Somaliland à Tel-Aviv: Israël Étend Son Influence

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Somaliland à Tel-Aviv: Israël Étend Son Influence
Somaliland à Tel-Aviv: Israël Étend Son Influence

Africa-Press. Dans une démarche qui a suscité une large vague de critiques arabes et africaines, le président de “Somaliland” Abdirahman Mohamed Abdullahi est arrivé dimanche sur le territoire palestinien occupé pour une visite officielle, la première du genre, en préparation de l’ouverture d’une ambassade à Jérusalem, un développement qui reflète le passage des relations entre les deux parties d’une communication non officielle à un partenariat politique et sécuritaire public.

Cette visite s’inscrit dans le cadre du rapprochement rapide entre “Somaliland” et l’entité israélienne, suite à l’annonce de cette dernière en décembre 2025 de la reconnaissance officielle de la région en tant qu'”État indépendant”, une décision qui a suscité des objections arabes, africaines et internationales, avec des avertissements concernant ses conséquences sur l’unité de la Somalie et la stabilité de la région de la Corne de l’Afrique.

Visite “historique” ou repositionnement israélien?

L’entité israélienne a qualifié la visite de “historique” et a déclaré qu’elle représente un tournant dans les relations bilatérales, car le président de Somaliland a rencontré le président israélien Isaac Herzog lors d’une session de discussions axée sur l’élargissement de la coordination politique, sécuritaire et économique.

Au cours de la rencontre, Herzog a appelé à passer des “positions théoriques” à une “coordination pratique directe”, soulignant ce qu’il a qualifié de défis communs entre les deux parties, notamment la lutte contre l’extrémisme, la sécurisation de la stabilité dans la région de la Corne de l’Afrique, et la protection des voies maritimes dans la mer Rouge et le golfe d’Aden.

Ces déclarations indiquent que la relation entre les deux parties ne se limite pas à la dimension diplomatique, mais comporte des dimensions stratégiques et sécuritaires plus larges, surtout compte tenu de l’importance géopolitique croissante de la Corne de l’Afrique, qui surplombe l’une des plus importantes voies maritimes mondiales.

Le deuxième jour de la visite devrait voir l’ouverture officielle de l’ambassade de “Somaliland” à Jérusalem, une étape symbolique et politique qui porte des significations dépassant le cadre bilatéral, représentant une reconnaissance mutuelle entre les deux parties et une consécration d’une présence diplomatique dans une ville que la communauté internationale refuse de reconnaître comme capitale de l’entité israélienne.

Pour sa part, le président de “Somaliland” a déclaré que la visite représente un “tournant crucial” dans le parcours diplomatique de la région, notant que ses autorités cherchent depuis plus de 35 ans à obtenir une reconnaissance internationale et une intégration plus large dans le système international.

Il a ajouté que la région apprécie ce qu’il a qualifié de rôle israélien dans le soutien à ces efforts, exprimant son espoir d’élargir la coopération politique, économique et sécuritaire.

La Corne de l’Afrique dans les calculs israéliens

Des observateurs estiment que l’ouverture de l’entité israélienne sur “Somaliland” dépasse la question de la reconnaissance diplomatique, étant liée à des calculs stratégiques dans la région de la Corne de l’Afrique, qui est devenue un terrain de compétition régionale et internationale croissante.

La position de la région sur le golfe d’Aden et à proximité du détroit de Bab el-Mandeb lui confère une importance géopolitique particulière, car une grande partie du commerce mondial et des approvisionnements énergétiques internationaux transitent par cette zone.

Les analystes pensent que le renforcement des relations avec “Somaliland” pourrait offrir à l’entité israélienne un point d’ancrage supplémentaire près de la mer Rouge, dans le cadre de ses efforts pour étendre son influence sécuritaire et de renseignement dans la région, surtout face aux tensions liées à la navigation maritime et à l’escalade de la concurrence entre les puissances régionales.

Cette démarche est également perçue comme une tentative de construire de nouvelles alliances en Afrique, après le recul de certaines voies de normalisation régionale, et l’augmentation des besoins israéliens en nouveaux partenaires dans les zones d’influence maritime et sécuritaire.

Rejet arabe et islamique et avertissement contre la déstabilisation

En revanche, cette démarche a été largement condamnée, avec 19 pays islamiques qui ont exprimé, dans une déclaration conjointe, leur opposition à l’intention de la région d’ouvrir une “ambassade prétendue” à Jérusalem, considérant cela comme une “violation flagrante” du droit international et des résolutions de la légitimité internationale concernant le statut de la ville sainte.

Le rapprochement entre “Somaliland” et l’entité israélienne a également suscité de vives critiques de la part du gouvernement somalien, qui affirme que la région fait partie intégrante de son territoire, considérant toute reconnaissance extérieure comme une violation directe de la souveraineté nationale et une atteinte à l’unité du pays.

Mogadiscio a à plusieurs reprises averti que les interventions extérieures dans le dossier de la région pourraient entraîner une instabilité accrue dans une zone déjà confrontée à des menaces sécuritaires liées aux mouvements armés et aux crises politiques.

Origines de la question de “Somaliland”

La question de “Somaliland” remonte à 1960, lorsque la région, alors sous colonisation britannique, a obtenu une indépendance de courte durée avant d’entrer dans une union politique avec la Somalie, qui était sous administration italienne.

Cependant, les tensions politiques et économiques entre le nord et le sud du pays ont progressivement augmenté, notamment avec des accusations de marginalisation et d’exclusion de la part des élites du nord, menant à des affrontements armés à la fin des années 1980 sous le régime de l’ancien président Mohamed Siad Barre.

Après l’effondrement de l’État central en Somalie en 1991, le “Mouvement national somalien” a déclaré unilatéralement l’indépendance de la région sous le nom de “République de Somaliland”, et depuis lors, ses autorités gèrent ses affaires de manière séparée, malgré l’absence de reconnaissance internationale officielle.

Bien que Somaliland ait réussi à établir des institutions administratives et sécuritaires relativement stables par rapport aux autres régions de la Somalie, la communauté internationale est restée attachée au principe de l’unité des territoires somaliens, ce qui a fait de la récente reconnaissance israélienne un développement exceptionnel qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles tensions politiques dans la Corne de l’Afrique.

Dans ce contexte de transformations, la visite du président de “Somaliland” sur le territoire palestinien occupé semble être plus qu’un simple geste diplomatique, reflétant une tentative mutuelle de redéfinir les équilibres de pouvoir dans la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, au milieu des craintes que ce rapprochement n’approfondisse les divisions régionales et n’ouvre la porte à de nouveaux conflits autour de la souveraineté et de la reconnaissance internationale.

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