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Un recours constitutionnel a transformé Élysée Nguemale en cible des milices progouvernementales. Il interpelle désormais la MINUSCA pour échapper aux représailles qui s’accumulent contre lui depuis plusieurs mois.
Le coordonnateur national de l’Observatoire pour la Gouvernance démocratique en Centrafrique a saisi le Conseil Constitutionnel pour contester l’éligibilité de Faustin Archange Touadera au scrutin du 28 décembre 2025. Nguemale invoque l’incompatibilité du dossier présidentiel avec la Constitution du 30 août 2023. Cette démarche juridique, qu’il estime légitime, a aussitôt déclenché une vague de représailles.
Les premières menaces ne tardent pas à se manifester. Le 12 novembre 2025, à la veille de l’audience constitutionnelle, le ministre de l’Administration du territoire Bruno Yapande lance un avertissement glaçant sur les ondes de Radio Ndeke Luka. « Élysée Nguemale sera responsable de ce qui lui arrivera », déclare-t-il publiquement.
L’avertissement ministériel trouve rapidement un écho auprès des partisans du régime. Doctrouvé Koï Éloge, présenté comme un proche du chef de l’État et dirigeant d’un groupe nommé « Tonton Macoute », appelle ses militants à se mobiliser via Facebook. Il écrit: « Je demande à tous les tontons macoutes de prendre position demain à 11h à la Cour de cassation pour accueillir la tête d’escargot appelée Nguemale Élysée. » Ces appels à la violence débouchent sur une agression concrète. Le 24 novembre 2025, vers 16h30, cinq hommes attaquent physiquement Nguemale dans un restaurant situé en face du magasin Quifeurou, à environ 200 mètres du croisement Marabena à Bangui. L’assaut se déroule en plein jour, dans une zone commerçante fréquentée de la capitale.
L’enquête menée par l’Observatoire pour la Gouvernance démocratique établit rapidement l’identité des assaillants. Selon Nguemale, les agresseurs appartiennent à la milice dirigée par Doctrouvé Koï Éloge. Lors de l’attaque, son téléphone portable disparaît entre les mains de ses assaillants.
Redoutant que Doctrouvé n’obtienne l’immunité parlementaire après les législatives, l’activiste dépose une nouvelle requête. Nguemale saisit le Conseil Constitutionnel pour invalider la candidature de son agresseur présumé et annuler ses suffrages éventuels. Cette initiative provoque un nouvel incident, encore plus audacieux que le précédent.
Le 31 janvier 2026, à l’intérieur même du Conseil Constitutionnel, Doctrouvé tente d’agresser Nguemale. Le chef milicien l’interpelle violemment en ces termes: « C’est mon régime, je vais t’écraser. » La scène se déroule au sein d’une institution censée incarner la neutralité judiciaire.
Le soir même, Doctrouvé publie sur sa page Facebook la vidéo de l’agression du 24 novembre. Il accompagne la diffusion de commentaires humiliants: « La tête d’escargot Nguemale Élysée se fait tabasser par des jeunes pour une affaire de cuissage et de jambage d’une femme d’autrui. Écoutez comment il pleure comme une chienne verte en chaleur. » Cette publication constitue, selon Nguemale, une preuve irréfutable de la responsabilité du chef milicien. En diffusant une vidéo filmée lors d’une agression où le téléphone de la victime a disparu, Doctrouvé confirme qu’il dispose de ce matériel. L’activiste en déduit que le responsable politique a commandité l’attaque et bénéficie de la bénédiction présidentielle.
Depuis son engagement contre le référendum constitutionnel de juillet 2023, Nguemale affirme ne plus jouir des droits ordinaires reconnus aux citoyens. En plus des agressions orchestrées par les proches du président, il mentionne son exclusion de l’école doctorale des Sciences juridiques et politiques de l’Université de Bangui depuis le 15 juin 2024. Cette mesure lui paraît arbitraire et liée à son activisme.
Aucune autorité publique n’a condamné les violences dont il est la cible. Ce silence officiel l’amène à penser que ces actes bénéficient d’un soutien gouvernemental. Nguemale déclare que l’ensemble de ses droits civiques, politiques, sociaux et économiques contenus dans les pactes internationaux du 16 décembre 1966 sont bafoués.
Dans sa lettre adressée à la représentante de la MINUSCA, il énumère ce qu’il appelle ses « crimes ». « Mon crime est le fait de réclamer le respect des principes démocratiques », écrit-il. Il ajoute que son crime consiste à avoir fait usage de son droit électoral en saisissant le Conseil Constitutionnel conformément aux articles 94 et 95 du code électoral.
L’activiste poursuit sa liste de griefs reprochés par le pouvoir. « Mon crime c’est le fait de veiller au strict respect de la Constitution, des lois et règlements de la république qui est pourtant un devoir citoyen », précise-t-il. Il mentionne également ses revendications pour la bonne gouvernance et la justice pour ses compatriotes.
Nguemale dénonce aussi son combat pour la gestion transparente des ressources naturelles, des dons et subventions extérieures. Il dit réclamer le respect de la dignité humaine, l’unité nationale et l’égal accès aux emplois publics sans distinction d’opinion politique, religieuse, ethnique ou philosophique. Même sa demande de fourniture régulière d’eau et d’électricité constituerait un motif de répression.
L’activiste évoque également des cas récents de disparitions de détenus dans le système carcéral centrafricain. Il cite Armel Sayo, disparu de sa cellule pendant plusieurs semaines avant de réapparaître dans des circonstances obscures. Un autre cas renforce ses craintes pour sa propre sécurité.
Le policier Romaric Judicaël Mokoboulou a disparu de sa cellule à l’Office central de répression du banditisme. Son corps sans vie a été retrouvé dans une morgue de la ville. « Aujourd’hui nous assistons à un phénomène inouï dans le système judiciaire. Celui de la disparition et d’assassinat des détenus », déplore Nguemale.
Le militant estime que la République centrafricaine fonctionne en violation des principes énoncés dans la Charte des Nations Unies. Il invoque notamment le respect de la dignité et la valeur de la personne humaine, le progrès social et l’instauration de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande. Ces valeurs fondamentales seraient bafouées quotidiennement.
Sa démarche auprès de l’ONU vise à obtenir une protection internationale. Nguemale juge que son pays ne peut plus la lui garantir car les miliciens et les collaborateurs présidentiels qu’il dénomme circulent librement. Chaque déplacement dans Bangui représente désormais un danger potentiel pour sa vie.
« Je vous soumets ces faits pour vous informer que ma vie est en danger et je cours le risque quotidien de rencontrer les tontons macoutes et les collaborateurs du Président qui serait fatal pour ma vie », écrit-il à la représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU. Nguemale espère que cette dénonciation retiendra l’attention de la MINUSCA et lui permettra d’obtenir une protection avant qu’il ne soit trop tard.
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