L’Université Joseph Ki-Zerbo a accueilli, ce lundi 26 janvier 2026 à Ouagadougou, la cérémonie officielle de lancement du projet de recherche-développement DEPLAST-BF, une initiative scientifique ambitieuse visant à mieux comprendre les risques sanitaires liés aux emballages plastiques alimentaires et à renforcer la protection des populations.
Porté par des chercheurs burkinabè et belges, le projet DEPLAST-BF s’attaque à une problématique centrale de santé publique : l’exposition des populations aux substances chimiques issues des plastiques alimentaires, notamment les perturbateurs endocriniens. Ces composés, susceptibles de migrer vers l’eau et les aliments sous l’effet de la chaleur, du vieillissement ou de la réutilisation des emballages, sont connus pour perturber le système hormonal et représenter un risque pour la santé humaine, animale et environnementale. Pourtant, au Burkina Faso, les données scientifiques nationales sur ces risques demeurent très limitées.
Financé par l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES), le projet DEPLAST-BF ambitionne de combler ce déficit de connaissances en mobilisant une approche résolument pluridisciplinaire. Il combine analyses toxicologiques des eaux de consommation, études biologiques et enquêtes sociologiques sur les pratiques alimentaires et l’usage des plastiques. L’objectif est clair : produire des données scientifiques locales fiables, utiles à la décision publique, tout en informant et sensibilisant les populations.
Présidant la cérémonie, le Pr Adama Zida, directeur de l’École doctorale Sciences de la santé et représentant le président de l’Université Joseph Ki-Zerbo, a souligné l’importance stratégique du projet. « Le défi du plastique, souvent perçu comme un mal nécessaire dans nos sociétés contemporaines, constitue aujourd’hui un enjeu environnemental, sanitaire et social majeur. Face à cette problématique complexe, l’université se doit d’assumer pleinement son rôle : produire des connaissances scientifiques rigoureuses, éclairer la décision publique et proposer des solutions innovantes, durables et adaptées à nos réalités locales », a-t-il déclaré.
Une coopération scientifique Nord-Sud renforcée
DEPLAST-BF est porté par une équipe de chercheurs engagés issus de l’Université Joseph Ki-Zerbo et de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Il est coordonné localement par le Pr Balé Bayala de l’UJKZ et scientifiquement par le Pr Cédric Delporte de l’ULB, avec la contribution du Pr Gabin Korbéogo, sociologue, et du Pr Alexander Sasha Newell, anthropologue.
Le Pr Patrice Zerbo, directeur de l’UFR Sciences de la vie et de la terre, a salué le lancement d’un projet structurant pour l’institution : « Ce projet s’inscrit pleinement dans la dynamique de renforcement des capacités scientifiques et de l’expertise de notre institution. Il témoigne de notre engagement collectif à répondre aux enjeux majeurs de santé publique et d’environnement, notamment ceux liés aux perturbateurs endocriniens présents dans les emballages plastiques alimentaires et à leur impact sur la santé humaine, animale et environnementale ».
Il a également mis en avant la qualité des partenariats, notamment avec la Direction générale de la préservation de l’environnement (DGPE), l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’environnement, de l’alimentation et du travail (ANSEAT) et l’ONG des universités, soulignant que « la collaboration institutionnelle est un levier essentiel pour relever des défis complexes qui dépassent les capacités individuelles ».
Des données scientifiques pour appuyer la loi et l’action publique
Présentant les enjeux du projet, le Pr Balé Bayala, coordonnateur local de DEPLAST-BF, a rappelé le contexte national marqué par une prolifération incontrôlée des plastiques alimentaires. « Depuis 2014, une loi a été adoptée pour encadrer les sachets plastiques, mais elle reste difficilement applicable faute de décrets d’application. Pour mettre en place ces décrets, il faut nécessairement des éléments scientifiques solides. C’est ce qui justifie l’objet de ce projet », a-t-il expliqué.
Il a également alerté sur l’insuffisance des capacités nationales de contrôle : « Au Burkina Faso, nous avons plus de 200 producteurs d’eau, dont seulement 88 sont certifiés. Les autres sont sans contrôle, ce qui est inquiétant au regard des perturbateurs endocriniens susceptibles de se retrouver dans l’eau de consommation ».
Une approche toxico-biologique et socio-anthropologique intégrée
Le Pr Cédric Delporte, coordonnateur scientifique du projet, a insisté sur l’importance d’une approche intégrée pour évaluer l’exposition réelle des populations.
« Nous ne sommes jamais exposés à un seul perturbateur endocrinien, mais à un cocktail de substances. Les tests biologiques, in vitro ou sur animaux, permettent d’évaluer cet effet cumulatif et imprévisible, car un plus un n’est jamais égal à deux », a-t-il souligné.
Selon lui, le projet permettra non seulement de développer des méthodes analytiques et biologiques adaptées au contexte burkinabè, mais aussi de transférer durablement ces compétences à l’Université Joseph Ki-Zerbo, à la DGPE et à l’ANSEAT, afin de pérenniser l’expertise locale.
Sur le volet social, le Pr Alexander Sasha Newell a rappelé que le plastique ne relève pas uniquement d’un problème technique ou sanitaire, mais aussi culturel et symbolique. « Le plastique n’est pas seulement un matériau, il fait partie de nos habitudes, de notre imaginaire de la modernité. Si l’on ne comprend pas notre relation sociale au plastique, les politiques de réduction risquent l’échec », a-t-il expliqué.
Dans la même dynamique, le Pr Gabin Korbéogo a précisé que les recherches sociologiques viseront à analyser les perceptions, les pratiques et l’acceptabilité sociale des alternatives aux sachets plastiques. « Notre rôle est de produire des données qualitatives et quantitatives permettant de trianguler les regards et de nourrir l’action publique dans le domaine de la régulation de l’usage des sachets plastiques », a-t-il indiqué.
Former, sensibiliser et agir pour l’avenir
Prévu pour une durée de cinq ans, le projet DEPLAST-BF permettra la formation de doctorants et d’étudiants en master, la production de publications scientifiques et l’élaboration de notes de politiques publiques. Au-delà de la recherche, il ambitionne d’informer et de sensibiliser les populations afin d’encourager des changements durables dans les pratiques de consommation.
Pour les porteurs du projet, agir aujourd’hui sur la qualité de l’eau et des aliments, c’est réduire les risques sanitaires de demain, tout en contribuant à la préservation des ressources naturelles et à la protection des générations futures.
Anita Mireille Zongo
Crédit photo : Bonaventure Paré
