Santé/Harmattan : Quand la poussière et le vent sec mettent les voies respiratoires à rude épreuve

Santé/Harmattan : Quand la poussière et le vent sec mettent les voies respiratoires à rude épreuve
Santé/Harmattan : Quand la poussière et le vent sec mettent les voies respiratoires à rude épreuve

Vent sec, poussière omniprésente, matinées et nuits froides… La période de l’harmattan bat son plein au Burkina Faso, avec son lot de désagréments pour la santé, et plus particulièrement pour l’appareil respiratoire. Dans cet entretien, le Dr Abdoul Risgou Ouédraogo, maître de conférences agrégé en pneumologie à l’université Joseph Ki-Zerbo et médecin pneumologue au Centre hospitalier universitaire de Tengandogo, décrypte les effets de ce phénomène climatique, dresse la liste des maladies les plus fréquentes, indique les signes d’alerte à ne pas négliger et rappelle les gestes essentiels de prévention pour protéger enfants et adultes.

: Nous sommes en pleine période d’harmattan au Burkina Faso. Quels sont les effets de ce vent sec et poussiéreux sur les voies respiratoires ?

Dr Abdoul Risgou Ouédraogo : En effet, nous sommes en pleine saison d’harmattan. Ce vent sec et chargé de poussières a un impact direct sur notre système respiratoire. Il assèche les muqueuses du nez, de la gorge et des bronches, qui constituent notre première barrière de défense naturelle. Parallèlement, les fines particules de poussière en suspension dans l’air viennent irriter ces muqueuses. Cette double agression – sécheresse et irritation – provoque une inflammation locale et fragilise les défenses, créant un terrain propice au développement ou à l’aggravation de diverses pathologies respiratoires.

Observez-vous une recrudescence des consultations pour problèmes respiratoires durant l’harmattan, comparativement au reste de l’année ?

Oui, absolument. Nous constatons une augmentation du nombre de patients durant cette période. Cette hausse concerne deux catégories principales : d’une part, les patients souffrant de maladies respiratoires chroniques comme l’asthme ou la Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) qui voient leurs symptômes s’aggraver ; d’autre part, des patients qui développent des infections respiratoires aiguës directement liées à ces conditions climatiques difficiles.

Quelles sont les maladies respiratoires les plus fréquemment rencontrées durant cette saison ?

Pendant l’harmattan, on voit augmenter presque toutes les maladies qui touchent le système respiratoire, du nez jusqu’aux poumons. La poussière et l’air sec attaquent d’abord le nez, la gorge et les sinus. On voit alors beaucoup de rhinites, avec le nez qui coule ou se bouche, des sinusites qui provoquent des douleurs au front et des maux de tête, et des rhinopharyngites, combinant nez bouché et mal de gorge.

Quand les particules descendent plus bas, ce sont les bronches et les poumons qui sont touchés. Les bronchites aiguës deviennent fréquentes, avec une toux grasse qui peut durer. Il faut aussi redouter les pneumopathies, des infections pulmonaires parfois graves, car la poussière transporte des germes (bactéries, virus).

Mais le plus inquiétant, c’est l’effet sur les maladies chroniques. Chez les asthmatiques, l’harmattan déclenche des crises avec respiration sifflante et sensation d’étouffement. Pour les personnes souffrant de bronchopneumopathie chronique obstructive, une maladie respiratoire chronique principalement liée au tabagisme. La période de l’harmattan peut entraîner une nette détérioration de l’état respiratoire, marquée par une aggravation soudaine de l’essoufflement et de la toux. Cette décompensation, appelée exacerbation, impose une consultation médicale en urgence afin d’éviter une évolution grave.

En clair, l’harmattan agit à tous les niveaux : il irrite, il peut infecter, et il réveille les pathologies sous-jacentes. D’où l’importance de la prévention et d’une vigilance accrue durant ces mois difficiles.

Une toux persistante est très courante en cette période, surtout chez les enfants. Faut-il s’en inquiéter systématiquement ?

Il est important de rappeler que la toux est avant tout un réflexe de défense de l’organisme pour évacuer les poussières ou les sécrétions. Cependant, une toux qui persiste n’est pas un symptôme anodin. Elle est le signe d’une irritation ou d’une infection sous-jacente. Je recommande donc de consulter un professionnel de santé pour en déterminer la cause exacte, surtout chez un enfant, et recevoir un traitement.

Justement, quels sont les signes d’alerte qui doivent inciter à consulter un médecin sans tarder ?

Certains symptômes doivent amener à consulter rapidement. Comme une toux qui persiste de façon inhabituelle, devient grasse avec des crachats purulents (colorés en jaune) et s’accompagne de fièvre et/ou de douleurs thoraciques. La présence de sang dans les crachats est un signe d’urgence. L’apparition d’un essoufflement (dyspnée), d’une respiration sifflante ou d’une sensation d’oppression dans la poitrine. Une aggravation brutale de l’état général.

Quels sont les gestes barrières à adopter pour se protéger du froid et de la poussière ?

La prévention repose sur des mesures simples mais efficaces :

− Porter un masque couvrant bien le nez et la bouche lors des sorties en extérieur.

− Se couvrir suffisamment le matin et le soir pour se protéger du froid.

− S’hydrater abondamment tout au long de la journée.

− Nettoyer régulièrement son domicile pour limiter l’accumulation de poussière à l’intérieur.

− Limiter les déplacements non essentiels et éviter les activités sportives en plein air durant les pics de pollution poussiéreuse.

− Pour les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques : limiter strictement les expositions et consulter son médecin pour une évaluation et un éventuel réajustement du traitement de fond avant ou en début de saison.

De nombreuses familles ont recours aux tisanes pour soulager la toux ou le rhume des enfants. Quel est votre avis en tant que spécialiste ?

Je comprends l’usage des tisanes, ancré dans nos traditions. Mon conseil en tant que médecin est simplement ceci : en cas de toux persistante ou inquiétante chez un enfant, la consultation médicale reste indispensable. Elle permet un diagnostic et évite de retarder la prise en charge d’une infection potentiellement grave, tout en permettant de discuter des options de soin.

Pour conclure, quel est votre message prioritaire à l’intention de la population ?

J’insisterai sur deux points. Premièrement, soyez vigilants face aux signes d’alarme : une toux persistante, un essoufflement, une fièvre ou des douleurs thoraciques doivent conduire à une consultation médicale. Ne prenez pas ces symptômes à la légère.

Deuxièmement, la prévention est votre meilleure alliée. Le port du masque à l’extérieur, une hydratation suffisante et l’évitement des expositions inutiles à la poussière sont des boucliers très efficaces. Et je le répète : les personnes atteintes de maladies chroniques doivent maintenir un suivi médical régulier avec leur médecin.

Interview réalisée par Rama Diallo

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