Hypocrisie de Touadéra et Mythomanie en 2026

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Hypocrisie de Touadéra et Mythomanie en 2026
Hypocrisie de Touadéra et Mythomanie en 2026

Africa-Press – CentrAfricaine.
« Que le message soit dès aujourd’hui clair pour tous ceux qui ont prospéré sur la faiblesse de l’État. Ceux qui troublent la paix, la tranquillité publique… ils n’auront plus de répit. Nos forces de l’ordre seront plus que jamais les piliers de la tranquillité retrouvée… Nous les traquerons partout… Nous briserons leurs sentiments d’impunité par la force de la loi. Ce ne sont pas des promesses. Ce sont des ordres. » Il a également promis une décentralisation réelle avec transfert de compétences aux collectivités locales, une réconciliation nationale fondée sur la vérité, la justice et la réparation, ainsi qu’une ère de transformation reposant sur l’unité nationale.

Des mots forts. Des engagements martiaux. Mais pour beaucoup de Centrafricains qui écoutaient ou qui ont suivi le discours, ces phrases ont sonné comme un écho amplifié des discours prononcés depuis 2016, puis en 2020. Dix ans plus tard, le ton est plus ferme, l’hypocrisie semble avoir passé à la vitesse supérieure.

D’abord, la lutte annoncée contre ceux qui « prospèrent sur la faiblesse de l’État ». Le président dénonce les pilleurs de ressources et les profiteurs. Pourtant, ces dernières années, Bangui a vu pousser de nombreux immeubles de plusieurs étages appartenant à des personnalités proches du pouvoir. Des résidences privées luxueuses de cinq étages, construites ou acquises en quelques années seulement, contrastent violemment avec la pauvreté qui touche encore plus de 65 % de la population selon les données les plus récentes de la Banque mondiale. Le pays reste largement « hors radar » pour de nombreux indicateurs de développement, tandis que la capitale affiche des signes visibles d’enrichissement rapide pour une petite couche au sommet.

Ensuite, la promesse de « tranquillité retrouvée » et de traque implacable des criminels, délinquants et hors-la-loi. Le discours présente les forces de l’ordre comme les piliers de cette nouvelle ère. Mais au moment même où le dictateur prononçait ces paroles, les mercenaires russes du groupe Wagner continuaient de semer la terreur dans plusieurs régions du pays, notamment à Tabane, un village situé à environ 20 km de Zemio, dans le Haut-Mbomou. Ils y cassent les portes des maisons une à une, frappent les habitants et terrorisent les populations civiles.

De la même manière, à Ouanda-Djallé, dans la Vakaga, des soldats des Forces armées centrafricaines (FACA), le 27 février dernier, ont tué trois adolescents et en ont blessé neuf autres, qui se trouvent actuellement à l’hôpital. Le ministre de la Défense et celui de l’administration du territoire se sont rendus sur place, ont tenu un discours ferme, fait relever ces soldats, mais à leur retour vers Bangui, ces mêmes soldats restaient bloqués à seulement 15 km de Wanda-Jali.

Alors, qui sont donc réellement les fauteurs de trouble? Les mercenaires russes de Wagner, certains éléments des FACA, mais aussi des membres du gouvernement eux-mêmes: plusieurs ministres et hauts responsables sont d’anciens chefs de groupes rebelles ou de milices. Parmi eux, des figures comme Hassan Bouba, poursuivi par la Cour pénale spéciale pour crimes graves, mais libéré avec l’aide des mercenaires russes et des gardes présidentielle, le ministre des Transports Gontran Djono Abba, issu du RPRC, , le ministre de la Justice, le ministre du désarmement, ou encore le ministre de la Jeunesse et des Sports, chef de milice proche du régime. Le discours promet de traquer ceux qui troublent la paix et bafouent la justice, mais il serait logique de commencer par soi-même et par ses plus proches collaborateurs avant de pointer du doigt les autres.

La réalité est aussi saisissante entre les « ordres de mission » donnés solennellement et la réalité sur le terrain où la paix reste une promesse lointaine.

Le discours évoque également la réconciliation nationale « fondée sur la vérité, la justice, la réparation et la réintégration républicaine », avec confiance dans la Commission vérité-justice-réparation. Pourtant, après des décennies de violence qui ont déchiré le tissu social, beaucoup de survivants attendent encore des actes concrets. Les souffrances accumulées ne s’effacent pas par des déclarations, surtout quand le quotidien reste marqué par la précarité et le sentiment que certaines violences ne sont jamais vraiment traitées de la même manière.

Enfin, l’ambition d’une « ère de la transformation » et d’une unité nationale qui n’exclurait aucun fils ni aucune fille du pays. Le message est beau sur le papier. Mais lorsque la pauvreté augmente ou stagne à des niveaux extrêmes, que les services publics peinent à répondre aux besoins les plus basiques et que le fossé entre la vie de la majorité et celle d’une minorité privilégiée s’élargit, ces appels à l’unité sonnent creux pour ceux qui survivent plutôt qu’ils ne vivent.

Le 30 mars 2026 restera sans doute comme une journée de grand spectacle des mythomanes: stade rénové, présence de chefs d’État, embellissement visible de certains axes de Bangui. Mais pour les Centrafricains qui luttent chaque jour, le discours risque d’être retenu surtout pour son niveau d’hypocrisie élevé.

Les mêmes thèmes – traque des profiteurs, restauration de l’autorité de l’État, réconciliation – reviennent avec plus de force, comme si répéter plus fort pouvait masquer le décalage avec la réalité.

Source: Corbeau News Centrafrique

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