Africa-Press – Côte d’Ivoire. La gouvernance et la gestion financière du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Treichville sont au cœur d’une vive contestation syndicale. Dans une déclaration rendue publique ce mardi, la faîtière de la Fédération des syndicats du CHU de Treichville, par la voix de son président Hubert Kpansai, alerte l’opinion et les autorités sur ce qu’elle qualifie de « faits graves » affectant le fonctionnement de l’établissement.
Selon les syndicats, depuis la prise de fonction de M. Kouadio Guillaume, Directeur général du CHU, en juin 2024, la situation de l’hôpital ne cesse de se détériorer, tant sur le plan de la gouvernance que sur celui des conditions de travail et de la prise en charge des patients.
La déclaration syndicale dresse un tableau préoccupant du quotidien du personnel hospitalier. Parmi les dysfonctionnements relevés figurent notamment le manque récurrent d’intrants médicaux, des conditions de travail difficiles, des équipements médicaux en panne sans réparation effective, le non-paiement des actes d’État, ainsi que des primes d’intéressement annuelles jugées dérisoires, malgré les recettes générées par l’établissement.
À cela s’ajoute un climat général de démotivation du personnel, conséquence directe, selon les syndicats, d’une gestion jugée inefficace et peu transparente.
Le service de radiologie est cité comme un exemple emblématique. Les deux scanners dont dispose le service sont en panne depuis plusieurs mois, sans solution durable, alors même qu’il existe une régie financière dédiée à la gestion et à la maintenance de ce service.
Ces préoccupations ont été portées à la connaissance du ministre de la Santé lors d’une rencontre tenue le 5 février 2025. À cette occasion, la majorité des chefs de service ayant pris la parole ont dénoncé la mauvaise gestion des services et les conditions de travail difficiles imposées au personnel.
Le chef du service de radiologie a, pour sa part, publiquement exposé la situation critique de son service et transmis au ministre des documents justificatifs attestant de dysfonctionnements techniques et financiers.
Les syndicats pointent également une opacité persistante dans la gestion des régies financières du CHU. À ce jour, aucune information claire ne serait communiquée sur l’utilisation des fonds générés, laissant le personnel dans une totale ignorance de la destination des ressources.
La faîtière syndicale dénonce en outre l’introduction, par le Directeur général, de personnes de son entourage au sein de l’administration de l’hôpital, instaurant, selon elle, un système de gestion financière centralisé et difficilement contrôlable.
À titre d’illustration, les syndicats évoquent la nomination de l’ensemble du personnel de la Direction de la solde « par affinité », ainsi que la situation de la Sous-directrice des Affaires financières, récemment arrivée, seule à disposer d’un arrêté de nomination, contrairement aux autres membres de la direction.
Ils soulignent également que cette dernière signerait, avec l’aval du Directeur général, des documents financiers en lieu et place de la Directrice des Affaires financières, notamment dans le cadre de la gratuité ciblée, soulevant de sérieuses interrogations sur le respect des règles de contrôle interne et de séparation des fonctions.
Autre point de crispation majeur: la gestion de l’enveloppe de 168 millions de francs CFA octroyée par l’État de Côte d’Ivoire au CHU de Treichville au titre de la gratuité ciblée. Selon les syndicats, aucune information n’a été communiquée au personnel sur l’utilisation de ces fonds.
Face aux interrogations des travailleurs, le Directeur général invoquerait un prétendu « secret de gestion », un argument rejeté par la faîtière syndicale, qui rappelle que ces ressources étant des fonds publics, leur gestion est soumise aux principes de transparence, de reddition des comptes et de contrôle, conformément aux textes en vigueur.
Au regard de l’ensemble de ces dysfonctionnements, le personnel du CHU de Treichville, à travers la faîtière des syndicats, exprime sa vive protestation et formule plusieurs exigences, parmi lesquelles:
une gouvernance responsable et conforme aux textes, l’amélioration des conditions de travail, la transparence dans le paiement des primes d’intéressement annuelles, le paiement intégral des actes d’État, la libération des locaux du CHU occupés par des structures privées en fin de contrat, notamment le laboratoire TOP LABO, la réouverture du restaurant du CHU de Treichville et la libération des logements occupés par des personnes non ayants droit.
La faîtière syndicale appelle enfin les autorités compétentes à prendre toute la mesure de la situation, afin de préserver la continuité du service public hospitalier et d’améliorer la qualité de la prise en charge des patients.
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