Africa-Press – Burundi. Peut-on réellement parler de l’amour comme d’un phénomène universel, ou s’agit-il d’une construction mentale façonnée par nos besoins, nos attentes et notre environnement social? », nous demande Toussaint Momenga sur notre page Facebook. C’est notre question de lecteur de la semaine. Merci à toutes et tous pour votre participation.
D’un point de vue biologique, l’amour romantique (que les neurosciences différencient de l’amour parental, amical, etc.) apparaît comme un mécanisme remarquablement universel. Chez les humains comme chez d’autres espèces animales, l’amour romantique est un mécanisme universel caractérisé par des signatures physiologiques et comportementales spécifiques, comme nous l’expliquions dans un précédent article intitulé « En amour, tout est-il joué d’avance?«.
De quelles signatures parle-t-on? D’abord, la montée d’ocytocine qui, au début d’une relation, favorise l’attachement et des interactions positives, tout en réduisant le risque de séparation à court terme. Cette hormone, qui agit à la fois dans le sang et dans le cerveau, ne travaille pas seule: elle interagit avec la dopamine, pilier du système de récompense, expliquant pourquoi l’état amoureux partage des traits frappants avec l’addiction… et pourquoi le chagrin d’amour ressemble parfois à un véritable sevrage.
L’ocytocine et la dopamine ne sont pas les seules substances à jouer un rôle dans l’attachement romantique. La vasopressine (attachement et fidélité), la sérotonine (bien-être), le cortisol (stress) ou encore la testostérone (désir) ont aussi leur part. Les hormones de stress comme le cortisol sont principalement présentes lors des six premiers mois de la relation, causé par l’insécurité et pouvant entraîner des changements d’humeur. La sérotonine, surnommée « l’hormone du bien-être », la remplace dans la phase suivante puis, au bout d’un an ou deux de relation, cortisol et sérotonine retournent à la normale: c’est la phase plus durable, parfois dite « d’amour compagnon ».
Chez les hommes, la testostérone est la principale hormone responsable de l’excitation sexuelle. Elle a tendance à baisser chez les individus mariés, et d’autant plus lorsqu’ils passent du temps avec leurs enfants. Chez les femmes, la question de savoir si le désir sexuel est avant tout dépendant des œstrogènes ou des androgènes (comme la testostérone, que les femmes produisent également, bien qu’en quantité moindre) reste un sujet controversé.
L’amour romantique se voit dans le cerveau
L’amour se voit aussi dans le cerveau. Voir le visage de la personne aimée active l’aire tegmentale ventrale ou le noyau caudé, régions clés de la motivation et du plaisir. Dans le même temps, certaines voies neuronales impliquées dans l’évaluation critique des autres sont temporairement désactivées, comme l’a montré l’Université de Harvard (Etats-Unis). L’amour n’est donc pas aveugle, mais biaisé: il colore la perception, la rend plus optimiste tant que la relation est stable, plus lucide dès que surgissent conflits ou ruptures.
Pour autant, réduire l’amour à une simple tempête hormonale serait tout aussi réducteur. Les trajectoires amoureuses s’inscrivent dans le temps long, façonnées par la génétique — les variations des récepteurs à l’ocytocine influencent l’empathie et la stabilité conjugale — mais aussi par l’expérience, les normes sociales et les investissements affectifs. Les chercheurs soulignent ainsi que la probabilité de séparation diminue avec le temps, à mesure que les partenaires s’engagent davantage. « A travers les cultures, la probabilité de séparation diminue fortement avec le temps en fonction de l’augmentation des investissements dans les relations et de l’élimination des mariages insatisfaisants. Ce modèle est précisément ce à quoi on pourrait s’attendre si la liaison par paires chez l’Homme était ‘conçue’ pour produire des relations à long terme réussies », explique une étude parue dans la revue Perspectives on Psychological Science en 2015.
La survie de la progéniture en jeu
L’évolution apporte ici une clé essentielle. L’amour romantique semble dériver de l’amour parental, dont il reprend les marqueurs hormonaux et comportementaux, en y ajoutant le désir sexuel. Cette transformation aurait favorisé la survie d’une progéniture humaine exceptionnellement dépendante, dans un contexte de cerveau de plus en plus volumineux et de naissance précoce. La monogamie à long terme, observée chez de nombreuses espèces à gros cerveau, apparaît alors moins comme une norme morale que comme une stratégie adaptative.
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