Africa-Press. La ville de Kissidougou, située à environ 600 kilomètres de la capitale guinéenne Conakry, connaît une campagne électorale non conventionnelle à l’approche des élections législatives et municipales prévues pour le 31 mai 2026. Les partis politiques et les candidats concentrent leurs efforts sur l’éducation des électeurs sur la manière de voter dans un nouveau système électoral complexe reposant sur trois opérations de vote distinctes.
Dans les marchés, les places publiques et aux carrefours de la ville, les discussions ont évolué d’une compétition entre candidats à l’explication des bulletins de vote, des listes électorales et des mécanismes de vote, dans le but d’éviter la confusion des électeurs et de réduire le nombre de votes nuls.
Mamoudou Koundé, un acteur de la campagne électorale, déclare que les électeurs participeront cette fois à trois types de votes différents, comprenant les élections municipales via des listes nationales, ainsi que l’élection des membres du parlement par le biais de listes individuelles et multiples, rendant l’éducation électorale essentielle pour garantir une participation correcte.
Dans ce contexte, les partis politiques se retrouvent à jouer un nouveau rôle qui dépasse la mobilisation politique traditionnelle, englobant l’éducation électorale et la sensibilisation civique. Le mouvement “Génération pour la Modernité et le Développement” (GMD-Building Together), fondé par le président de transition Mamadi Doumbouya, ainsi que les partis qui lui sont alliés, se concentrent sur une formation extensive des équipes de terrain, des recruteurs, des superviseurs et des délégués des bureaux de vote afin de transmettre des messages clairs et unifiés aux électeurs.
Sekouba Mara, directeur de campagne du parti “Fidel”, souligne que l’objectif principal est d’éviter la confusion dans les bureaux de vote et d’assurer que les citoyens comprennent le nouveau système électoral, en insistant sur la nécessité de former les travailleurs des campagnes électorales, les délégués et les superviseurs à travailler de manière coordonnée au profit des candidats des différentes alliances politiques.
Malgré les préparatifs intensifs, la campagne électorale en Guinée semble relativement terne en raison de l’absence d’une grande partie de l’opposition à ces élections, qui représentent une étape cruciale dans le retour au système constitutionnel après la période de transition.
La Cour suprême a partiellement réintégré le parti “Frondegu” dans la course électorale après avoir suspendu temporairement ses activités. Cependant, le président du parti, Abdoulaye Yero Baldé, considère que l’absence de l’opposition principale aux élections constitue “un revers démocratique”, affirmant que la campagne manque d’enthousiasme populaire et que le principe d’égalité entre les candidats n’est pas suffisamment respecté.
En mars dernier, environ 40 partis politiques ont été dissous, dont les principaux partis d’opposition guinéens tels que l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) et l’Union des Forces Républicaines (UFR), pour non-conformité à la nouvelle loi régissant les partis politiques.
Les autorités ont contraint les partis politiques à mettre à jour leurs systèmes internes, à tenir des conférences de conformité et à fournir des preuves de l’existence de bureaux dans différentes préfectures du pays avant le 25 mai.
Pour sa part, l’analyste politique Nafali Guilavogui a averti que la tenue des élections en l’absence d’une véritable opposition pourrait entraîner une concentration excessive du pouvoir politique entre les mains d’un groupe restreint, considérant que les institutions résultant de ces élections pourraient être “légalement légitimes mais politiquement faibles en raison de l’absence de concurrence réelle.”
Ces élections interviennent après les élections présidentielles et à l’approche de la fin de la période de transition, où 342 maires et 147 députés doivent être élus, une étape que les autorités considèrent comme essentielle pour compléter le retour à un gouvernement constitutionnel dans le pays.





