Médiation CENCO – ECC: Tensions entre Pouvoir et Opposition

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Médiation CENCO - ECC: Tensions entre Pouvoir et Opposition
Médiation CENCO - ECC: Tensions entre Pouvoir et Opposition

Africa-Press – Congo Kinshasa. La question d’un dialogue intercongolais piloté par la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) et l’ECC (Église du Christ au Congo) continue de susciter un vif débat en République démocratique du Congo.

Alors que plusieurs figures de l’Opposition s’y accrochent comme à une condition jugée indispensable pour crédibiliser l’initiative, le pouvoir de Kinshasa, lui, insiste officiellement sur le respect des institutions de la République, affirmant que tout dialogue doit être organisé par celles-ci.

Mais, dans les milieux politiques, beaucoup estiment que les réticences du pouvoir dépassent la simple question de principe institutionnel.

Dans une analyse, l’acteur politique Kiki Kienge estime que la première inquiétude de Félix Tshisekedi serait la perte de contrôle du processus. Un dialogue dirigé par les Églises signifierait que l’agenda, la méthode de travail et les conclusions ne seraient pas entièrement maîtrisés par le pouvoir. Or, dans un contexte politique fragile, contrôler le cadre du dialogue permet d’éviter les surprises et de limiter les risques politiques. Confier la conduite des discussions à des médiateurs indépendants réduirait ainsi la marge de manœuvre de la présidence.

S’ajoute à cela la position historique de la CENCO et de l’ECC. Ces deux confessions religieuses ont, par le passé, défendu le respect strict de la Constitution et l’alternance démocratique. Elles s’étaient notamment opposées à tout glissement électoral ou à toute modification constitutionnelle susceptible de prolonger le mandat de Joseph Kabila entre 2016 et 2018. Si un dialogue national venait à aborder des réformes institutionnelles sensibles, leur influence pourrait peser lourdement et freiner certaines ambitions politiques des autorités actuelles. Cette mémoire institutionnelle expliquerait, selon certains observateurs, une certaine méfiance du camp présidentiel.

Dans un climat politique fortement polarisé, l’Opposition perçoit souvent la CENCO et l’ECC comme des acteurs crédibles et relativement neutres. Une médiation forte des Églises pourrait ainsi renforcer la position des opposants, notamment ceux qui dénoncent la gouvernance actuelle. Certains analystes estiment qu’un dialogue réellement inclusif risquerait de mettre en lumière les faiblesses de la gestion du pouvoir, surtout si les discussions portent sur les causes profondes de la crise politique et sécuritaire.

Un autre élément complique l’équation: le rôle régional. Le président angolais João Lourenço, désigné médiateur dans la crise congolaise, a récemment rencontré des responsables de la CENCO et de l’ECC. Son positionnement sera déterminant. S’il soutient un rôle central des Églises, l’équilibre des forces pourrait s’en trouver modifié. En revanche, s’il privilégie un cadre plus proche de la ligne défendue par Kinshasa, le dialogue pourrait susciter des doutes au sein de l’opposition, qui redoute un processus trop influencé par les institutions alignées sur le pouvoir en place.

Au-delà de la dimension religieuse, le débat renvoie en réalité à des enjeux de contrôle politique, de crédibilité institutionnelle et de confiance entre la majorité, l’opposition et la société civile. Pour le pouvoir, accepter un dialogue dirigé par des acteurs qu’il ne contrôle pas comporte des risques. Pour d’autres, c’est précisément cette indépendance qui garantirait un processus plus crédible et inclusif.

Quoi qu’il en soit, le dialogue apparaît aujourd’hui comme un impératif dans un pays traversé par de profondes crises politiques et sécuritaires. Il devient urgent que les parties prenantes harmonisent leurs positions afin de baliser un cadre consensuel susceptible de sortir la RDC de l’impasse, plutôt que de se focaliser sur les gains politiques que chacun pourrait en tirer.

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