Africa-Press – CentrAfricaine. La Cour pénale spéciale examine les violences commises contre les musulmans de Guen lors d’une audience où un témoin protégé livre des accusations graves.
L’audience du 6 février 2026 s’est tenue au sein de la juridiction hybride centrafricaine, sous la direction du juge Aimé Pascal Delimo. Deux autres magistrats, Emile Ndjapou et Herizo Rado Andriamanantena, complétaient la formation de jugement, tandis que la greffière Marie Madeleine Touakouzou assurait l’enregistrement des débats.
Le témoin GU-5, dont l’identité demeure cachée, s’est exprimé depuis 10 heures du matin avec un dispositif qui modifiait sa voix. Originaire de Guen et membre de la communauté musulmane locale, cet homme a juré de dire la vérité selon les règles établies par l’article 123 alinéa A. Il a connu les accusés sans entretenir de relations particulières avec eux.
Son récit a porté sur les agressions visant les habitants musulmans de la localité. Edmond Beina apparaît comme la figure centrale des miliciens Antibalakas, responsable selon le déposant de nombreux crimes. La mosquée a été détruite, les biens pillés, et des personnes réfugiées chez le chef Ali Garba ont été tuées.
Le témoin affirme avoir ramassé vingt-deux corps, dont certains portaient des blessures infligées par des machettes. Il évoque ensuite l’enterrement de quarante-deux victimes dans une fosse collective. Beina aurait poussé les jeunes à commettre ces actes après avoir organisé des rassemblements où il distribuait des remèdes traditionnels censés protéger ses partisans.
Jean Bahara est désigné comme l’adjoint principal de Beina. Le témoin l’accuse notamment d’avoir exécuté le conseiller Bandjoukou sur instruction de son chef. Deux autres noms émergent: Parfait et Lebrun, tous deux actifs au sein du groupe armé.
Les événements s’inscrivent dans un contexte où les ex-Sélékas avaient commis des exactions à Gadzi avant de quitter Guen. Des rumeurs annonçant l’arrivée des Antibalakas ont précipité leur départ. Au moment où ces derniers ont pénétré dans la ville, aucun ex-Séléka ne s’y trouvait plus.
Parmi les accusés, seul Dieudonné Gomitoua n’appartenait pas à la milice. Autorité locale, il a dû accepter que Beina établisse une base chez lui par peur des représailles. Philémon Khaena, surnommé CB, dirigeait la jeunesse locale, mais le déposant n’a jamais assisté à des crimes commis par lui, bien que des bruits l’associent aux Antibalakas.
L’absence d’autorités officielles pendant cette période a permis aux miliciens de tenir des discours dépréciatifs envers les forces de défense et de sécurité. Ils reprochaient à ces dernières d’avoir abandonné la population devant les groupes armés. Certaines jeunes filles peuhles ont été enlevées de force, tandis que Jean Bahara vivait avec une jeune Malienne retenue contre son gré.
Le Substitut du procureur Alexandre Tindano a interrogé le témoin sur la date exacte du départ de Beina de Guen. Le déposant ne s’en souvient plus. Il a néanmoins confirmé avoir participé au ramassage des dépouilles mutilées et a rapporté qu’une personne encore vivante a été enterrée dans la fosse commune sur ordre des Antibalakas dirigés par Beina.
L’avocat de Beina, Me Tabangue, a questionné le témoin sur les pratiques de « vaccination ». Le déposant a expliqué que le massacre chez Ali Garba résultait de la découverte par Beina d’une photographie reliant un jeune aux ex-Séléka. Beina en a conclu que le chef cachait des membres de ce groupe et a ordonné l’attaque.
Me Euloge Fortuné Mockpat, défenseur de Philémon Kahena alias CB, a obtenu la confirmation que son client n’avait jamais été vu en train de tuer ou de piller. Seules des rumeurs le liaient aux Antibalakas. Concernant François Boybanda alias Balhere, l’avocat Me Yvon Fred Mapkevo a appris que le témoin ne connaissait pas cet accusé, bien qu’il ait entendu parler de lui sans jamais le voir agir.
Me Hotto, qui représente Mathurin Kombo, a interrogé le déposant sur son client. Le témoin a déclaré ne pas connaître personnellement Kombo, citant uniquement Jean Bahara comme Antibalaka identifié avec certitude. Il a toutefois entendu dire que Kombo aurait participé aux pillages à Guen.
L’avocat de Dieudonné Gomitoua, Me Albert Panda, a obtenu la reconnaissance du rôle joué par son client dans la libération de civils retenus chez le chef Ali Garba. Le témoin a aussi reconnu les efforts de Gomitoua pour ramener la paix à Gadzi. Les débats se sont achevés à 16h04 et reprendront le lundi 9 décembre à 10 heures.
Source: Corbeau News Centrafrique
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