Africa-Press. Le Ghana cherche à obtenir des Nations unies la reconnaissance de la traite des esclaves africains comme « le crime le plus grave contre l’humanité », dans une démarche historique visant à inscrire cette période sombre dans la conscience internationale.
Le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé que son pays soumettra en mars prochain une résolution officielle à l’Assemblée générale de l’ONU afin de classer la traite des esclaves africains parmi les crimes les plus atroces commis contre l’humanité.
S’exprimant à l’issue du sommet annuel de l’Union africaine à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, Mahama a déclaré que cette initiative « n’est que la première étape », ajoutant: « Nous sommes convaincus qu’à travers les consultations que nous avons menées et avec le soutien de l’Union africaine, la vérité sera enfin reconnue: la traite transatlantique des esclaves a constitué la plus grande injustice et le plus grand crime contre l’humanité. »
Le président a précisé que le projet de résolution, qui sera présenté aux États membres de l’ONU, porte le titre suivant: « Déclaration sur la traite des esclaves des Africains réduits en servitude et leur asservissement racialisé, qui constitue le crime le plus grave contre l’humanité ». Il a souligné que l’adoption du texte « n’effacera pas l’histoire, mais la reconnaîtra ».
La traite des Africains réduits en esclavage et les formes d’asservissement fondées sur le racisme comptent parmi les questions essentielles qui ont contribué à façonner le monde moderne. Leurs effets se prolongent encore aujourd’hui à travers les inégalités structurelles, la discrimination raciale et les écarts économiques.
Dans ce contexte, Mahama a insisté: « Si l’on ne peut pas changer le passé, on peut au moins le reconnaître », affirmant que cette démarche s’inscrit dans des efforts plus larges visant à réhabiliter les victimes et les vérités historiques occultées.
Le fort de Cape Coast au Ghana — ancien comptoir colonial ayant joué un rôle central dans la traite — demeure un témoin de cette époque. Il a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979. L’ancien président ghanéen Nana Akufo-Addo avait appelé en novembre 2023 à former un front uni pour réclamer des réparations au titre de la traite transatlantique et des dommages causés durant l’ère coloniale.
La traite transatlantique a organisé la déportation de millions de personnes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale vers le Nouveau Monde, ce qui en fait l’un des plus grands crimes organisés de l’histoire humaine.
Mahama, qui dit agir en coordination avec les pays de la CARICOM (Communauté des Caraïbes), a affirmé que l’objectif « ne se limite pas aux réparations financières, mais concerne la restauration de la vérité historique ».
Il a ajouté: « Notre objectif aujourd’hui est de soumettre la résolution à l’Assemblée générale des Nations unies, afin que le monde reconnaisse que ces atrocités ont bien eu lieu et qu’il n’y a pas eu, dans l’histoire moderne ou mondiale, d’injustice plus grande contre l’humanité que la traite des esclaves. »
Le président ghanéen a conclu en soulignant que « l’adoption de cette résolution n’effacera pas l’histoire, mais la reconnaîtra et rendra justice à la mémoire de millions de victimes dont la souffrance a été occultée pendant de longues décennies ».





