Africa-Press. L’ambassadeur américain sortant en Zambie, Michael Gonzalez, a rompu avec le protocole diplomatique habituel en utilisant sa réception d’adieu, organisée la semaine dernière dans sa résidence officielle à Lusaka, pour adresser des accusations claires au gouvernement du président Hakainde Hichilema concernant “la corruption systémique et évolutive”. Il a affirmé que le discours des autorités sur la lutte contre la corruption était devenu une rhétorique sans action, selon un rapport d’une source locale.
Selon le discours, Gonzalez a déclaré que l’aide américaine à la Zambie depuis 2000 avait dépassé 7 milliards de dollars dans le secteur de la santé, mais a révélé que “les gouvernements zambiens successifs n’ont pas construit de systèmes durables”, accusant des responsables de détourner des ressources publiques “vers leurs propres poches”, laissant Washington supporter le fardeau du financement des soins de santé. Il a ajouté que le pays perdait chaque année environ 4 milliards de dollars par le biais de flux financiers illicites.
Plaintes sur le manque de communication
L’ambassadeur s’est également plaint de l’ignorance du côté zambien des canaux officiels, déclarant: “Depuis janvier, nous n’avons pratiquement reçu aucune communication substantielle, nos appels sont ignorés, nos questions restent sans réponse, et nos réunions sont annulées”.
Contexte de la crise
Ces déclarations interviennent dans le prolongement d’une crise qui a commencé il y a un an, lorsque Gonzalez a annoncé une réduction de l’aide américaine au secteur de la santé zambien de 50 millions de dollars par an, en raison de ce qu’il a qualifié de vol systématique de médicaments financés par les États-Unis. Selon un communiqué de l’ambassade américaine à Lusaka, des enquêteurs américains ont constaté entre 2021 et 2023 que 95 % des quelque deux mille pharmacies qu’ils ont visitées vendaient des produits volés provenant de l’aide américaine, y compris des antirétroviraux.
Gonzalez a déclaré dans son discours d’adieu qu'”un an après cette annonce, aucune personne importante n’a été arrêtée, et aucune poursuite judiciaire significative n’a été engagée”.
En toile de fond de la crise, il y a également un contrat de deux milliards de dollars dans le secteur de la santé qui a échoué. Une source locale a rapporté que le ministre zambien des Affaires étrangères, Mulambo Haimbi, a accusé Washington de lier ce contrat à des conditions d’accès aux minéraux vitaux du pays, ce que l’ambassadeur a nié, qualifiant ces accusations d'”allégations répugnantes et totalement fausses”.
Réaction du gouvernement zambien
De son côté, le gouvernement zambien a rapidement qualifié les déclarations de l’ambassadeur de “décevantes, non diplomatiques et contraires à l’esprit de respect mutuel entre des États souverains”, s’appuyant sur les articles 3 et 41 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961, qui interdisent aux missions étrangères d’interférer dans les affaires intérieures de l’État hôte.
Des responsables zambiens ont affirmé que Gonzalez n’avait pas déposé de plainte diplomatique officielle malgré les occasions qui lui étaient offertes, considérant que soulever une question de cette ampleur lors d’un événement social n’était pas le cadre approprié.
En revanche, une partie de l’opposition a soutenu les propos de l’ambassadeur. Une source locale a rapporté que le parti “Citoyens d’abord” a soutenu le récit de l’ambassadeur, tandis qu’un ancien diplomate, Emmanuel Mwamba, a appelé le gouvernement à répondre aux accusations au lieu de recourir aux menaces.
Position personnelle ou message?
Cependant, la question la plus pressante soulevée par les observateurs concerne les limites de la parole des ambassadeurs sortants: Gonzalez s’est-il exprimé en tant que personne à la fin de son mandat, ou a-t-il transmis un message politique de l’administration Trump?
Selon une source locale, Lusaka a déclaré qu’elle recourrait aux canaux diplomatiques pour déterminer si l’ambassadeur “s’est exprimé au nom de l’administration américaine ou en tant que personne”.
L’agence de presse a interprété le discours à la lumière de la réorganisation de l’aide américaine à l’Afrique sous Trump vers un “modèle transactionnel” liant le soutien à des intérêts économiques et stratégiques, en particulier les minéraux vitaux. Dans ce contexte, le ton ferme de l’ambassadeur semble s’aligner avec la nouvelle orientation de Washington, plutôt que d’en dévier.
La crise se déroule également à un moment particulièrement sensible, alors que la Zambie se prépare pour des élections générales le 13 août prochain. Des analystes cités par une source locale estiment que le discours “a remis la question de la corruption au premier plan du débat électoral”, offrant à l’opposition un sujet politique pour s’opposer au gouvernement Hichilema.
La question demeure ouverte quant à savoir si ce “dernier discours” n’était qu’un adieu personnel portant la marque d’un diplomate incapable de cacher son mécontentement, ou un signe précoce d’une nouvelle phase de tensions entre Lusaka et Washington.





