Africa-Press. Un expert en sécurité régionale a déclaré que la crise du Grand Barrage Éthiopien dépasse le simple désaccord technique pour devenir un conflit géopolitique soutenu par des puissances extérieures, visant à redéfinir l’équilibre des forces dans la région.
La crise entre l’Égypte et l’Éthiopie ne se limite pas aux questions techniques concernant les années de remplissage et d’exploitation, mais révèle un profond conflit géopolitique qui redessine les rapports de force en Afrique de l’Est et dans la mer Rouge. Le Nil, qui devrait être une source de vie, est devenu un outil de pression et d’influence entre des puissances régionales et internationales aux intérêts entremêlés, au détriment des pays en aval, selon l’expert.
L’expert a expliqué que le Nil a été utilisé comme une arme de pression depuis les croisades, lorsque le Pape a conseillé aux empereurs éthiopiens d’utiliser l’eau pour affaiblir l’Égypte. Cela a continué avec les tentatives coloniales de modifier le cours du Nil au XVe siècle, et s’est intensifié avec l’utilisation par les États-Unis de la question de l’eau pendant la guerre froide, après que l’Égypte se soit rapprochée de l’Union soviétique.
Il a ajouté que la véritable crise de l’eau a précédé l’annonce officielle de la construction du barrage en 2011, ses racines remontant à l’Initiative du Bassin du Nil de 1998, lorsque l’Éthiopie a commencé à évoquer pour la première fois la redistribution des parts d’eau et à rejeter l’accord historique signé en 1959.
L’Éthiopie a profité de l’occasion pour inciter les pays du bassin du Nil contre l’Égypte, avant d’annoncer la pose de la première pierre du barrage en avril 2011, à un moment délibéré qui a exploité l’instabilité politique en Égypte après la révolution de janvier 2011.
L’expert a également souligné que le danger du barrage ne se limite pas aux dimensions politiques, mais s’étend à des préoccupations techniques sérieuses, car des satellites ont détecté des fuites de plus de 44 milliards de mètres cubes d’eau dans le sol en raison de fissures dans le sol volcanique sur lequel le barrage est construit.
Les images satellites montrent que le réservoir effectif ne dépasse pas 48 milliards de mètres cubes, au lieu des 74 milliards supposés selon le côté éthiopien. De plus, l’Éthiopie n’a pas encore fourni de réponses satisfaisantes aux questions techniques soulevées par l’Égypte depuis 2018.
Les inquiétudes s’aggravent, selon l’expert, en raison de la présence du “barrage de selle” long de 5 kilomètres, qui est également susceptible de fuir, ainsi que des tremblements de terre fréquents dans la région.
Dimensions internationales
Concernant les dimensions internationales, l’expert a tenu les États-Unis et Israël responsables du soutien direct au projet du barrage éthiopien, notant qu’Israël fournit des services de renseignement, agricoles et techniques à l’Éthiopie. Il a également mentionné qu’Israël adopte une stratégie de “zone vitale” visant à maintenir les pays voisins arabes dans un état de faiblesse permanente.
Il a établi un lien entre le contrôle israélien des sources des rivières en Syrie, au Liban et en Palestine, et le soutien éthiopien pour le contrôle des sources du Nil, considérant ces deux voies comme les deux faces d’une même stratégie visant à transformer les ressources en eau en outils de domination régionale.
Cependant, l’expert a noté que l’Égypte n’est pas restée les bras croisés, mais a travaillé à établir un réseau de relations défensives et de développement avec les pays du bassin du Nil et de l’Afrique de l’Est, allant de l’Ouganda au Rwanda, au Burundi, jusqu’à la Somalie et l’Érythrée.
L’Égypte a également développé en interne un système d’alternatives en matière d’eau, incluant le revêtement des canaux, le dessalement de l’eau et le traitement des eaux usées, affirmant que le pays traite avec sagesse les lourdes questions qui l’entourent, de la Libye au Sinaï, jusqu’au Soudan.
Cependant, l’expert a confirmé que l’option d’une confrontation militaire reste sur la table si l’Éthiopie entreprend une action hostile directe, comme l’ouverture délibérée des vannes du barrage. Il a averti que le chaos dans cette “région fragile” serait une catastrophe aux multiples facettes, affectant la navigation internationale, les marchés pétroliers et l’économie mondiale, ce qui ne servirait les intérêts de personne.





