Africa-Press – CentrAfricaine.
La radio Lengo Songo, instrument de communication des mercenaires russes déployés en Centrafrique, a publié le 3 mars 2026 un texte signé Saint-Cyr Gbégbé-Ngaïna qui prétend exposer un réseau de déstabilisation impliquant l’homme d’affaires Babanani Mahamat Djamil. Ce texte est un mensonge, fabriqué dans le seul but de neutraliser un homme qui a eu le tort d’exiger ses droits.
Pour comprendre pourquoi Wagner s’acharne sur Babanani, il faut remonter au 27 octobre 2023. Ce jour-là, des éléments de l’OCRB accompagnés de mercenaires russes ont fait irruption à son domicile du quartier KM5 à Bangui, sans mandat du parquet. Ils ont saccagé le salon, fouillé la chambre, vandalisé la douche, emporté près de six millions de francs CFA, ses documents d’identité, ses équipements informatiques et ses effets personnels.
Un procès-verbal dressé le 30 octobre 2023 par l’huissier de justice Bienvenu Saouya a consigné l’étendue des dégâts pièce par pièce. Sur la base de ce document, son avocat Maître Albert Panda Gbianimbi a déposé une plainte formelle auprès du Procureur de la République, enregistrée sous le numéro 23/LVM. Cette plainte a mystérieusement disparu des archives judiciaires. Pendant ce temps, les mercenaires russes, auteurs de cet acte criminel, ont conservé tout ce qu’ils avaient pris au domicile de l’homme d’affaire.
Babanani a alors quitté le pays pour le Cameroun, où il possède également des intérêts commerciaux. C’est là que le piège suivant s’est mis en place. Le ministre de l’Élevage Hassan Bouba l’a contacté à plusieurs reprises pour lui promettre des commandes officielles de l’État, le rassurant qu’il pouvait rentrer sans risque. Babanani est rentré. Un bureau lui a été aménagé au sein du ministère, avec ordinateurs et matériel professionnel.
Des documents lui ont été remis: bons de commande, cahiers des charges, autorisations. Quand il s’est présenté à l’aéroport de Bangui pour se rendre au Cameroun effectuer les achats correspondants, il a été arrêté sur le champ. Les fonds qu’il transportait ont été saisis. Il a été transféré à l’OCRB, où il est détenu depuis lors, sans que les motifs précis de son arrestation n’aient jamais été rendus publics.
C’est dans ce contexte que Lengo Songo publie son article. Babanani a finalement été libéré par la justice et a quitté la Centrafrique pour regagner le Cameroun, où ses activités commerciales l’attendaient. C’est ce départ qui a manifestement déclenché la réaction de Wagner: ne pouvant plus le tenir en cellule, il fallait le rattraper autrement, par le papier et la diffamation.
L’article prétend qu’il aurait participé à un réseau de renseignement piloté depuis Paris, en lien avec son oncle Abdou Karim Méckassoua, ancien président de l’Assemblée nationale. Pas un seul fait daté, pas un seul document consultable, pas une seule source identifiable.
La mention d’une “correspondance” censée prouver sa complicité avec des groupes armés repose sur le même vide. Wagner a déjà produit de faux documents en Centrafrique, notamment dans l’affaire Armel Sayo, où des éléments trafiqués ont servi à justifier une détention arbitraire. La méthode est identique: fabriquer une pièce, l’agiter, construire un récit pénal autour d’elle.
L’insertion dans l’article d’un “ancien attaché militaire français” nommément cité obéit à la même logique. Il s’agit d’accrocher le récit à une figure occidentale fictive pour accréditer l’idée d’une ingérence étrangère, thème central de la propagande Wagner en Afrique centrale depuis des années. Babanani devient ainsi, sur papier, le maillon d’un complot franco-centrafricain. La réalité, elle, est ailleurs.
Ce que Lengo Songo ne dit pas, c’est que Babanani est la victime d’un système de prédation documenté. Les généraux Bienvenu Zokoué et Armel Baraba, dont les constructions immobilières et le train de vie dépassent de loin leurs salaires officiels, ont déjà procédé de la même façon contre l’entrepreneur malien Traoré, contre l’homme d’affaires Abdel Karim Dobo, et contre d’autres encore. Le schéma est toujours le même: cibler un entrepreneur prospère, le dévaliser, faire disparaître sa plainte, puis l’arrêter quand il tente de reconstituer ce qu’on lui a pris.
Lengo Songo n’est pas une rédaction. C’est un service de communication au service d’une milice étrangère dont les membres tuent, rançonnent et emprisonnent des Centrafricains. Ses auteurs sont des employés rémunérés pour produire ce type de contenu sur commande, à intervalles réguliers, selon les besoins opérationnels de leurs commanditaires. Saint-Cyr Gbégbé-Ngaïna a signé un article de commande, pas un travail journalistique.
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