Exploitation Des Stagiaires À La Douane Depuis 15 Ans

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Exploitation Des Stagiaires À La Douane Depuis 15 Ans
Exploitation Des Stagiaires À La Douane Depuis 15 Ans

Africa-Press – CentrAfricaine. Ce qui rend la situation encore plus difficile à accepter, c’est que le Directeur Général Frédéric Théodore Inamo l’a lui-même avoué à la radio Ndékè-luka: « Le dernier recrutement de chez nous date de 2002 ». Il a ajouté que ces stagiaires travaillent quotidiennement avec ses services, qu’on les considère comme des agents à part entière, mais qu’ils ne sont « pas encore intégrés ».

Des mots lourds, prononcés publiquement, sans qu’aucune date ni aucun engagement ferme ne les accompagne.

Ce qui étonne davantage, c’est qu’Inamo dirige cette même institution depuis une décennie. Durant toutes ces années, aucun recrutement structuré n’a été organisé, et l’administration a continué de fonctionner en puisant dans ce réservoir de jeunes précaires, formés, déployés, mais jamais titularisés. Il a même été jusqu’à supplier sa hiérarchie à l’antenne pour que ces stagiaires soient enfin régularisés, un appel qui, venant du premier responsable de la maison, laisse perplexe plus d’un observateur.

Sur le terrain, ces jeunes assurent des missions réelles: contrôle des marchandises, surveillance aux postes frontières, application des règlements douaniers. Certains ont même suivi un mois d’entraînement intensif au camp Kassaï, avec la rigueur d’une formation militaire. Pourtant, à la fin du mois, aucun bulletin de salaire, aucune couverture sociale, aucune prime de risque ne vient reconnaître leur travail.

Des sources proches de l’institution évoquent plus de quatre cents stagiaires répartis entre Bangui et les provinces, toujours en attente. Des intégrations partielles ont bien eu lieu — environ trois cents agents tous grades confondus sur dix ans —, mais elles n’ont concerné qu’une fraction de ceux qui servent l’administration depuis des années dans l’ombre.

Pendant ce temps, la direction publie des bilans positifs. Inamo cite lui-même quatorze milliards de francs de recettes supplémentaires entre 2024 et 2025, des réformes engagées, une image de la Douane qu’il dit avoir redressée. Il a même mis tout cela noir sur blanc dans un livre. Mais ces chiffres et ces mots ne changent rien à la condition de ceux qui font tourner la machine sans jamais apparaître dans les statistiques officielles.

Ce que vivent ces stagiaires n’est pas le fruit d’un simple retard administratif lié aux contraintes budgétaires du pays. C’est un mécanisme qui arrange une institution car il lui permet de disposer d’une force de travail sans en assumer le coût. Ces jeunes sont trop engagés dans le métier pour partir, et trop précaires pour négocier leur situation.

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