Africa-Press. La Junte de Tigré a répondu aux accusations d’Addis-Abeba concernant une collaboration avec le gouvernement soudanais pour déstabiliser la région.
Cela a été annoncé dans un communiqué émis par le Front de libération du peuple du Tigré, en réponse à la déclaration du ministère des Affaires étrangères éthiopien, qui affirme que le front collabore avec l’armée soudanaise pour déstabiliser la région.
Le front a fermement rejeté ces accusations, les qualifiant de “sans fondement, irresponsables et reflétant un schéma récurrent de détournement de l’attention par la diffusion de fausses informations”.
Il a ajouté dans son communiqué que “la région a besoin à ce stade de retenue et d’engagement constructif”, considérant que de telles allégations “ne font qu’attiser les tensions et masquent le besoin urgent de responsabilité et d’efforts de paix véritables”.
Le communiqué a également souligné que le front “ne s’est pas engagé et n’a soutenu aucune activité susceptible de compromettre la stabilité de la région”.
Il a été noté que “durant le pic du conflit dans la région du Tigré, lorsque la population a subi de graves violations et des déplacements forcés, le peuple et le gouvernement soudanais ont été ceux qui ont fourni une aide humanitaire et ont offert un refuge aux civils fuyant”.
Le communiqué a affirmé que “ce travail humanitaire ne devrait pas être déformé pour servir des récits politiques changeants”.
Concernant la situation interne, le communiqué a précisé que “le peuple du Tigré attend l’exécution complète de l’accord de cessation des hostilités (accord de Pretoria pour la paix 2022), y compris le retour sûr, volontaire et digne des déplacés”, soulignant que les forces du front, y compris celles déployées dans l’ouest du Tigré, “sont engagées à garantir un retour sûr, organisé et pacifique”.
La Junte a exprimé une “grande inquiétude” face à ce qu’elle a décrit comme “un schéma récurrent de comportement qui pourrait entraîner Addis-Abeba et la région vers une instabilité accrue”, avertissant que “le discours d’escalade, les interférences extérieures et les alignements avec des agendas régionaux concurrents reflètent des calculs à court terme qui menacent la paix à long terme”.
Le communiqué a indiqué que ces politiques “nuisent aux relations avec les pays voisins et pourraient entraîner le pays dans des conflits qui ne servent pas les intérêts de son peuple”.
La Junte a affirmé que “le peuple du Tigré a payé un prix élevé pour la paix”, et qu’elle, malgré les défis, “reste attachée à une solution pacifique basée sur la négociation”, réaffirmant son engagement envers “la paix, la stabilité et l’engagement constructif”, et sa disposition à “participer à un processus de dialogue inclusif et fiable sans conditions préalables afin d’atteindre une paix durable et juste”.
Le communiqué de Tigré a appelé “toutes les parties, y compris la communauté internationale, à faire preuve de vigilance, à rejeter les discours incitatifs, à promouvoir la responsabilité et à soutenir la mise en œuvre des engagements convenus”, affirmant que “la paix durable ne se réalise pas par l’escalade ou la propagande, mais par la responsabilité et le dialogue”.
Le communiqué de Tigré intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Khartoum et Addis-Abeba, où Addis-Abeba a accusé, mardi, les forces armées soudanaises de fournir des armes et un soutien financier aux combattants de la région du Tigré, les qualifiant de “mercenaires”, affirmant avoir “des preuves fiables” que le Soudan est devenu un centre pour les mouvements hostiles à son égard.
Ces accusations font suite à des allégations soudanaises concernant l’implication de l’Éthiopie dans des frappes de drones visant l’aéroport de la capitale Khartoum, que Addis-Abeba a catégoriquement niées, les qualifiant de “sans fondement”.
Dans le cadre de la tension diplomatique, Khartoum a convoqué son ambassadeur en Éthiopie pour des consultations, une démarche qui reflète la profondeur du désaccord entre les deux pays.
Un rapport d’un laboratoire de recherche affilié à l’Université de Yale, publié début avril 2026, a révélé des indicateurs suggérant qu’une base militaire éthiopienne près de la frontière avec le Soudan avait apporté un soutien aux Forces de soutien rapide, ajoutant une nouvelle dimension aux complexités de la crise régionale.
Le porte-parole de l’armée soudanaise, soutenu par des documents, a présenté les trajectoires de vol des drones qui ont ciblé Khartoum, affirmant que certains avaient été interceptés.
Des vidéos ont montré que les drones avaient décollé de l’aéroport de Bahir Dar sur le territoire éthiopien, le même itinéraire emprunté par un drone intercepté en mars dernier.
Pour sa part, Khartoum a accusé à la fois Addis-Abeba et Abou Dhabi de violer la souveraineté nationale et le droit international, affirmant qu’elle “ne cherche pas à commencer une agression”, mais a averti que toute attaque serait rencontrée par une réponse.
Cette escalade intervient à un moment où le Soudan est en guerre depuis avril 2023 entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide, tandis que les craintes en Éthiopie augmentent quant à la possibilité d’un renouvellement du conflit dans la région du Tigré, qui a émergé en 2022 d’une guerre sanglante ayant coûté la vie à au moins 600 000 personnes, l’une des crises humanitaires les plus complexes de la région ces dernières années.





