Portrait: A la rencontre de William Fotchine, ce camerounais qui veut intéresser les africains à l’architecture d’intérieur

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Cameroun - Portrait: A la rencontre de William Fotchine, ce camerounais qui veut intéresser les africains à l’architecture d’intérieur
Cameroun - Portrait: A la rencontre de William Fotchine, ce camerounais qui veut intéresser les africains à l’architecture d’intérieur

Africa-PressCameroun. Il a investi plus d’un milliard de FCFA pour mettre en place au Cameroun, une structure spécialisée dans la finition intérieure haut de gamme. Agé de 53 ans, William Fotchine s’est donné le pari osé d’intéresser les africains à l’architecture intérieure. Ce diplômé de l’ESIG (Ecole Supérieure d’Information et de Gestion) de Paris envisage d’ailleurs la création d’une école de formation dans le domaine. L’homme d’affaires a accordé un entretien exceptionnel à notre rédaction. L’occasion de parler de ses débuts, sa passion et ses projets à court et long terme.

Question: Pour nos lecteurs, qui est William Fotchine ?

William Fotchine: Je suis camerounais, âgé de 53 ans, installé depuis environ 40 ans en France. A la base, je suis ingénieur informatique et gestion, diplômé de l’ESIG à Paris. J’ai eu la chance de trouver mon premier job chez ALCATEL Telecom. Quand j’y suis arrivé, ALCATEL, qui est l’inventeur du câble, passait de la catégorie 4 à la catégorie 5. On m’a donc chargé pour l’île de France (Paris et sa région) de contacter tous les installateurs, de les informer et les former au passage de la catégorie 5. J’ai eu, comme jeune étudiant, la chance d’être dans ce projet. Parallèlement à cette mission, mon rôle était de contacter des grandes entreprises françaises pour leur vendre des systèmes de communication géants pour des grandes boîtes de 1000, 2000, 3000 personnes.

Question: Et le lien avec la finition intérieure…

William Fotchine: A la base, il faut dire que je suis un passionné de déco. Donc, quand je vais voir les patrons de grandes entreprises qui viennent prendre des grands actifs tertiaires, outre mon domaine, c’est-à-dire les télécom, se grèvent les problèmes d’aménagement intérieur et autres gestion de l’espace. Je pars donc de la technique pour retrouver ma passion. Chez ALCATEL, je passe quatre ans. Et petit à petit, je nourris l’ambition de me mettre à mon compte, car j’aime créer, organiser et gérer.

Question: Vous avez étudié l’information de gestion et là, vous passez à l’architecture d’intérieur !

William Fotchine: Oui, en fait étant chez ALCATEL, je me demande comment je peux allier ce que j’ai appris, c’est-à-dire l’informatique de gestion, les télécom, la communication d’entreprise et ma passion qui est la décoration, dans un business qui va s’adresser à l’entreprise et non au consommateur lambda. C’est ainsi qu’en 2000, je crée ma première boîte, ‘‘PrestaPool’’ qui est une piscine de prestations. Les prestations, c’étaient mon métier de base (téléphonie, informatique de gestion) et le 3D qui arrivait déjà, c’est-à-dire l’infographie. L’infographie est donc le lien entre mon métier d’origine et mon métier nouveau que je fais maintenant depuis 25 ans.

Question: Très vite, votre boîte marche et vous faites du chiffre.

William Fotchine: Ma boîte était dédiée à l’aménagement d’espace tertiaire. Je proposais aux chefs d’entreprise des solutions d’aménagement intérieur. J’ai eu la chance que quatre mois après la création de ma boîte, j’ai eu un énorme contrat avec le ministère français de la Défense où j’ai refait un siège social d’un tour pour les Suédois, appelée Télé Logistique France. Depuis lors, j’en ai fait des tonnes. Je me suis fabriqué mon métier. Actuellement, je suis en train de faire le siège de Boeing à paris. Je vends cette boîte un peu avant la grande crise économique de 2008. Mais en 2011, la boîte que j’ai vendue dépose le bilan. Ce qui signifie que je ne suis plus lié par une clause de non concurrence. C’est ainsi que je crée une nouvelle boîte à Paris pour continuer à faire ce que j’ai toujours fait, c’est-à-dire l’architecture d’intérieur, l’aménagement d’espace de travail etc. Mais cette fois, je l’oriente un tout petit peu vers l’Afrique.

Question: C’est à ce moment que vous vient l’idée de créer une filiale au Cameroun ?

William Fotchine: Quand j’ai vendu ma première boîte, j’avais eu peu d’argent et je réfléchissais à ce qu’il fallait faire. J’avais dans mon subconscient l’idée de faire quelque chose au Cameroun, car j’y ai toujours gardé une attache. La preuve c’est que depuis 40 ans que je suis parti, je n’ai jamais changé de nationalité. Lors de mes multiples séjours au pays, en séjournant dans les grands hôtels, en voyant de beaux immeubles et belles maisons, j’avais constaté qu’il y avait un problème d’aménagement intérieur. Je mets donc sur pied l’entreprise COPLACAM parce que, outre l’aménagement intérieur, je voudrais distribuer du Placo qui est le cœur de la finition intérieure. Le besoin n’est pas qu’au Cameroun, il est partout en Afrique. La finition intérieure est le parent pauvre de la construction. C’est ainsi qu’en 2014, j’apprends par un ami que il y a un salon au Cameroun, très important, appelé PROMOTE. Je viens donc exposer mon savoir-faire et c’est un tel succès que je comprends qu’il y a un vrai besoin dans notre pays et partout en Afrique.

A la fin du salon, je décide de trouver les locaux pour installer une partie de mes activités au Cameroun afin de démontrer le bien-fondé de la finition intérieure, pourquoi le bien-être des employés est important dans la productivité d’une entreprise, d’apporter de nouveaux matériaux, de former les gens à pouvoir les mettre en exergue. D’où la matériauthèque.

Question: C’est en décembre 2019 que vous créez la matériauthèque au Cameroun. Un projet qui vous a coûté plus de 1 milliard de FCFA. Est-ce rentable ?

William Fotchine: Depuis l’ouverture, on a eu beaucoup d’affaires, beaucoup de demandes. On ne peut malheureusement pas répondre à tout le monde parce qu’il n’y a pas beaucoup d’architectes d’intérieur dans le pays. Pour l’instant, on répond surtout à beaucoup de demandes tertiaires et quelques demandes résidentielles. On a déjà fait beaucoup de choses. Là actuellement, nous allons refaire la déco les salons VIP de l’aéroport de Nsimalen. Donc, c’est vrai que je ne suis pas encore rentré dans mes fonds, mais les affaires avancent, je suis optimiste. Il faut préciser que c’est plus que de l’argent, c’est idéologique. J’avais tellement envie de faire ça pour mon pays que pour moi, je considère cela comme un investissement idéologique. Car actuellement, ceux qui font le plus notre métier, ce sont des investisseurs étrangers.

Question: Vous voulez créer une école d’architecture d’intérieur. Où en êtes-vous ?

William Fotchine: La procédure est assez longue pour obtenir les différentes autorisations. En plus, je voudrais mêler l’Etat au capital de cette école. Et j’ai compris très récemment que je pouvais le faire par le biais de la SNI. Donc, nous sommes en train de travailler sur la stratégie à mettre en œuvre, notamment l’actionnariat d’une telle école que je ne peux pas porter tout seul. On a envie de créer de nouveaux compagnons camerounais, experts de la finition intérieure. Je veux le faire pour les autres pays, c’est-à-dire planter une matériauthèque et ouvrir une école à côté.

Question: Pour finir, quels sont vos projets à court terme ?

William Fotchine: D’ici fin avril, on va créer la première start-up de E-Commerce qui va distribuer tous les produits de finition intérieure, de l’équipement mobilier jusqu’à la décoration.

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