Africa-Press. Un rapport du journal français Le Monde met en lumière un virage croissant de plusieurs pays africains vers la finance islamique et les investissements du Golfe, après des décennies de dépendance au financement occidental puis chinois ces dernières années. L’objectif est de tirer parti de la forte liquidité financière des pays du Golfe et de diversifier les instruments d’emprunt.
Dans ce contexte, le Bénin a émis en janvier dernier des sukuk islamiques d’un montant de 500 millions de dollars sur sept ans, adossés à des actifs spécifiques permettant aux investisseurs de percevoir des rendements via des loyers ou des parts de profits, plutôt que des intérêts traditionnels.
Selon le rapport, la demande des investisseurs a dépassé de sept fois le montant visé, signe d’un intérêt croissant pour la finance islamique sur le continent.
Ghislain Houngan, conseiller du ministre béninois de l’Économie chargé du financement international, a indiqué que cette démarche vise à « accroître notre marge de manœuvre en diversifiant nos instruments financiers et en nous tournant vers des investisseurs hors d’Europe et des États-Unis ».
Il a ajouté que les investisseurs du Golfe privilégient des placements de long terme, loin de la spéculation à court terme, soulignant que le marché des sukuk est « moins volatil » que les instruments de dette classiques.
Cette orientation intervient alors que la dette publique africaine atteint environ 62 % du PIB en 2025, contre 37 % en 2012. D’autres pays suivent cette voie: le Nigeria a émis des sukuk en monnaie locale et prépare une nouvelle émission en dollars, l’Algérie a adopté un cadre juridique autorisant ces instruments, et le Sénégal s’oriente dans la même direction.
Le rapport souligne qu’en 2025, l’Afrique a émis environ 3 milliards de dollars de sukuk, dont 2,8 milliards en Égypte, contre près de 13 milliards de dollars d’obligations traditionnelles. Le marché africain des sukuk s’élevait à environ 8 milliards de dollars fin 2025, selon l’agence Fitch, un montant encore modeste comparé au marché mondial estimé à près de 1 000 milliards de dollars, principalement concentré en Arabie saoudite, en Malaisie et aux Émirats arabes unis.
Bashar Al-Natoor, responsable mondial de la finance islamique chez Fitch, a déclaré que « l’émission de sukuk nécessite souvent des cadres juridiques complexes », mais que l’implication progressive des pays africains reflète un intérêt croissant pour ces instruments.
Le rapprochement économique s’illustre également par l’élection du Mauritanien Sidi Ould Tah à la présidence de la Banque africaine de développement en 2025, ainsi que par les engagements d’institutions financières arabes à mobiliser des centaines de millions de dollars pour soutenir les ressources de la Banque entre 2026 et 2028. Le continent fait face à un déficit de financement annuel estimé à 400 milliards de dollars, dont plus de 150 milliards pour les infrastructures.
Didier Acouetey, conseiller du président de la Banque africaine de développement chargé de la structuration financière, a affirmé: « Tout ne peut pas venir de l’Occident, surtout dans un contexte de recul de l’aide. »
La présence du Golfe ne se limite pas aux instruments de dette, mais s’étend également aux investissements directs.





