Asmara Affirme Sa Souveraineté sur Assab

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Asmara Affirme Sa Souveraineté sur Assab
Asmara Affirme Sa Souveraineté sur Assab

Africa-Press. A l’issue d’une démarche notable sur les plans politique et juridique, le ministère des Affaires étrangères érythréen a publié, mercredi, un document intitulé “Souveraineté face à l’ambition hégémonique: la quête expansionniste éthiopienne vers un accès maritime”, élevant Aseb à un niveau de “plaidoirie politique” en réponse aux déclarations du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed concernant la mer Rouge.

Selon le texte du document publié sur le site du ministère de l’Information érythréen, A Addis-Abeba se présente comme ayant “un accès souverain à la mer qui est un objectif existentiel et irréversible”, ce que décrit Aseb comme “une logique défectueuse qui justifie l’expansion régionale aux dépens de ses voisins”.

La plaidoirie érythréenne repose sur trois piliers:

Le premier est que “les pays enclavés dans le monde – de Botswana à la Suisse et au Kazakhstan – assurent leur commerce par des accords normatifs avec les pays côtiers”, et que l’Érythrée a ouvert ses ports au commerce éthiopien “dans des conditions généreuses” depuis son indépendance en 1993.

Le deuxième est que la confusion d’Abiy Ahmed entre “accès commercial” et “propriété régionale” constitue “une violation flagrante du droit international et du principe de l’Union africaine concernant la stabilité des frontières héritées du colonialisme”, selon le texte du document.

Le troisième pilier est purement juridique: un pays enclavé, selon le droit international, n’a pas le droit de déployer des actifs militaires dans les eaux territoriales de son voisin sans accord avec l’État hôte, tandis que la sécurité maritime “est réservée aux pays côtiers”.

Le document ne manque pas d’une note sarcastique, empruntant un proverbe tigrinya disant que “le papillon incapable de se couvrir cherche à couvrir la terre”, en référence à la prétention de l’Éthiopie d’être capable d’assurer le passage maritime international, alors qu’elle est incapable de contrôler ses frontières internes dans les régions d’Amhara, d’Oromia et du Tigré.

Référendum “irrévocable”

Aseb fait référence dans sa plaidoirie à ce qu’elle décrit comme “la réalité établie de l’existence de l’État érythréen”, en allusion implicite au référendum de mai 1993 qui a été organisé sous l’égide des Nations Unies et a abouti à l’indépendance. Des observateurs estiment que l’invocation de cette légitimité à l’heure actuelle vise à placer toute discussion sur le port d’Aseb en dehors du cadre de “négociations souveraines”. Le document considère que “le discours hostile éthiopien et les récentes manœuvres militaires, y compris le mémorandum d’entente avec le Somaliland en 2024, sont des provocations graves qui pourraient déclencher le chaos régional”.

En revanche, le Premier ministre éthiopien présente la doctrine des “eaux doubles” qui relie la souveraineté de son pays sur le Grand Barrage de la Renaissance (qui est entré en service en septembre 2025) à l’accès à la mer Rouge. Le centre “Horn Review” éthiopien l’a résumée comme une approche qui fait du port maritime une solution au “prison géographique” imposé à 132 millions d’Éthiopiens depuis la séparation de l’Érythrée.

La plaidoirie érythréenne ne peut être lue indépendamment de la reconfiguration des alliances dans la Corne de l’Afrique. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a accueilli son homologue érythréen Isaias Afwerki lors d’une visite de travail de cinq jours (30 octobre – 4 novembre 2025), centrée, selon le journal “Daily News Egypt”, sur la sécurité de la mer Rouge, le dossier soudanais et le soutien à la Somalie.

Des rapports ultérieurs, relayés par le centre “Horn Review”, ont indiqué des arrangements pour renforcer les facilités au port d’Aseb érythréen et au port de Doraleh djiboutien au profit des navires et des forces égyptiennes, en prolongement d’un sommet tripartite égypto-érythréen-somalien qui s’est tenu au Caire en 2024.

D’un autre côté, l’Éthiopie s’appuie sur un partenariat stratégique avec les Émirats, tandis qu’Aseb, selon les déclarations d’Afwerki à la chaîne “EriTV” le 12 novembre 2025, considère que “toute base militaire étrangère” dans le bassin de la mer Rouge est “illégale et inacceptable”, proposant une vision composée de 12 points pour gérer la sécurité du corridor par les États côtiers.

L’ombre d’une nouvelle guerre dans la Corne de l’Afrique

Les tensions entre les deux voisins sont réapparues depuis septembre 2025, lorsque Abiy Ahmed a qualifié la perte de l’accès maritime de “erreur à corriger”, tandis que l’Éthiopie a accusé Aseb – dans un message du ministre des Affaires étrangères Gedion Timotheos au secrétaire général des Nations Unies le 2 octobre 2025 – de “se préparer à faire la guerre” et de soutenir des factions du Front de libération du Tigré, selon ce qu’a rapporté une agence de presse locale. En retour, Afwerki a accusé Addis-Abeba de “provocations enfantines”.

Avec le déploiement des forces des deux pays à la frontière, l’institut Bloomsbury pour le renseignement et la sécurité a averti en janvier 2026 qu’une étincelle pourrait plonger la Corne de l’Afrique dans un cycle de guerre similaire à celui de 1998-2000, qui a fait environ 100 000 morts.

Alors que des puissances internationales et régionales poussent vers une médiation, la question la plus pressante demeure: la plaidoirie juridique d’Aseb sera-t-elle suffisante pour dissuader les ambitions d’Addis-Abeba? Ou le port d’Aseb – ou tout autre port – deviendra-t-il le théâtre de la prochaine guerre dans la région?

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