Bourses Étudiantes Détournées Par Un Réseau Mafieux

0
Bourses Étudiantes Détournées Par Un Réseau Mafieux
Bourses Étudiantes Détournées Par Un Réseau Mafieux

Africa-Press – CentrAfricaine.
Pendant que des jeunes centrafricains poursuivent leurs études à l’étranger dans des conditions difficiles, notamment en Russie où certains peinent à survivre dans le froid hivernal, l’argent de leurs bourses gouvernementales sert à enrichir un réseau de fonctionnaires corrompus. Corbeau News Centrafrique a recueilli des informations sur l’existence d’un système mafieux organisé par le gestionnaire des bourses et plusieurs hauts cadres du Trésor public et du ministère des Finances.

Le mécanisme de cette mafia pathétique est simple. Une fois les fonds alloués au paiement des bourses déversés, le gestionnaire, avec la complicité de certains hauts cadres du Trésor et des Finances, isole cet argent et le prête à des tiers personnes avec des intérêts en retour. Les étudiants, eux, attendent des mois, voire des années, avant de percevoir ce qui leur revient de droit. Cette pratique frauduleuse explique les retards chroniques dans le paiement des bourses, un problème qui persiste depuis des années sans que le gouvernement n’exige des comptes aux fonctionnaires responsables. Au contraire, ceux qui osent revendiquer le paiement dans les délais sont accusés de manipulation.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les arrêtés n°083 de 2021, n°096 de 2022, n°003 de 2023 et n°083 de 2024 ne sont toujours pas soldés. Pourtant, lors de rencontres avec les étudiants, le Président Faustin-Archange Touadera alias Baba Kongoboro, garantit à chaque fois qu’à chaque paiement de salaires, les pensions et les bourses sont également réglées. Mais la réalité raconte une tout autre histoire.

Le système installé par ces mafieux instaure une discrimination criante. Seuls les étudiants dont les familles sont proches du pouvoir ou disposent de relations influentes peuvent percevoir rapidement la totalité de leurs bourses, parfois dès la publication des arrêtés. Les autres doivent attendre que le réseau ait terminé ses opérations lucratives. Deux étudiants en Russie, dont les familles ont des connaissances haut placées, ont déjà perçu l’intégralité de leurs bourses. Il y a quelques semaines, un autre étudiant confronté à des difficultés financières pour payer son billet retour en Russie après un séjour à Bangui pour renouveler son passeport a pu obtenir une partie de sa bourse grâce à la pression exercée par ses parents sur le gestionnaire. Ce dernier lui a alors recommandé de ne pas répandre la rumeur, précisant qu’ils avaient des choses à faire avec l’argent d’abord.

Pour éviter toute contestation, aucune publication n’est jamais affichée au tableau d’annonces du service de perception. Normalement, une annonce devrait informer les bénéficiaires de la date de paiement. Rien de tel n’existe. Les informations circulent uniquement de bouche à oreille dans les couloirs de l’administration. Le gestionnaire en question se comporte en petit potentat. Dépourvu d’éthique professionnelle, il s’adresse aux gens avec mépris et pique des crises de nervosité lorsqu’on lui demande la date précise des paiements ou quel arrêté sera honoré. Son comportement témoigne de l’impunité dont jouissent ces fonctionnaires.

Le mois dernier, les étudiants de l’Université de Bangui sont entrés en grève. Craignant d’être interpellé, le gestionnaire s’est empressé de leur payer deux trimestres successifs. En revanche, il a totalement ignoré le cas des étudiants à l’étranger, sachant qu’ils ne sont pas sur le territoire et ne peuvent donc pas manifester ou exercer une pression immédiate. Cette différence de traitement souligne le cynisme du système: les bourses sont payées non pas selon le droit, mais selon la capacité de nuisance des bénéficiaires.

Les conséquences humaines de ce système sont lourdes. Des étudiants centrafricains à l’étranger, notamment au Maroc et en Russie, vivent dans la précarité, manquant parfois du strict nécessaire pour survivre dans des conditions climatiques rigoureuses. Pendant ce temps, l’argent qui devrait assurer leur subsistance génère des profits pour un réseau de fonctionnaires véreux et leurs partenaires commerciaux. Ce scandale s’ajoute à la longue liste des dysfonctionnements et pratiques corruptives qui minent l’administration centrafricaine. Il montre comment des fonctionnaires censés servir l’intérêt public détournent les ressources de l’État au détriment des citoyens les plus vulnérables, en l’occurrence des jeunes dont l’avenir dépend de leur réussite académique.

Le gouvernement centrafricain peut-il encore longtemps fermer les yeux sur ces pratiques qui sabotent l’avenir de la jeunesse du pays?

 

Source: Corbeau News Centrafrique

Pour plus d’informations et d’analyses sur la CentrAfricaine, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here