 200 ou 300 mètres et si le signal est amplifié, encore plus loin.
Il existe une communauté mondiale qui permet de communiquer gratuitement dans le monde entier grâce à un réseau de maillage avec de simples wifi. Au début, l’entreprise qui a apporté la solution vendait des routeurs qui permettent cela, mais actuellement ils ont intégré la solution chez certains opérateurs permettant donc de joindre la communauté FON. FON était une communauté Wi-Fi mondiale pionnière, fondée sur le partage de connexion Internet via un petit routeur appelé Fonera. Elle permettait aux membres (« Foneros ») d’accéder gratuitement aux hotspots d’autres membres à travers le monde en partageant une petite partie de leur propre bande passante à domicile, souvent en partenariat avec des FAI.
Bizarrement, c’est en Europe, là où la communication est facile, moins chère et répandue, que la communauté fonera est la plus grande.
Depuis début 2018, la vente de routeurs FON est interrompue, les seuls moyens d’accéder au réseau sont de prendre un pass wifi ou de passer par un opérateur partenaire (SFR en France).
C’est un concept intéressant, mais cela réduit les marges des opérateurs et tous ne veulent pas accepter ce principe où le client peut devenir un vendeur d’Internet.
C’est ce qui se passe actuellement dans nos pays où certains jeunes ont installé des antennes satellitaires de type Starlink ou des abonnements Orange ou Moov dans les quartiers périphériques appelés non lotis pour les revendre localement en utilisant de simples équipements de type Ubiquity et des routeurs. Mikrotik qui permet de faire des hotspots et de gérer les clients Internet comme dans un cybercafé. Certains ont même fabriqué des box où il suffit de mettre des pièces de monnaie pour avoir un pass Internet pour un temps donné.
La législation au Burkina ne permet pas de revendre la connexion Internet sans avoir le statut de fournisseur d’accès à l’Internet. Cela signifie qu’un particulier ne devrait pas revendre sa connexion internet dans son voisinage et dans son quartier s’il n’est pas agréé par l’Autorité de régulation des télécommunications. C’est la même chose avec l’électricité.
Nous avons vu récemment ce qui s’est passé en Iran, où la population était obligée d’utiliser Starlink par suite de la coupure du réseau Internet public.
Peut-on couper les communications privées de type Starlink ?
Oui, il est facile de couper n’importe quelle communication si on connait la fréquence et la source. Il suffit de connaitre la gamme de fréquences et de la brouiller. Il est possible même de trouver l’émetteur de la fréquence et de l’arrêter. Ce qu’il est facile de faire, c’est juste de rechercher et bloquer les signaux de la bande 2.4 et 5 GHz. Starlink est obligée de passer par ces bandes pour faciliter le last mile, c’est-à-dire la connexion avec les terminaux comme les ordinateurs et les téléphones portables. C’est une opération laborieuse du moment où la personne peut couper le signal et l’allumer juste le temps d’envoyer et de recevoir des informations.
Le danger qui guette actuellement les opérateurs est quand Starlink va permettre la connexion directe aux smartphones comme les iPhones ou le futur téléphone d’Elon Musk. Il serait difficile de poursuivre des millions d’utilisateurs et le signal pour brouiller les ondes va poser des problèmes de santé publique. Si les nantis peuvent se permettre d’utiliser des téléphones satellitaires, d’autres téléphones coûtant autour de 100 euros permettent de communiquer en utilisant la fréquence de 4G sans passer par un opérateur. Je ne l’ai pas testé, mais c’est un équipement qui est vendu sur le Net comme le sont les talkie-walkie qui sont devenus des jouets. Avant il fallait une licence pour utiliser les talkie-walkie de 5 à 20 km, mais maintenant c’est un équipement qui est vendu dans les supermarchés ou dans nos boutiques. Les portées de 1 à 3 km sont devenues des jouets d’enfants.
La technologie avance à un rythme tellement soutenu que nous nous demandons de quoi demain sera fait.
Il existe des dizaines de tutoriels sur YouTube sur le sujet et, comme je le répète, ce sont des personnes qui sont situées dans des zones plus accessibles qui proposent leurs services pour couvrir les zones blanches.
Il devient impérieux que l’État, les entreprises et les associations se mobilisent pour réfléchir aux systèmes de communication à déployer pour suppléer aux déficiences des réseaux dans les zones reculées ou à risques où les populations sont isolées et incapables de communiquer et demander de l’aide, laissant les bandits sans loi ni lois régner en véritables maîtres.
D’ores et déjà, ce sont des sujets qui intéressent IGF BURKINA, qui est une organisation tripartite (État, associations, privé) dont l’objectif est de travailler à une meilleure gouvernance de l’Internet au Burkina. IGF BURKINA fait partie de l’IGF Afrique de l’Ouest et de l’IGF Africain et de
Ouédraogo Sylvestre
Yam-pukri.org
Association des radios amateurs du Burkina Faso https://lefaso.net/spip.php?article45243
Burkina NTIC https://burkina-ntic.net/
Initiative pour la gouvernance de l’Internet au Burkina https://www.facebook.com/igf.faso/?locale=fr_FR
https://intgovforum.org/en/filedepot_download/21/21950
