Amnesty International Alerte Sur La Fermeture De La CPS

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Amnesty International Alerte Sur La Fermeture De La CPS
Amnesty International Alerte Sur La Fermeture De La CPS

Africa-Press – CentrAfricaine.
Amnesty International alerte sur la fermeture imminente de la juridiction centrafricaine qui pourrait cesser toute activité en juin prochain, laissant des milliers de victimes sans recours judiciaire possible.

Créée en 2015, cette instance rassemble magistrats centrafricains et internationaux pour traiter les affaires liées aux violences commises depuis 2003. Quinze dossiers sont actuellement à l’étude et trois procès se déroulent en ce moment même. Plus de trente personnes font l’objet de mandats d’arrêt pour crimes de guerre et atteintes graves perpétrées durant les années de conflit.

Or les finances s’épuisent rapidement et les perspectives s’assombrissent de jour en jour. Les États-Unis ont cessé leur soutien financier l’année passée, alors qu’ils représentaient le deuxième bailleur après les Nations unies. Seule l’Union européenne garantit désormais une contribution pour 2026, tandis que l’ONU, empêtrée dans ses propres difficultés budgétaires, ne peut assurer les versements annoncés.

Cette raréfaction des ressources a déjà provoqué des licenciements massifs. Entre août et septembre derniers, un quart des effectifs a dû quitter la CPS, notamment les spécialistes venus de l’étranger. Les équipes d’enquêteurs sont passées de quatre à une seule, alors que les affaires à instruire n’ont jamais été aussi nombreuses dans les archives de l’institution.

Le service chargé de protéger les témoins a perdu plus de la moitié de ses agents. Cette réduction met en danger ceux qui acceptent de livrer leur version des faits devant les juges. Amnesty International rappelle que ces personnes risquent déjà leur vie en témoignant et qu’elles méritent un accompagnement adapté tout au long des procédures.

Les victimes elles-mêmes ne peuvent plus rejoindre les salles d’audience. La CPS n’a plus les moyens de financer leurs déplacements ni leur hébergement durant les sessions judiciaires. Elles se retrouvent écartées de leurs propres procès, incapables d’assister aux débats qui les concernent directement et d’entendre les arguments développés par les différentes parties.

Les associations locales de rescapés expriment une angoisse grandissante devant cette situation. Selon Amnesty International, une membre d’un collectif local confie que la crainte d’un gel des dossiers n’est plus une simple hypothèse mais une peur fondée. La représentante d’une autre association affirme que la baisse des financements touche directement ceux qui réclament justice depuis des années.

Depuis son lancement, l’institution a ouvert quatre procès dont deux attendent encore leur examen en appel. Deux autres affaires sont actuellement examinées en première instance par les magistrats. En janvier dernier, le dossier concernant l’ancien président François Bozizé, visé par un mandat d’arrêt émis en 2024, a été renvoyé devant le tribunal malgré son absence lors des audiences.

Des milliers de civils ont été tués, violés, enlevés ou chassés de chez eux lors des vagues de violence qui ont déchiré le pays ces vingt dernières années. Pour ces rescapés, la CPS incarne un espoir d’obtenir enfin réparation et reconnaissance de leurs souffrances. Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, affirme que la fermeture constituerait un recul catastrophique dans la lutte contre l’impunité.

L’organisation demande aux gouvernements partenaires d’engager rapidement des ressources financières et humaines. Les tribunaux nationaux centrafricains ne disposent pas des capacités requises pour reprendre ce travail malgré les efforts déployés par les autorités du pays. Si la CPS disparaît maintenant, elle n’aura jugé qu’une poignée d’individus de rang intermédiaire, laissant les principaux responsables hors d’atteinte.

Le mandat actuel de la juridiction court jusqu’en octobre 2028. Mais sans nouvelles rentrées d’argent d’ici quatre mois, les portes pourraient se refermer bien avant cette échéance. Quelques pays européens étudient la possibilité d’intervenir mais n’ont encore rien promis de concret, laissant planer un doute sur l’avenir de cette expérience judiciaire dans la région

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