« Émergence » : quels sont les pays africains les mieux placés pour l’atteindre ?

« Émergence » : quels sont les pays africains les mieux placés pour l’atteindre ?
« Émergence » : quels sont les pays africains les mieux placés pour l’atteindre ?

Africa-PressCôte d’Ivoire. L’analyse des classifications montre qu’une moitié des États africains peuvent espérer émerger à moyen terme. Des constantes apparaissent qui désignent les mieux placés… pour l’instant. Près d’une quarantaine d’États africains se sont dotés d’un plan destiné à préparer leur « émergence ».

Inventé au début des années 1980 par Antoine Van Agtmael, économiste à la Société financière internationale (IFC, groupe de la Banque mondiale), ce mot magique a remplacé les mots « développement » ou « décollage » dans les discours officiels. Les résultats des classements sont aussi variés que les critères qui les fondent

Par exemple, le Gabon a planifié d’émerger en 2030 et le Sénégal en 2035, histoire de se mettre dans le sillage des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), catégorie des champions en la matière créée par Goldman Sachs dans les années 2000. Le but de la manœuvre est aussi de séduire les investisseurs étrangers en leur faisant miroiter les opportunités de gains dans la réalisation de cet objectif stratégique.

Une notion très floue

Quels sont les pays d’Afrique les mieux placés pour réussir cette émergence ? Une multitude de classements ont tenté de préciser les critères de cette notion très floue. Pour être bien classé par le Fonds monétaire international (FMI) et par les banques, il fallait d’abord une croissance soutenue, une ouverture commerciale et financière, une certaine taille, de la démocratie, une classe moyenne, peu de dettes. La moitié des pays africains peuvent espérer émerger à moyen terme

D’autres chercheurs y ont ajouté jusqu’à 81 indicateurs notamment qualitatifs : politique de diversification économique, taux d’alphabétisation des femmes, stabilité politique, bonne gouvernance, etc. De nouvelles « catégories » ont émergé, faisant florès dans les médias : « lions », « girafes » ou autres « guépards » en référence aux « dragons » asiatiques comme la Chine, la Corée du Sud ou Singapour qu’il s’agit d’imiter.

Les résultats des classements sont aussi variés que les critères qui les fondent. Morgan Stanley ou JP Morgan mettent en tête Afrique du Sud, Égypte et Nigeria qui attirent 35 % des investissements étrangers sur le continent. De son côté, la Conférence des Nations unies sur le commerce et l’investissement (Cnuced) a publié, le 8 février, un Indice des capacités productives (IPC) qui privilégie Maurice, Afrique du Sud et Tunisie. Métro d’Alger. Le 2 mars 2014. © Alexandre Dupeyron pour JA

En Afrique de l’Ouest, les pays côtiers tirent mieux leur épingle du jeu

En compilant ces classifications, il apparaît que la moitié des pays africains peuvent espérer émerger à moyen terme. Des constantes apparaissent qui désignent les mieux placés… pour l’instant.

L’Afrique du Nord semble promise à une émergence relativement rapide, mais il est évident que le Maroc y devance la Tunisie et l’Algérie. Nul ne peut prédire les accidents qui peuvent annihiler les atouts d’un État bien lancé dans la course au progrès

Sans surprise, en Afrique de l’Ouest, les pays côtiers tirent mieux leur épingle du jeu, à commencer par le Ghana et le Sénégal, plus stables et plus constants que la Côte d’Ivoire et le Bénin.

Quoiqu’enclavé, le Burkina Faso fait pratiquement jeu égal avec le Togo, si l’on en croit l’Observatoire pour l’émergence en Afrique. Plus au Sud, le Gabon se détache en Afrique centrale.

À l’Est, le champion toutes catégories de la croissance africaine, l’Éthiopie, résistera-t-il aux affrontements armés avec le Tigré ? Car c’est bien là le problème : nul ne peut prédire les accidents politiques ou sociaux qui peuvent annihiler et pour longtemps les atouts économiques ou institutionnels d’un État bien lancé dans la course au progrès.

Les pays africains qui émergeront le plus vite emprunteront-ils la voie asiatique ? Peu vraisemblable, répondent Meghann Puloc’h et David Chetboun dans L’économie africaine 2021 (Agence française de développement, Éditions La Découverte, janvier 2021). L’industrialisation africaine est trop embryonnaire

« Là où la première phase de l’émergence de nombreux pays asiatiques s’est appuyée sur une main d’œuvre peu qualifiée et faiblement rémunérée, leur permettant de sous-traiter les activités des multinationales du secteur industriel et de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales sur le segment des activités intensives en main d’œuvre et à faible contenu technologique, cette stratégie semble difficilement duplicable pour les pays africains », écrivent-ils.

L’industrialisation africaine est trop embryonnaire et l’automatisation croissante au niveau mondial lui fait perdre l’avantage d’une main d’œuvre peu coûteuse mais aussi peu qualifiée. Le siège d’Ecobank dans le quartier commercial de Ganhi à Cotonou, capitale économique du Bénin, le 19 février 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Il est difficile d’identifier les éléments à privilégier pour accélérer l’émergence de l’Afrique, tant y sont nombreuses les urgences en matière d’infrastructures, de TIC, d’agriculture, de formation ou de diversification des productions… La Zlecaf va favoriser l’intégration

Les auteurs de « L’économie africaine » suggèrent une priorité capable d’aider l’Afrique à résister aussi bien au réchauffement climatique qu’aux chocs externes : le renforcement de l’intégration régionale et continentale permettrait de profiter de la complémentarité des économies et d’accélérer la montée en gamme des productions grâce aux développement des échanges.

Cette intégration à privilégier a pour nom Cedeao ou Communauté de l’Afrique de l’Est, mais surtout « Zone de libre-échange continentale africaine » (Zlecaf) qui fait ses premiers pas cette année. L’émergence sera plus forte et plus rapide si les pays africains la vivent ensemble.

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