Africa-Press. Entre une décision judiciaire demandant l’arrêt des travaux et des manifestations en colère autour de la ville de Nanyuki, une installation de quarantaine liée au risque d’Ebola continue d’émerger progressivement à l’intérieur de la base aérienne de Laikipia, au centre du Kenya.
Des images satellites prises par une source locale entre le 27 mai et le 8 juin 2026 montrent des progrès rapides dans les travaux de préparation du site dédié à une installation de quarantaine et de surveillance sur le terrain, que Washington affirme être destinée aux Américains susceptibles d’être exposés au virus Ebola lors de leur travail dans des zones d’épidémie.
La comparaison des images révèle que le site est passé en quelques jours d’un terrain presque vide à une zone nettoyée et nivelée, avec l’apparition de tentes et d’équipements de terrain à l’intérieur des limites de la base, dans un contexte de débat juridique et public croissant concernant le projet.
Selon l’analyse d’une unité de sources ouvertes, les images satellites montrent que les travaux sur le site se sont accélérés en peu de temps, incluant le nettoyage du terrain, son nivellement et la préparation d’un espace de terrain à l’intérieur de la base aérienne.
La superficie totale nettoyée à l’intérieur des limites du site est estimée à environ 40 000 mètres carrés, soit près de 10 acres. D’ici le 2 juin, des signes d’activité de construction ont commencé à apparaître clairement, avec des changements de couleur de surface et l’apparition de passages et de préparations, ainsi que de tentes ou d’installations temporaires.
Les images ne révèlent pas seulement la nature de chaque installation sur le site ou son niveau de préparation, mais documentent également une transition rapide de l’état du terrain en moins de deux semaines, renforçant les indications de la poursuite des travaux malgré le débat entourant le projet.
Quel est l’objectif déclaré de l’installation?
Washington affirme que l’installation est destinée à la quarantaine et à la surveillance des Américains susceptibles d’être exposés au virus Ebola lors de leur travail dans des zones d’épidémie, notamment en République démocratique du Congo et en Ouganda, plutôt que de les transférer directement aux États-Unis.
Selon les déclarations américaines, le plan vise à soumettre les personnes à risque, qui ne présentent pas de symptômes, à une quarantaine de 21 jours. Ceux qui présentent des symptômes par la suite seront transférés vers un autre site pour recevoir des soins.
Des responsables américains ont déclaré que la capacité initiale de l’installation est de 50 lits, et qu’elle est conçue dans sa première phase pour les personnes exposées au virus sans symptômes.
Décision judiciaire et travaux en cours
Le rythme des constructions prend une importance supplémentaire car il coïncide avec un litige juridique au Kenya. Une source locale a rapporté qu’un tribunal kényan a d’abord ordonné, le 28 mai, d’arrêter les travaux sur l’installation, puis a prolongé l’interdiction de trois semaines supplémentaires, demandant au gouvernement de révéler l’accord conclu avec Washington.
Cependant, la source a indiqué que des vols militaires américains continuaient d’arriver à la base et que les travaux se poursuivaient sur le site.
Les images satellites offrent une dimension visuelle à ce récit, montrant des changements rapides dans la zone dédiée à l’installation pendant la période qui a suivi la décision du tribunal.
Ruto défend et la rue proteste
En revanche, le président kényan William Ruto a défendu le projet, affirmant que son gouvernement fait “la bonne chose” en permettant aux États-Unis de construire l’installation, ajoutant que refuser la demande américaine serait “inhumain”.
Ruto a également présenté le projet, selon une source locale, comme faisant partie d’un plan plus large pour renforcer la préparation sanitaire du Kenya et sa capacité à faire face aux menaces épidémiques.
Cependant, ces assurances n’ont pas mis fin au débat, car Nanyuki a connu des manifestations croissantes contre l’installation, au milieu des craintes populaires de l’introduction d’un risque Ebola dans la région, et des critiques sur ce que les opposants considèrent comme un manque de transparence dans la décision et l’accord avec les États-Unis.
La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les rassemblements, au milieu de tensions sécuritaires dans la région, et des rapports médiatiques ont indiqué qu’au moins deux manifestants avaient été tués.
Projet sanitaire ou crise de confiance?
Le projet est devenu une question politique et populaire au Kenya, car les inquiétudes ne concernent pas seulement le virus Ebola lui-même, mais aussi qui détient la décision de construire l’installation, la nature de l’accord avec les États-Unis, les garanties de sécurité et de transparence, et l’emplacement du projet à l’intérieur d’une base militaire dans une zone peuplée.
Les images satellites montrent que le débat n’a pas ralenti le rythme des progrès sur le site autant que les manifestants ou la décision judiciaire initiale l’avaient prévu, car l’installation semble passer d’un plan annoncé à une réalité sur le terrain en rapide formation.
Entre le récit américain qui affirme que l’installation est destinée à protéger des citoyens à risque et les manifestations kényanes qui la perçoivent comme une menace sanitaire et souveraine potentielle, les images satellites posent une nouvelle question au gouvernement kényan: pourquoi les travaux avancent-ils si rapidement alors que le tribunal et la rue demandent plus de transparence?
La République démocratique du Congo connaît une épidémie de la souche “Bundibugyo” du virus Ebola, annoncée le 15 mai dernier, ayant jusqu’à présent entraîné plus de mille cas suspects et environ 220 décès, renforçant les craintes de conséquences régionales plus larges.
L’administration du président américain Donald Trump avait choisi de ne pas accueillir les Américains exposés au virus sur son territoire, et avait plutôt dirigé certains citoyens infectés vers des pays européens, un médecin américain travaillant en République démocratique du Congo ayant été transféré en Allemagne pour traitement, et un autre “missionnaire” américain ayant été transféré en République tchèque.





