Africa-Press – Cameroun. La liste des espèces capables d’utiliser des outils s’étoffe depuis des années au gré des observations des chercheurs. L’un des derniers exemples en date est un loup observé alors qu’il remontait un piège à crabes. Veronika, une vache de race brown swiss, vient ajouter son nom (et celle de son espèce) à cette liste en devenant l’objet d’une étude publiée le 19 janvier 2026 dans la revue Current Biology.
Veronika est l’animal de compagnie de Witgar Wiegele, à la fois fermier et boulanger qui a remarqué il y a plus de dix ans que sa vache prend des bâtons afin de se gratter. Une vidéo de ce comportement est finalement tombée sous les yeux d’Alice Auersperg, une biologiste cognitive travaillant à l’Université de médecine vétérinaire de Vienne.
La chercheuse a tout de suite pris la mesure scientifique de cette observation, alors que malgré une domestication vieille de 10.000 ans, la recherche cognitive sur les bovins stagne. « Quand j’ai vu les images, il m’est apparu immédiatement que ce n’était pas involontaire, explique-t-elle dans un communiqué. C’était un exemple significatif d’utilisation d’outils chez une espèce dont les capacités cognitives sont rarement prises en compte. »
Le côté brosse pour se gratter énergiquement le dos
Avec un collègue, elle monte donc un protocole scientifique afin de mieux cerner le comportement de Veronika. Les chercheurs réalisent alors des essais durant lesquels ils déposent sur le sol un balai selon une orientation différente. Ils notent ensuite quelle extrémité de l’outil l’animal choisit et quelle région il se gratte.
Les observations révèlent que Veronika se sert habilement du balai selon la région qu’elle veut gratter. Déjà, elle attrapait l’outil dans sa bouche puis utilisait sa langue pour le positionner « avant de le sécuriser latéralement dans le diastème (écartement entre deux dents, ndlr) entre les incisives et les molaires, créant ainsi une prise stable permettant un contrôle précis de l’extrémité distale », relate l’étude.
Ensuite, elle utilisait l’extrémité hérissée avec la brosse pour se gratter les zones larges à peau épaisse comme son dos, dans des mouvements amples et énergiques. Mais pour les zones sensibles et molles, elle préférait le manche du balai et usait de mouvements plus lents et plus précis.
Un comportement rarement documenté
« Nous démontrons qu’une vache est capable d’utiliser des outils avec une grande flexibilité, explique le second chercheur, Antonio Osuna-Mascaró, dans le même communiqué. Veronika ne se contente pas d’utiliser un objet pour se gratter. Elle utilise différentes parties du même outil à des fins différentes et applique des techniques variées selon la fonction de l’outil et la partie du corps concernée ».
Cette vache sait donc clairement manier des outils, mais sa dextérité va encore plus loin: son utilisation est flexible et polyvalente. Mieux qu’utiliser un outil, elle utilise les différentes caractéristiques de celui-ci selon ses objectifs. Selon les chercheurs, il s’agit d’un comportement extrêmement rare, documenté de manière solide uniquement chez les humains et les chimpanzés.
Attention cependant: Veronika mène une vie particulière. Elle est âgée et vit dans un environnement complexe et ouvert où elle peut expérimenter des comportements innovants. Il est fort probable que peu de ses congénères, pour la plupart hébergés dans des élevages avec des stimulations restreintes, puissent atteindre au cours de leur vie une telle dextérité.
Mais si de tels bovins existent, les chercheurs comptent bien les trouver. « Nous invitons les lecteurs ayant observé des vaches ou des taureaux utiliser des bâtons ou d’autres objets à des fins intentionnelles à nous contacter », appelle Antonio Osuna-Mascaró. Car avec sa collègue, ils s’interrogent: « Peut-être que la véritable absurdité ne réside pas dans l’idée d’une vache utilisant des outils, mais dans la supposition qu’une telle chose ne puisse jamais exister ».





