Le 39E Sommet Africain: Transformations et Défis Contempora

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Le 39E Sommet Africain: Transformations et Défis Contempora
Le 39E Sommet Africain: Transformations et Défis Contempora

Dr. Badr Hassan Shafei, expert en affaires africaines

CE Qu’Il Faut Savoir

Le 39e Sommet africain, qui s’est tenu à Addis-Abeba, a mis en lumière les transformations profondes du continent. Les discussions ont été marquées par la montée des coups d’État militaires, les conflits au Soudan et en République démocratique du Congo, ainsi que la question de la participation d’Israël.

Africa-Press. Le 39e Sommet africain, tenu à Addis-Abeba (14–15 février 2026), n’a pas été une simple réunion périodique inscrite à l’agenda de l’Union, mais une étape révélatrice de la profondeur des transformations qui secouent le continent.

Il s’est tenu dans un contexte marqué par la montée des coups d’État militaires (trois coups d’État à Madagascar, en Guinée-Bissau et au Bénin sur la seule période allant d’octobre à décembre derniers; deux ont réussi, tandis que le troisième a échoué), la persistance des conflits armés au Soudan et en République démocratique du Congo, l’escalade des tensions régionales dans la Corne de l’Afrique, ainsi que les retombées de la reconnaissance unilatérale israélienne du Somaliland. Sa tenue est également intervenue sous une nouvelle direction de la Commission, présidée par Mahmoud Ali Youssouf, ce qui lui a conféré une dimension politique supplémentaire, notamment au regard des dossiers africains et arabes fortement présents dans les discussions et dans le communiqué final.

Indicateurs de présence et limites de la décision

On peut avancer plusieurs observations préliminaires: certaines relèvent de l’aspect formel la présence et la participation , d’autres du contenu les questions débattues.

Premièrement: l’idée d’une participation d’Israël n’était pas à l’ordre du jour cette fois-ci, contrairement au sommet précédent. Celui-ci avait été précédé d’un communiqué de la Commission de l’Union prévoyant la participation des seuls membres observateurs auprès de l’Union (87 membres), à l’exclusion des ambassadeurs accrédités auprès du pays hôte, l’Éthiopie, au nombre de 135, parmi lesquels Israël. Israël avait exploité cette situation pour tenter de participer en 2023 et 2024, mais en avait été expulsé.

Par conséquent, Israël n’a pas participé — ni même tenté de participer — cette fois-ci, contrairement aux occasions précédentes, d’autant plus que Youssouf est à la tête de la Commission et qu’il rejette l’idée d’une normalisation avec Israël, voire l’octroi à Israël du statut d’observateur au sein de l’Union.

Deuxièmement: la Guinée a fait son retour aux travaux du sommet après la décision du Conseil de paix et de sécurité de la réintégrer au sein de l’Union, à la suite de la suspension de son adhésion en 2021 après le coup d’État ayant renversé le président Alpha Condé.

Cette décision est intervenue après les élections organisées fin décembre dernier, qui ont abouti à la victoire du chef du Conseil militaire, Mamady Doumbouya, avec un score de 86,72 %.

En revanche, six pays restent en attente d’une décision similaire: le Soudan (octobre 2021), le Mali (juin 2021), le Burkina Faso (janvier 2022), le Niger (août 2023), Madagascar (novembre 2025) et la Guinée-Bissau (novembre 2025).

On note toutefois, à cet égard, que le président de la Commission adopte une approche différente vis-à-vis de ces pays. Selon lui, la suspension de l’adhésion ne signifie pas qu’ils sont expulsés ou rejetés par l’Union africaine. Youssouf a ainsi donné des instructions aux instances concernées au sein de l’Union afin que ces États puissent participer ou que leur avis soit recueilli sur les dossiers liés au développement durable, aux affaires humanitaires, à l’adhésion au NEPAD, aux centres de santé, etc.

Troisièmement: le sommet n’a pas adressé d’invitation à Abdallah Hamdok, Premier ministre soudanais renversé par Burhan, contrairement au sommet précédent, qui avait été perçu comme une provocation à l’égard du Soudan ce que Burhan avait alors confirmé. Dans des déclarations faites le lendemain du 38e sommet l’an dernier, il avait rejeté les feuilles de route proposées par l’Union africaine et par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) visant à mettre fin à la guerre au Soudan.

Il avait également exprimé sa colère face à la participation de Hamdok aux travaux du sommet, et avait annoncé son refus de ce qu’il avait qualifié de « tentatives d’imposer un gouvernement depuis l’extérieur », affirmant: « Tant que nous sommes là, et que le peuple soudanais est là, personne parmi ceux qui se promènent à l’étranger ne nous gouvernera. »

Quatrièmement: dans le prolongement du point précédent, le Soudan a tenu, cette fois, à participer aux réunions du sommet malgré la suspension de son adhésion, et à œuvrer pour la levée de cette suspension, contrairement à la fois précédente.

La participation soudanaise, de manière non officielle, s’est faite par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères, Muhyi al-Din Salem, lors des réunions du Conseil de paix et de sécurité au niveau ministériel, avant le sommet. Cela s’est traduit par la publication d’un communiqué final du Conseil au sujet du Soudan, contrairement au 38e sommet, où l’acuité des divisions avait empêché la réunion du Conseil au niveau présidentiel de produire un communiqué final; il s’était alors contenté de la tenue, deux jours plus tard, d’une session spéciale animée par le commissaire du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, Bankole Adeoye, pour clarifier certains points concernant le conflit au Soudan, entre autres.


Cinquièmement: le sommet n’a pas abordé le dossier du barrage de la Renaissance, malgré les récentes tensions entre l’Égypte et l’Éthiopie. Et ce, alors même que le thème principal du sommet était intitulé: « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ».

Malgré les déclarations du président de la Commission lors de l’ouverture du sommet, soulignant l’importance de transformer les ressources hydriques en passerelles de paix et de rapprochement entre les peuples africains, l’absence de référence directe à ce dossier pourrait s’expliquer par la volonté de ne pas froisser l’Éthiopie, pays hôte et siège de l’Union africaine.

Cela explique peut-être aussi l’absence du président égyptien à ce sommet voire même de son Premier ministre , l’Égypte s’étant contentée d’une participation au niveau du ministre des Affaires étrangères, alors que l’ordre du jour prévoyait une intervention d’Abdel Fattah al-Sissi en sa qualité de président du Conseil de paix et de sécurité pour le mois de février.

Sixièmement: en lien avec le point précédent, le sommet n’a pas évoqué clairement le différend éthiopien-érythréen sur la question des frontières, ni l’ambition éthiopienne d’obtenir un accès à la mer Rouge et de revoir l’accord frontalier entre les deux pays. Là encore, il semble que le sommet ait tenu compte du fait qu’il se déroulait en Éthiopie, pays siège, alors que l’escalade sur la question frontalière émane d’Addis-Abeba plutôt que d’Asmara. L’absence de règlement pourrait mener à des affrontements, voire à une guerre entre les deux parties, à l’image de celle de 1998–2000.

Septièmement: le Conseil n’a pas pris de mesures concrètes pour endiguer le phénomène des coups d’État militaires, notamment en ce qui concerne l’interdiction faite aux militaires de passer de l’uniforme à l’habit civil via des élections « de façade », dont les résultats sont garantis en leur faveur, et qui conduisent ensuite à la levée de la suspension de l’adhésion de l’État concerné au sein de l’Union comme cela s’est produit récemment en Guinée.

Ce point a été soulevé par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, dans son discours d’ouverture, et réaffirmé par le président angolais, président sortant du sommet, qui a insisté sur le fait que les coups d’État en Afrique sont inacceptables car ils sapent l’ordre constitutionnel, et que les tentatives de contournement par des élections post-coup d’État sont également inacceptables.

Cependant, ces déclarations n’ont pas trouvé d’écho auprès de dirigeants qui pourraient, en adoptant une telle décision, se contraindre eux-mêmes. Cela renvoie aussi à une autre question non traitée lors de ce sommet ni des précédents: le refus de modifier les constitutions nationales afin de permettre aux présidents de rester au pouvoir au-delà de deux mandats consécutifs. Cette faille est exploitée par de nombreux dirigeants pour prolonger leur maintien au pouvoir sans contradiction « formelle » avec les principes de gouvernance, de démocratie et de bonne administration sur le continent. Ce phénomène est connu sous le nom de « coup d’État constitutionnel ». Le communiqué final s’est donc contenté de réaffirmer « seulement » le principe traditionnel de tolérance zéro envers les changements anticonstitutionnels de gouvernement.

Huitièmement: le sommet a adopté le mémorandum d’entente entre l’Union africaine et les communautés économiques régionales ainsi que les mécanismes régionaux concernant l’utilisation de la Force africaine d’intervention rapide relevant de ces organisations, appelant à renforcer la coordination et la préparation opérationnelle.

Cela signifie que l’Union africaine continue de miser largement sur le rôle de ces organisations pour résoudre les conflits dans leurs espaces régionaux, tout en exigeant d’être informée des mesures qui pourraient être prises afin de maintenir la coordination. Les protocoles fondateurs de ces mécanismes le confirment.

À titre d’exemple, l’article 52 du protocole établissant le mécanisme de la CEDEAO pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits, le maintien de la paix et la sécurité (1999) stipule que le mécanisme doit, dans l’exécution de ses missions de paix et de sécurité, coopérer pleinement avec le mécanisme de l’Organisation de l’unité africaine (à l’époque) et, conformément aux chapitres VII et VIII de la Charte des Nations unies, informer l’Organisation internationale de toute intervention militaire qu’il entreprend.

Neuvièmement: le sommet a réaffirmé la position africaine commune sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies et a répété la demande africaine d’une représentation équitable de l’Afrique dans les institutions de gouvernance mondiale, ce que Guterres a également souligné dans son discours.

Il a indiqué que l’absence de l’Afrique parmi les membres permanents du Conseil de sécurité est une situation intenable, et que le moment est venu de corriger les injustices historiques subies par le continent, qui doit être un partenaire à part entière dans la prise de décision mondiale, et non un simple objet de débat. Mais il semble que ces déclarations ne se soient pas traduites en mesures concrètes lors de ce sommet, ni lors du précédent.


La présidence de la Commission et la réorientation de la boussole africaine

Malgré l’importance des dossiers soudanais et somalien avant la tenue du sommet, il est clair que la présence d’une personnalité africaine/arabe telle que Mahmoud Ali Youssouf a contribué à leur accorder une attention accrue.

La Commission constitue en effet l’organe exécutif principal de l’Union africaine. Elle est chargée de mettre en œuvre les politiques et décisions adoptées par la Conférence de l’Union (chefs d’État et de gouvernement) et par le Conseil exécutif (ministres des États membres). Elle agit également comme secrétariat général de l’Union africaine et joue des rôles essentiels pour soutenir ses objectifs. Parmi ses principales missions figurent: l’exécution des décisions, la coordination des activités, l’élaboration des politiques, la promotion de l’intégration africaine et des intérêts du continent, la gestion administrative et financière, la promotion des droits humains et de la démocratie, ainsi que la gestion des crises et des conflits.

Les chefs d’État africains ont pris conscience de l’importance du poste de président de la Commission, car celui-ci ne reflète pas seulement les intérêts du continent, mais aussi en pratique la politique étrangère de l’État qu’il représente, en contradiction avec l’Acte constitutif de l’Union. C’est ce qui s’est produit, ou du moins au cours de la période récente.

Plusieurs exemples l’illustrent. En 2016, l’ancienne présidente de la Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma, avait soutenu le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, susceptible de conduire à l’indépendance. Lors du sommet de l’Union africaine en Éthiopie, en janvier 2016, elle avait affirmé que les États africains étaient redevables au peuple sahraoui de l’organisation d’un « référendum d’autodétermination, car c’était une promesse ». Cette position avait été appuyée par le président du sommet de l’époque, Robert Mugabe, président du Zimbabwe, qui avait déclaré dans son discours d’ouverture: « Nous avons toujours la question du Sahara occidental, qui est une dette que nous devons payer à son peuple. La question est: quand paierons-nous cette dette? Et quand déciderons-nous de l’indépendance du peuple sahraoui? »

Ce soutien est intervenu malgré la signature par 28 États membres soit plus de la moitié d’une demande de suspension de l’adhésion de la République sahraouie afin de faciliter le retour du Maroc au sein de l’Union.

Une situation similaire s’est reproduite lorsque le président sortant de la Commission, Moussa Faki, a soutenu en 2021 l’octroi du statut d’observateur à Israël au sein de l’Union, position également adoptée par l’ancien candidat Raila Odinga.

Certes, de telles orientations ne peuvent être tranchées par une décision unilatérale du président de la Commission. Toutefois, celui-ci peut influencer le Conseil exécutif et la Conférence des chefs d’État, étant responsable en premier lieu de l’agenda soumis à ces deux instances.

Cela pourrait laisser penser que les dossiers arabes, tels que la Palestine, ainsi que la coopération afro-arabe et le rejet des ingérences extérieures dans les affaires du continent, figureront en tête de l’agenda africain au cours des quatre prochaines années durée du premier mandat de Youssouf. Il semble que cette tendance commence déjà à se manifester dans les faits.

Somalie et Soudan: deux crises ouvertes et des approches prudentes

La question somalienne a occupé une place centrale dans les travaux du Conseil de paix et de sécurité. La situation interne de ce pays africain/arabe figurait parmi ses priorités, notamment en ce qui concerne la reconnaissance israélienne du Somaliland et l’état actuel de la mission africaine de maintien de la paix « AUSSOM ».

Le Conseil, ainsi que le communiqué final, ont fermement condamné la reconnaissance israélienne du Somaliland et rejeté la reconnaissance unilatérale de « la soi-disant République du Somaliland », appelant à l’annulation immédiate de cette décision (point 8).

Concernant la mission africaine de maintien de la paix en Somalie, plusieurs observations peuvent être formulées:

Premièrement: le Conseil a salué, au point 15, l’envoi par l’Égypte de forces internationales pour contribuer à la mission, en remplacement des troupes burundaises qui se retirent. Ces forces égyptiennes travailleront aux côtés des forces éthiopiennes et ougandaises, dont le rôle a été salué au point 14 pour avoir envoyé des contingents supplémentaires afin de compenser les retraits d’autres pays.

Bien que cette participation égyptienne et l’augmentation des forces éthiopiennes et ougandaises puissent avoir un impact positif sur les performances de la mission, certaines inquiétudes subsistent quant à d’éventuelles répercussions négatives en raison des différends actuels entre l’Égypte et l’Éthiopie au sujet du barrage de la Renaissance.

Deuxièmement: s’agissant de la problématique du financement de la mission africaine, il est notable que le Conseil a reconnu la difficulté d’un financement africain autonome de ces forces, et a adopté des formulations générales en la matière: « intensifier la mobilisation des ressources afin d’assurer un financement durable, prévisible, flexible et pluriannuel de la mission; demander à la Commission de l’Union africaine de poursuivre ses échanges avec le Conseil de sécurité des Nations unies pour l’application de sa résolution 2719 (2023) relative à la mission; exhorter le Conseil de sécurité à assumer sa responsabilité première en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales; et appeler les partenaires de l’Union africaine à soutenir les efforts en cours et à envisager de contribuer directement au financement de la mission de l’Union africaine en Somalie » (point 16 des décisions du Conseil).

Le Conseil a également compté sur le financement des organisations régionales et d’autres bailleurs pour cette mission, en particulier après la décision de Trump de suspendre le financement qui lui était destiné. Ainsi, au point 17, le Conseil a exprimé sa profonde gratitude aux organisations régionales, bilatérales et multilatérales, y compris les pays donateurs, pour leurs contributions précieuses à la paix et à la stabilité en Somalie, et pour leur soutien aux efforts en cours visant à garantir un financement suffisant, pluriannuel, prévisible, durable et flexible à cette mission. Toutefois, il semble que la question du financement restera un obstacle à la capacité d’AUSSOM à atteindre ses objectifs.

Avant même l’ouverture du sommet, l’intérêt pour le dossier soudanais était manifeste, notamment après l’annonce par Khartoum, avant la tenue du sommet, de son retour au sein de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), à la suite de l’annulation, par Burhan, de la décision qu’il avait prise en janvier 2024 de suspendre la participation du Soudan à l’organisation, après que celle-ci avait autorisé la participation du commandant des Forces de soutien rapide, Hemetti, à un sommet extraordinaire tenu en Ouganda. Burhan avait alors conditionné le retour de son pays à une excuse de l’IGAD.

Il avait également rejeté la feuille de route de l’IGAD depuis le déclenchement de la guerre il y a plus de deux ans, lorsque l’organisation avait déclaré l’existence d’un vide constitutionnel au Soudan nécessitant le déploiement de forces issues de la région d’Afrique de l’Est. Il était aussi évident que Burhan, cette fois, tenait à assurer la participation du Soudan et souhaitait la levée de la suspension de l’adhésion de son pays à l’Union depuis octobre 2025.

Le Conseil de paix et de sécurité a confirmé la reconnaissance du gouvernement soudanais actuel une position plus proche de Burhan et a rejeté le gouvernement parallèle proclamé par l’Alliance fondatrice soudanaise (Ta’sis), dirigée par les Forces de soutien rapide. Il a demandé à tous les États membres et partenaires de ne pas reconnaître ce que l’on appelle le « gouvernement parallèle », tout en réaffirmant son soutien à la souveraineté du Soudan et à l’unité de son territoire dans ses frontières internationalement reconnues (point 11).

Cependant, malgré la condamnation par le Conseil des violations commises par les Forces de soutien rapide à El-Fasher (point 3), il n’a pas exclu ces « milices » de tout processus politique. Au contraire, il a souligné, conformément au point 7, la nécessité de reprendre un dialogue inclusif entre Soudanais, axé sur la réconciliation et la recherche d’une solution politique consensuelle, sous l’égide du processus dirigé par l’Union africaine, en coordination avec l’IGAD, l’ONU, les pays voisins et d’autres pistes régionales et internationales de soutien à la paix au Soudan. Cela inclut notamment le dialogue quadripartite (Égypte, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, États-Unis) et le format « quintette » (Union africaine, IGAD, Ligue arabe, Union européenne, ONU), en appui à la désescalade, à une trêve humanitaire et à l’arrêt des hostilités, afin de rétablir la paix et la stabilité au Soudan.

On note, d’un autre côté, que le Conseil s’est limité à dénoncer les ingérences extérieures au Soudan sans condamnation explicite, par exemple, des États soutenant les Forces de soutien rapide. Le point 10 stipule ainsi: « le Conseil condamne fermement toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures du Soudan et appelle tous les acteurs externes à s’abstenir de toute action susceptible de continuer à attiser le conflit ».

Il est également à noter que le Conseil n’est pas revenu sur sa décision d’octobre 2021 suspendant l’adhésion de Khartoum à l’Union, ce qui a conduit des forces participant au gouvernement « parallèle » de Ta’sis à qualifier cette position d’« historique ».


Conclusion

Ce sommet, avec l’ensemble des paris et des défis qui l’ont entouré, révèle une profonde paradoxe africain: abondance de discours, prudence dans l’action. Entre l’affirmation de grands principes et l’hésitation à traiter les causes profondes des crises, le continent continue de tourner autour de réponses partielles et de calculs politiques étroits.

L’Union africaine fait face à une épreuve historique: soit elle se transforme d’une plateforme de communiqués en un instrument de décision efficace, soit elle demeure un cadre essentiellement protocolaire accompagnant les crises sans les devancer. Lorsque les élites africaines comprendront que la souveraineté ne se préserve pas par le discours mais par la volonté, et que la stabilité ne s’importe pas mais se construit, alors seulement l’Afrique pourra commencer à écrire un nouveau chapitre de son histoire politique à l’encre de l’action, et non avec l’encre des déclarations.

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