Les Ashanti : le royaume de l’or et du rythme qui a résisté au colonialisme

20

Tariq Abou Obeida

Le royaume Achanthi, situé au cœur des forêts de Ghana, incarne une riche civilisation africaine, alliant pouvoir politique et richesse culturelle. Fondé au XVIIe siècle, il est célèbre pour sa résistance contre la colonisation britannique, notamment grâce à la reine Yaa Asantewaa, qui a mené une révolte emblématique pour défendre l’héritage culturel et la souveraineté de son peuple.

Dans le cœur des forêts luxuriantes du Ghana, le royaume Achanthi continue de représenter une civilisation africaine ancienne qui allie puissance politique et richesse culturelle, ayant résisté à des siècles de conflits.

Les racines des Achanthi remontent au peuple Akan, qui s’est établi dans des régions riches en or au cours des XVe et XVIe siècles.

Cependant, le tournant décisif est survenu à la fin du XVIIe siècle, lorsque le chef Osei Tutu a uni les tribus avec l’aide du leader spirituel Okomfo Anokye.

Depuis Kumasi, la capitale historique, le “trône d’or” est devenu un symbole sacré du royaume.

Selon la légende, il serait descendu du ciel dans les bras d’Okomfo Anokye, incarnant l’esprit de la nation Achanthi et sa dignité.

C’est pourquoi il est interdit de s’y asseoir et il n’est exposé que lors des grandes occasions.

Lorsque les Britanniques ont tenté de s’emparer du trône en 1900, la reine Yaa Asantewaa a mené une résistance farouche pour défendre ce symbole de souveraineté, marquant l’un des moments les plus emblématiques de la lutte dans l’histoire moderne de l’Afrique.

Les revendications britanniques de domination, en demandant la remise du “trône d’or”, ont été perçues comme une provocation sans précédent à la dignité de la nation.

Alors que les dirigeants Achanthi gardaient le silence lors d’une réunion cruciale, Yaa Asantewaa, en tant que gardienne spirituelle du trône, a renversé la situation avec des mots puissants appelant à la résistance, déclarant que le temps des hésitations était révolu et que défendre ce symbole de souveraineté était défendre l’âme même du peuple.

“Si les hommes Achanthi ne se lèvent pas pour défendre leur nation, nous, les femmes, le ferons. J’appellerai les femmes Achanthi et nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle.”

Avec ces mots, elle a annoncé la naissance de la Révolte du Trône d’Or, l’un des mouvements de résistance les plus significatifs de l’histoire moderne de l’Afrique.

Lors de la bataille pour le Trône d’Or contre les Britanniques, les combattants chantaient la chanson “Yaa Asantewaa”, qui est devenue un hymne de la bravoure féminine et de la résistance nationale, une légende musicale qui résonne encore aujourd’hui dans les écoles et les célébrations nationales au Ghana.

“Yaa Asantewaa…La femme qui a combattu les hommes blancs, A mené la bataille pour le Trône d’Or.”

Bien que la révolution se soit soldée par la défaite des Achanthi et l’arrestation de Yaa Asantewaa, son esprit a ravivé la résistance contre le colonialisme, devenant l’étincelle qui a inspiré la lutte du Ghana pour l’indépendance un demi-siècle plus tard.

Après sa reddition, Yaa Asantewaa a été exilée sur l’île de Seychelles dans l’océan Indien, où elle est décédée en 1921.

Cependant, sa mémoire n’est pas morte, car elle est devenue un symbole national, et ses restes ont été rapatriés au Ghana après l’indépendance pour être enterrés dans sa terre natale, lors d’une grande célébration nationale.

Les tambours préservent la mémoire des Achanthi

Dans la région Achanthi du Ghana, la musique dépasse le simple art pour devenir un langage vibrant qui exprime la mémoire collective et l’histoire du peuple.

Les tambours se transforment en un moyen de communication culturelle et sociale qui se transmet de génération en génération.

Les rythmes ne sont pas seulement des rituels festifs, mais aussi des outils de résistance et d’expression politique en temps de conflit, car les tambours ont été utilisés pour transmettre des messages entre les combattants et pour enflammer l’enthousiasme du peuple.

Les chants étaient interprétés dans un esprit collectif, suscitant l’ardeur et renforçant l’unité et la cohésion de la communauté, faisant de la musique une voix de lutte autant qu’une expression d’identité.

La musique Achanthi se caractérise par la diversité des rythmes et leur interconnexion dans des motifs précis, où le tambour n’est pas joué simplement pour le rythme, mais remplit une fonction spécifique portant un sens particulier dans le contexte social et politique.

Le tambour “Atumpan”, connu sous le nom de “tambour parlant”, est utilisé pour transmettre des messages linguistiques codés entre les membres de la communauté, tandis que les tambours “Kete” sont réservés à la cour royale et ne sont joués que lors des occasions officielles.

Le tambour “Fontomfrom” est considéré comme une incarnation de la majesté de l’État et un symbole de pouvoir.

Les grands musiciens traditionnels de Kumasi affirment que ces tambours ne sont pas seulement des instruments de musique, mais des piliers dans la construction de l’identité Achanthi.

Avec cette compréhension profonde, la musique chez les Achanthi devient un pont vivant reliant le passé au présent, dépassant le simple rituel artistique pour devenir un moyen de préserver la mémoire collective et de sauvegarder l’identité culturelle.

Ainsi, jouer, chanter et danser ne sont pas de simples performances, mais un acte collectif incarnant l’appartenance, faisant de la communauté un tout vibrant au rythme des tambours, tout comme le cœur bat pour la vie.

De l’écho tribal à l’hymne national

Avec l’essor des mouvements de libération nationale dans les années 1940 et 1950, la musique Achanthi est devenue une source d’inspiration pour les mouvements nationalistes au Ghana, où les musiciens locaux ont puisé dans ses rythmes pour développer de nouveaux styles musicaux tels que le “highlife” et l'”afrobeat”, qui sont devenus par la suite la voix de l’identité africaine moderne.

Lors de l’annonce de l’indépendance du Ghana en 1957, les tambours ont résonné dans les rues de Kumasi et d’Accra pour célébrer la victoire de l’esprit Achanthi sur le colonialisme, et le retour de la voix africaine sur sa terre.

Depuis lors, aucune célébration royale à Kumasi ne se passe sans l’écho des tambours anciens, rappelant sans cesse que la liberté a commencé avec un rythme, a continué avec une mélodie, et a immortalisé une histoire inoubliable.

Philip Gbeho, né en 1904 et décédé en 1976, était un musicien et compositeur éminent, ainsi qu’un professeur de musique, né dans la région de Volta et ayant reçu une formation musicale tant au Ghana qu’au Royaume-Uni.

Gbeho est connu pour avoir composé l’hymne national ghanéen “God Bless Our Homeland Ghana” en 1957, coïncidant avec l’indépendance du pays vis-à-vis du colonialisme britannique.

Il a été parmi les premiers à intégrer les rythmes et les gammes africaines dans une forme musicale moderne à caractère national.

Gbeho est considéré comme un pionnier dans l’établissement de l’identité musicale nationale au Ghana après l’indépendance, ayant remporté un concours officiel pour choisir l’hymne national, faisant ainsi de sa voix une partie de la mémoire collective de la nation naissante.

L’échelle musicale et l’identité sonore chez les Achanthi

La musique Achanthi repose sur l’échelle pentatonique, qui se compose de cinq notes fondamentales, contrairement à l’échelle heptatonique plus courante à l’échelle mondiale.

Cette structure musicale confère un caractère mélodique simple, mais riche en émotion et en expression.

L'”échelle pentatonique majeure” est utilisée dans les chants festifs de caractère collectif, tandis que la “pentatonique mineure” est employée dans les rituels spirituels et contemplatifs, reflétant la profondeur de l’expérience religieuse et émotionnelle du peuple Achanthi.

La fusion entre la mélodie et le sens dans la musique Achanthi provient de la nature tonale de la langue Twi, où les rythmes imitent la prononciation des mots, ce qui explique le rôle vital des tambours parlants dans la transmission des messages et la formation de la conscience collective.

De nombreux musiciens ont contribué à porter cet héritage sur la scène mondiale, notamment Koo Nimo, une figure emblématique du chant traditionnel, ainsi qu’Amakye Dede et Nana Acheampong, des pionniers de la musique highlife, sans oublier des artistes contemporains qui ont réintroduit l’esprit Achanthi dans un cadre moderne alliant authenticité et rythmes mondiaux.

Le royaume Achanthi n’est pas seulement une page de l’histoire africaine, mais un témoignage vivant de la manière dont la musique peut devenir une identité, une arme et une voix de dignité.

Du trône d’or au tambour parlant, des arènes de résistance aux mélodies de l’hymne, l’Achanthi demeure l’histoire d’un peuple qui a fait de la cadence sa patrie et de la foi une culture immortelle.

Le royaume Achanthi, issu du peuple Akan, a émergé au XVIIe siècle sous la direction d’Osei Tutu, qui a unifié les tribus locales.

Ce royaume a prospéré grâce à ses ressources en or et à sa structure politique solide.

La résistance achanthi contre les Britanniques au début du XXe siècle, dirigée par la reine Yaa Asantewaa, a marqué un tournant dans l’histoire de la lutte pour l’indépendance en Afrique, inspirant des générations futures à revendiquer leur dignité et leur culture.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici