CE Qu’Il Faut Savoir
Le président israélien Isaac Hertog se rend en Éthiopie pour renforcer les relations bilatérales et contrer l’influence turque. Cette visite survient après celle du président turc Erdogan, soulignant la compétition croissante pour le pouvoir en Afrique de l’Est. Israël cherche à établir des bases stratégiques tout en naviguant dans des tensions régionales complexes.
Africa-Press. Dans une visite de travail officielle de deux jours, le président israélien Isaac Hertog est en visite à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, les 24 et 25 février.
Cette visite intervient à un moment où Israël cherche à approfondir ses liens avec l’Éthiopie, un pays clé qui a récemment accueilli un sommet de l’Union africaine, et à renforcer son influence sur le continent africain dans un contexte de rivalités internationales et régionales sans précédent.
Quelle est la signification du timing?
Le timing de l’arrivée de Hertog ne peut être dissocié des autres mouvements régionaux, car cette visite fait suite à un voyage effectué par le président turc Recep Tayyip Erdogan à Addis-Abeba.
Cette compétition intense reflète le désir d’Israël de sécuriser une position plus forte face à l’influence turque croissante, selon un rapport du site “The Reporter”.
Erdogan a profité de sa présence dans la capitale éthiopienne pour faire passer le message que la Corne de l’Afrique ne doit pas devenir “un terrain de compétition pour les puissances étrangères”, critiquant directement les récentes actions israéliennes dans la région et soulignant la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des pays de la région.
Reconnaissance d’Israël de la terre du Somaliland
Le dossier de la “terre du Somaliland” représente une bombe à retardement dans la valise diplomatique de Hertog. Le 26 décembre dernier, Israël est devenu le premier pays à reconnaître officiellement le “Somaliland” comme un État souverain, qui a déclaré son indépendance unilatéralement en 1991 mais n’a pas été reconnu par la communauté internationale.
Cette reconnaissance a été suivie par une visite du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, dans la région du Somaliland, qui se trouve dans le coin nord-ouest de la Somalie et couvre une superficie de 175 000 kilomètres carrés.
La reconnaissance israélienne a suscité une large condamnation de plus de 20 pays, ainsi que de l’Organisation de la coopération islamique et de la Ligue des États arabes.
Israël cherche à transformer l’isolement politique du Somaliland en une source potentielle de soutien stratégique près de routes maritimes sensibles, tandis que Mogadiscio considère cette démarche comme une menace pour sa stabilité, menaçant de recourir à un soutien militaire de partenaires comme la Turquie et l’Égypte pour contrer cette intrusion.
Stratégie de “contournement” de la mer Rouge
Le contrôle des voies de navigation est au cœur de la politique israélienne. Grâce à la position stratégique du Somaliland, proche du Yémen, Israël cherche à établir une “base avancée” pour la surveillance du renseignement et à sécuriser ses pétroliers transitant par le détroit de Bab el-Mandeb.
Israël voit cette présence comme un moyen d’encercler le rôle turc et de sécuriser ses opérations directes, transformant la région en un champ de “guerre froide” entre puissances internationales et régionales. Tel Aviv cherche également à encercler la région arabe par son flanc sud.
Diplomatie des barrages
Israël exploite la crise du Grand barrage de la Renaissance entre l’Éthiopie d’une part et l’Égypte et le Soudan d’autre part pour s’infiltrer dans les pays du bassin du Nil, équilibrant la relation étroite de son Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et la nécessité de maintenir ses relations avec Le Caire, jouant le rôle de “médiateur technique” offrant des solutions pour la gestion de l’eau.
Ce rôle fait d’Israël un acteur dans le conflit sur l’existence de l’eau entre les pays du bassin, exploitant le besoin de l’Égypte d’une médiation auprès de l’Éthiopie pour atténuer les effets du barrage.
Retour sur le continent africain
Hertog et Sa’ar mènent une campagne diplomatique intense pour restaurer l’influence israélienne en Afrique. Selon le journal “Times of Israel”, ce retour inclut la réouverture d’ambassades, comme cela a été le cas en Zambie après des décennies de rupture des relations, et la fourniture d’une aide sécuritaire et technique à des pays comme le Soudan du Sud et le Nigeria.
Israël vise à briser l’isolement international imposé par les conséquences de la guerre dans la bande de Gaza et à tenter d’affaiblir le front des pays africains critiquant les violations israéliennes des droits des Palestiniens, en tête desquels l’Afrique du Sud en raison de son histoire douloureuse avec le régime d’apartheid, que l’Israël a soutenu.
Israël s’efforce d’attirer les pays les plus faibles du continent avec des promesses de soutien militaire et technologique.
Entre le marteau turc et l’enclume chinoise
Israël se trouve dans une lutte pour l’influence sur le continent, la Turquie étant le deuxième plus grand investisseur en Éthiopie après la Chine, et ayant des accords de défense complets avec la Somalie lui conférant des droits d’exploration pétrolière et de protection des eaux territoriales.
Selon un diplomate éthiopien s’exprimant auprès du “Reporter”, la Turquie détient des “cartes gagnantes” qu’elle pourrait utiliser contre Addis-Abeba si elle poursuivait son chemin vers la reconnaissance de la “terre du Somaliland” conformément aux souhaits israéliens.
Cette concurrence place Israël face à une influence économique chinoise écrasante et à une influence militaire turco-égyptienne croissante dans la Corne de l’Afrique.
Ainsi, Israël collabore avec le Kenya pour devenir un centre de coopération en matière de renseignement afin d’assurer la liberté de navigation en mer Rouge et de sécuriser les lignes aériennes, selon le “Times of Israel”.
La stratégie israélienne peut-elle tenir?
L’aventure israélienne de reconnaissance de la région du “Somaliland” reste entourée de risques sécuritaires, car le groupe “Al-Shabaab” a annoncé son intention de cibler les intérêts israéliens, tandis que les Houthis ont menacé de s’en prendre à la capitale de la région du Somaliland.
Le succès de la stratégie israélienne dépendra de sa capacité à offrir de “réelles contreparties” à ces pays qui surpassent les pressions turques et arabes. Cependant, si Israël ne parvient pas à transformer ces visites protocolaires en alliances solides, cette aventure pourrait avoir des conséquences négatives pour les intérêts israéliens dans la Corne de l’Afrique.
Israël a longtemps cherché à renforcer ses relations en Afrique, notamment en Éthiopie, qui est considérée comme un acteur clé dans la région. La reconnaissance par Israël de la région autonome de Somaliland en 2021 a intensifié les tensions avec d’autres pays africains, notamment la Somalie, qui voit cette démarche comme une menace à sa souveraineté. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de rivalité entre Israël, la Turquie et la Chine pour l’influence en Afrique de l’Est.





