Africa-Press. La relation entre Madagascar et la France est passée en l’espace de 24 heures d’un sommet de tensions à une tentative de containment immédiate, suite à l’arrestation d’un ancien militaire français à Antananarivo, accusé d’être impliqué dans une “conspiration pour déstabiliser” le pays. Entre mardi soir et mercredi soir dernier, des décisions politiques et des communications diplomatiques se sont succédé, révélant la fragilité des relations entre l’ancienne puissance coloniale et le nouveau pouvoir de transition, six mois après le coup d’État d’octobre 2025.
Le procureur adjoint a annoncé dans une déclaration vidéo mardi soir que l’ancien militaire français Guy Barret avait été placé en détention provisoire dans la prison de Tsiafahy, de haute sécurité, pour des accusations comprenant “la diffusion de fausses informations dans le but de troubler l’ordre public et la conspiration pour saboter les infrastructures”, notamment les lignes électriques et les centrales thermiques de la société publique Jirama.
Selon une source, le plan visait à inciter les forces de sécurité à se rebeller et à provoquer des coupures d’électricité généralisées, avec une date d’exécution fixée au 18 avril dernier. Les autorités se sont appuyées sur un groupe WhatsApp nommé “Révolution des citoyens courageux”. De plus, le colonel Patrick Rakotomanjaka de l’armée malgache a été placé sous enquête en tant que complice dans cette affaire.
Le même jour, la ministre des Affaires étrangères malgache, Élis Ndiai, a convoqué l’ambassadeur français Arnaud Guilla, pour lui faire savoir qu’un membre du personnel de l’ambassade – selon un rapport – un ancien colonel de l’armée française, était désormais “persona non grata”. Paris a rapidement réagi en convoquant le chargé d’affaires malgache pour exprimer sa “ferme” protestation, affirmant par le biais d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères qu’elle “rejette catégoriquement toute accusation de déstabilisation du régime de rétablissement à Madagascar”, qualifiant les accusations de “sans fondement et incompréhensibles”.
Une phase de containment
Cependant, la dynamique diplomatique a connu un tournant notable. La présidence malgache a annoncé mercredi soir que le président de transition, Michel Ranjanirina, avait eu un entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron, au cours duquel les deux parties ont qualifié l’incident d'”acte isolé”, tout en insistant sur la nécessité de “faire les efforts nécessaires pour que cet incident n’affecte pas la dynamique de coopération entre les deux pays”, et convenant que “parier sur la confiance mutuelle est le chemin vers un partenariat durable”.
Selon Madagascar Tribune, la déclaration de la présidence malgache reflète un “recul évident” par rapport au ton acerbe qui prévalait quelques heures auparavant, alors que le gouvernement se réfugiait derrière “l’exercice normal de la souveraineté”, tout en se basant sur la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques – selon un rapport – qui permet d’expulser un diplomate sans justification officielle.
Des observateurs ont interprété la tonalité rapide de containment comme un effet des pressions économiques françaises, d’autant plus que Paris demeure – selon une source – le plus grand donateur bilatéral de Madagascar avec environ 80 millions de dollars pour des programmes d’assainissement, de sécurité alimentaire et de réforme judiciaire.
Une orientation vers l’Est
La crise survient dans un contexte de tensions accumulées depuis le 12 octobre 2025, lorsque l’unité d’élite “Cabsat” a renversé le président Andry Rajoelina, qui a fui – selon une source – à bord d’un avion militaire français suite à un accord avec Macron, un dossier que beaucoup de Malgaches considèrent comme un “complicité” qui ternit l’image de Paris. Depuis lors, la nouvelle politique étrangère a pris un tournant clairement orienté vers l’Est.
Le 19 février 2026, Ranjanirina a choisi Moscou comme destination pour son premier voyage en dehors du continent, où il a rencontré le président Vladimir Poutine, avant de rencontrer Macron à Paris cinq jours plus tard. Moscou avait précédé cela en envoyant le 20 décembre 2025 un avion militaire à Antananarivo avec à son bord 40 soldats et 43 caisses d’armes, comprenant des fusils d’assaut, des fusils de sniper et des lance-roquettes, selon le président de l’Assemblée nationale malgache.
De plus, un site spécialisé dans les affaires de défense a rapporté que le “Faux Corps Africain” (anciennement la branche africaine de Wagner) a proposé une protection personnelle à Ranjanirina, en échange de ce qui pourrait être des contrats miniers dans le graphite (Madagascar étant le deuxième producteur mondial avec 89 000 tonnes par an) et le cobalt. Ranjanirina a également déclaré dans une interview qu’il cherchait à rejoindre les BRICS.
Des blessures ouvertes
L’affaire Barret confirme que la relation entre Antananarivo et Paris est devenue un champ de mines, car toute arrestation d’un citoyen français ou toute expulsion d’un diplomate suffit à déclencher une spirale diplomatique nécessitant une intervention téléphonique directe des présidents pour contenir la situation.
Cependant, ce que les appels ne peuvent pas résoudre est ce que cela révèle, car la relation entre la grande île et son ancien colonisateur n’est plus régie par l'”intimité francophone” d’antan, mais par des équilibres fragiles qui se réveillent à chaque secousse. Entrons-nous dans une phase de “relation tendue permanente” que les deux parties gèrent avec prudence, semblable à ce que Paris vit avec certaines de ses anciennes colonies? Ou l’affaire “Guy Barret” n’est-elle qu’un prélude à une rupture plus profonde qui sera imposée par un moment politique ultérieur?





