Guinée-Bissau Refuse que Ses Enfants Servent de Cobayes

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Guinée-Bissau Refuse que Ses Enfants Servent de Cobayes
Guinée-Bissau Refuse que Ses Enfants Servent de Cobayes

Africa-Press. Le quotidien britannique The Guardian a publié un reportage sur un différend opposant le gouvernement de Guinée-Bissau et le ministère américain de la Santé au sujet de la conduite d’une étude médicale sur les vaccins contre l’hépatite B, un conflit qui s’est étendu à des préoccupations éthiques liées à la souveraineté du pays et à la sécurité de ses enfants.

La journaliste indépendante Melody Schreiber, auteure du reportage, indique que le gouvernement de Guinée-Bissau a confirmé la suspension de l’étude financée par les États-Unis. Cette décision place l’État ouest-africain — l’un des plus pauvres du monde — en confrontation directe avec les pressions de responsables sanitaires américains, qui avaient d’abord insisté pour que l’essai se poursuive malgré les objections locales.

Les racines de la crise

La crise trouve son origine dans une étude menée par des chercheurs danois visant à surveiller les effets sanitaires des vaccins lorsqu’ils sont administrés à des moments différents.

Schreiber attribue au ministre de la Santé de Guinée-Bissau, Kenen Nantouti, la déclaration selon laquelle l’essai a été arrêté ou annulé en raison d’une évaluation insuffisante de ses aspects scientifiques, précisant que la décision a été prise à la suite de changements dans la direction politique du pays.

Le ministre a indiqué qu’ils feraient appel à des experts des « Centres africains de contrôle et de prévention des maladies » pour examiner en détail les éléments de l’étude.

Des chercheurs:

La méthodologie de l’étude viole de manière flagrante les normes éthiques, car elle prive certains enfants de soins préventifs essentiels.

Une colère généralisée

Schreiber écrit que la conception de l’étude a suscité une vive colère dans les milieux médicaux africains. Selon le protocole prévu, 14 000 nourrissons devaient être répartis en deux groupes: le premier recevrait le vaccin à la naissance, comme cela se pratique dans le monde, tandis que l’administration du vaccin serait retardée pour le second groupe jusqu’à l’âge de six semaines.

Des chercheurs, selon le reportage, estiment que cette méthode constitue une violation manifeste des normes éthiques, car elle prive des enfants d’une protection préventive nécessaire dans un pays où 11 % des jeunes enfants sont infectés par l’hépatite B, les exposant à un risque de décès.

L’auteure précise que le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya, a souligné que la décision de poursuivre ou d’arrêter l’étude relève de la souveraineté exclusive du gouvernement de Guinée-Bissau, et a affirmé le soutien de l’organisation continentale à toute décision prise par le ministère local de la Santé.

Un terrain d’expérimentation

Des experts africains ont critiqué la tendance à utiliser les enfants du continent comme des terrains d’expérimentation au lieu de financer le renforcement des campagnes de vaccination, mises en difficulté par le manque de ressources, d’autant que l’Organisation mondiale de la santé recommande l’immunisation au cours des 24 premières heures de la vie de l’enfant.

Du côté américain, le reportage indique que la crise a donné lieu à une escalade verbale: des responsables du ministère américain de la Santé ont mis en doute la crédibilité des organisations sanitaires africaines et qualifié les « Centres africains de contrôle et de prévention des maladies » d’« organisation fantôme ».

Cependant, selon Schreiber, le ton de ces déclarations s’est ensuite atténué lorsque le ministère américain de la Santé a confirmé ultérieurement que l’essai avait effectivement été suspendu temporairement, sans répondre aux questions fondamentales relatives aux critères éthiques ni à l’absence d’approbation par des comités d’éthique dans les pays soutenant la recherche.

Un déséquilibre des forces

L’auteure commente que cette affaire révèle un déséquilibre dans le rapport de force entre les bailleurs internationaux et les pays hôtes des recherches. La Guinée-Bissau fait face à d’immenses défis sanitaires et de développement, notamment un taux élevé de mortalité maternelle, un manque d’infrastructures d’assainissement et une pauvreté chronique.

Elle conclut que la position actuelle du ministère de la Santé de Guinée-Bissau demeure la référence essentielle pour déterminer l’avenir de cette étude, au milieu d’appels à une solidarité africaine visant à protéger les enfants contre toute recherche qui sacrifierait leur sécurité sous couvert de science.

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