Africa-Press – Cameroun. « Arrgh ». Tendez bien l’oreille, lancez la vidéo ci-dessous et écoutez. Non, il ne s’agit pas d’un borborygme issu d’une bande dessinée, mais du son de la voyelle « a », puis celui de la voyelle « o », produits par Henri IV, roi de France (1553-1610) dont la voix vient d’être partiellement reconstituée.
Cette expérience scientifique inédite est le fruit d’un travail minutieux fourni par une équipe composée d’anthropologues, de phonéticiens, de chirurgiens ORL et aussi de radiologues issus respectivement du LAAB (Laboratoire Anthropologie, Archéologie, Biologie – Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines – UVSQ, dirigé par le Dr Philippe Charlier), du Laboratoire de Phonétique et Phonologie CNRS U7018 (Université Sorbonne Nouvelle), de l’Hôpital Foch (Suresnes) et de l’hôpital Pitié Salpétrière (Paris).
Ces scientifiques ont aujourd’hui le plaisir de voir leurs efforts récompensés par ce travail original publié dans la prestigieuse revue Journal of Voice, revue de la Voice Foundation et de l’International Association of Phonosurgery.
Henri IV reconstitué en 3D grâce à sa tête mommifiée
Depuis le coup de couteau mortel porté en 1610 par Ravaillac au souverain immobilisé dans son carrosse royal au 11 rue de la Ferronnerie, Paris, la tête du souverain a, on le sait bien désormais, connu de nombreuses pérégrinations et moult batailles d’experts.
Finalement retrouvée, authentifiée puis reconstituée en 2013 par l’équipe de l’anthropologue médecin légiste Philippe Charlier, la face royale a cette fois-ci été étudiée au plus près grâce à la combinaison de techniques d’imagerie médicale et de modélisation 3D pour la reconstruction du larynx, organe essentiel à la production de la voix, une structure ici particulièrement bien conservée grâce à la technique d’embaumement dite de la méthode italienne (embaumement externe de la tête et du cou, sans ouverture du crâne ni ablation de parties internes), une pratique attribuée à son épouse, Marie de Médicis (1575-1642).
Comme le précisent les chercheurs, chaque os, cartilage et structure muqueuse de la précieuse momie a ainsi pu être reconstitué en 3D « et simulé numériquement pour produire des sons acoustiquement vraisemblables », seule l’épiglotte, petite lame de cartilage en forme de triangle fermant le larynx au moment de la déglutition, étant manquante.
Réhabiliter la voix de patients atteints de cancers ORL
Avant d’aboutir à cette reconstitution, et pour reproduire au mieux les tissus mous essentiels à la modélisation de la langue vivante, des IRM de référence ont aussi été réalisées auprès de cinq hommes adultes tous capables de prononcer la voyelle « a ».
Ici, les voyelles /a/, /i/, /u/ et /œ/ ont pu être recréées pour donner un aperçu réaliste et plausible, les chercheurs pointant toutefois une limite à leurs travaux: « Bien que nous soyons relativement confiants dans cette étude quant à la forme du palais, de la largeur de la mâchoire et de la taille de la cavité nasale et des sinus maxillaires, nos résultats acoustiques doivent néanmoins être considérés avec prudence, compte tenu de l’évaluation des tissus mous », écrivent-ils.
Pour l’écoute d’un discours royal intégral, il faudra donc faire preuve d’imagination et de patience. Mais ce travail pluridisciplinaire ouvre incontestablement de nouvelles perspectives, elles plus contemporaines, et concernant par exemple la réhabilitation de la voix de patients affectés par un cancer ORL. Ils sont environ 20.000 nouveaux cas par an en France.





