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Une dévaluation du franc CFA, comme celle de 1994 qui a divisé par deux sa valeur par rapport à l’euro (ou au franc français à l’époque), ramènerait des effets immédiats et douloureux sur le quotidien des Centrafricains. Martin Ziguelé, dans son intervention à Tribune de l’économie sur Guira FM, rappelle que ce sont les salariés, les paysans, les agriculteurs et les personnes à revenus modestes qui subiraient le plus lourd tribut.
La dévaluation rendrait les produits importés beaucoup plus chers en francs CFA. Les biens de consommation courante – riz, huile, sucre, médicaments, carburant, pièces détachées – verraient leurs coûts grimper rapidement. En 1994, l’inflation a bondi dans toute la zone CEMAC, avec des hausses cumulées souvent autour de 40-50 % en un an dans plusieurs pays, dont la Centrafrique. Le pouvoir d’achat s’est effondré pour les ménages dépendants des importations, qui représentent une part importante du panier familial en RCA.
Les couches vulnérables, déjà touchées par la vie chère actuelle (essence à plus de 1 100 FCFA le litre, sucre 5 kg à 5 000 FCFA, etc.), verraient leurs dépenses essentielles exploser sans compensation immédiate sur les salaires ou les revenus agricoles.
Les salaires fixes en FCFA perdraient de leur valeur réelle du jour au lendemain. En 1994, les ajustements de salaires n’ont pas suivi le rythme de l’inflation, laissant de nombreux employés publics et privés avec moins de moyens pour couvrir les besoins de base. Ziguelé insiste: ce sont ces catégories – fonctionnaires, employés modestes – qui paient le plus cher l’indiscipline budgétaire accumulée.
Théoriquement, une dévaluation rend les exportations (bois, or, diamant, produits agricoles) plus compétitives et pourrait augmenter les revenus des producteurs locaux en FCFA. Mais en RCA, où les circuits d’exportation restent souvent informels et où les rapatriements de devises posent problème, les bénéfices mettraient du temps à arriver. À court terme, les intrants importés (engrais, outils, semences) deviendraient plus chers, freinant la production et aggravant la situation alimentaire.
L’État, déjà lourdement endetté, verrait sa dette extérieure (en devises) peser plus lourd en FCFA, compliquant les remboursements. Les entreprises locales, qui dépendent du crédit bancaire, souffriraient encore plus de l’effet d’éviction: moins de ressources pour les privés, plus de difficultés à investir ou maintenir les emplois.
Ziguelé prévient que sans économie diversifiée et exportations fortes, une dévaluation ressemblerait à un « traitement de cheval »: elle pourrait guérir certains déséquilibres à long terme, mais entraîner une convalescence longue et pénible pour les populations.
En résumé, une nouvelle dévaluation, pour Martin Ziguelé, toucherait d’abord les plus fragiles. Elle rappellerait 1994: inflation galopante, perte de pouvoir d’achat, difficultés accrues pour les ménages modestes. La stabilité du franc CFA se maintient grâce à la discipline collective – déficits réduits, rapatriements des recettes, lutte contre la corruption. Sans cela, le risque persiste, et ce sont toujours les mêmes qui trinquent.
Source: Corbeau News Centrafrique
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