Africa-Press – CentrAfricaine. Derrière cette offensive qui a visé les positions de forces gouvernementales se cache un différend commercial devenu explosif. Les charmoutes, ces morceaux de viande de bœuf séchés au soleil et soigneusement emballés, constituent une ressource prisée dans toute la région. Éleveurs et commerçants en font leur gagne-pain, transportant ces provisions à vélo vers les centres urbains pour les écouler auprès d’une clientèle fidèle.
Ce produit traditionnel, consommé aussi bien en Centrafrique qu’au Tchad ou au Soudan, se conserve longtemps et représente une réserve alimentaire appréciée des ménages. À Dembia, le négoce de ces denrées fait vivre de nombreuses familles qui comptent sur ces revenus pour subsister au quotidien.
Or, depuis quelque temps, les soldats FACA postés à l’entrée de la ville bloquent le transport de ces marchandises. Si un commerçant transporte ces charmoutes, les soldats FACA basés à l’entrée de Démbia les confisquent et les bicyclettes, renvoyant les commerçants les mains vides après les avoir accusés d’avoir fait le commerce des miliciens Azandé. Ces saisies répétées ont fini par ruiner des pères de famille qui ne cherchaient qu’à exercer leur activité légalement afin de payer les frais de scolarité de leurs enfants.
En plus de cela, les soldats FACA de Démbia ne se contentaient pas de confisquer les charmoutes. Ils insultaient les commerçants et les envoient clairement aux miliciens Azandé: “Allez dire aux miliciens, s’ils sont des hommes, qu’ils viennent ici récupérer leurs charmoutes , on verra bien”. Ces provocations, répétées à plusieurs reprises aux commerçants victimes, ont fini par atteindre les oreilles des miliciens Azandé.
La réaction des miliciens Azandé ne s’est pas fait attendre. Ils ont décidé de passer à l’action en organisant une opération punitive contre les positions des forces gouvernementales. Ainsi, le 6 février dernier, très tôt dans la matinée, ils ont mené un violent assaut contre une position des soldats FACA. Ainsi, cette offensive a permis aux assaillants de prendre quatre soldats, dont un sous-lieutenant, qui ont été emmenés dans la forêt.
Les ravisseurs ont alors officiellement déclaré qu’ils n’ont pas de problème avec ces militaires, mais posent quand-même leurs conditions avant leur libération. Ils réclament le paiement intégral des charmoutes et des vélos confisqués aux commerçants avant d’envisager toute libération. Selon eux, il ne s’agit pas d’un acte hostile envers les militaires eux-mêmes, mais d’une réparation exigée pour les torts causés aux commerçants dépouillés de leur marchandise.
Cette affaire divise les observateurs locaux. Certains affirment que les commerçants ont eux-mêmes organisé cette riposte armée pour récupérer leurs biens, tandis que d’autres évoquent l’intervention des miliciens Azandé venus appuyer les victimes excédées par les abus répétés. D’autres sources parlent des ouvriers miniers en colère contre les abus des soldats FACA qui bloquent régulièrement leurs productions aurifères. Dans tous les cas, l’accumulation des confiscations a fini par faire déborder le vase dans une région déjà fragilisée.
Les autorités militaires, restées tranquilles dans la capitale, ne tentent même pas de localiser les quatre soldats dont les traces restent introuvables depuis l’opération du 6 février. Les familles des militaires se mobilisent pour trouver une solution pendant que les ravisseurs maintiennent leur exigence de dédommagement
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