Dr Jonathan Ndoutoume Ngome, une girouette politique ?

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Dr Jonathan Ndoutoume Ngome, une girouette politique ?
Dr Jonathan Ndoutoume Ngome, une girouette politique ?

Africa-Press – Gabon. Pour beaucoup, il agit au gré de ses intérêts personnels. Lui, soutient que les décisions et les différentes positions qui ont été les siennes ces 14 dernières années ont été cohérentes et conformes à ses convictions, en plus de poursuivre le bien commun. Dans l’interview ci-après, le Dr Jonathan Ndoutoume Ngome, spécialiste en géopolitique ayant récemment démissionné du Parti démocratique gabonais (PDG), réfute être «une girouette politique».
GabonReview: Votre départ du PDG fait grand bruit dans la presse écrite et sur les réseaux sociaux. Qu’en est-il exactement ?
Dr Jonathan Ndoutoume Ngome: Moi aussi j’ai lu dans la presse écrite et sur la toile toutes les publications autour de ma démission du PDG. Mais, je suis étonné que ces journaux s’emparent de ce sujet plus d’un mois après. En effet, j’ai déposé ma démission du PDG le 10 mai dernier sans grand bruit, car je n’en voyais pas la nécessité de faire emballer la presse à propos de mon départ du PDG. La bonne question est de savoir pourquoi c’est maintenant que les journaux en parlent sur la base d’un même article qui a été partagé et publié. Ça veut dire que ce papier a été rédigé dans une officine par certaines personnes qui pensent que je pourrais gêner leur repositionnement politique. Laissez-moi vous dire que je connais ceux qui ont rédigé cet article et ont payé les journaux en ligne et certains titres de la presse écrite pour publier.

Beaucoup, y compris certains rédacteurs de presse, vous perçoivent comme une sorte de girouette politique. Que répondez-vous ?

Si pour avoir été dans deux partis politiques, c’est être une girouette politique, cela voudrait dire que la plupart des acteurs politiques au Gabon sont des girouettes. En effet, j’ai soutenu André Mba Obame au cours de l’année 2009 et j’ai adhéré à l’Union nationale dont il a contribué à la création en 2010 avec d’autres acteurs politiques. Je quitte l’Union nationale à la suite d’une idée qui fait la promotion de la DTE (destitution-transition-élection). Autrement dit, plusieurs partis, dont l’UN, avaient estimé, en 2015, que pour des raisons de nationalité douteuse, il fallait d’abord destituer Ali Bongo Ondimba pour ouvrir par la suite une transition qui devait déboucher sur l’organisation de l’élection présidentielle. Cette idée a été vendue aux militants. Faisant partie de ceux qui pensaient qu’il fallait préparer l’élection présidentielle de 2016 qui pointait à l’horizon au lieu de perdre du temps à penser qu’on pouvait destituer Ali Bongo (et avec quelle Cour constitutionnelle ?), pour ouvrir d’abord une transition avant l’organisation des élections, j’ai rejoint alors le noyau qui soutenait Jean Ping fin 2015-début 2016.

En avril 2016, nous créons Démocratie Nouvelle, parti politique dont je deviens Conseiller national en communication et porte-parole. En 2022, Démocratie Nouvelle fait une fusion-absorption avec le PDG, et par discipline, loyauté et fidélité à mon parti, DN, j’adhère comme les autres militants au PDG en octobre 2022. Ce même parti au sein duquel j’ai été nommé membre du Bureau politique lors de son dernier congrès. Et 19 mois plus tard, au regard de l’évolution politique dans le pays, j’ai décidé de quitter le PDG, le 10 mai dernier. Voici le cheminement logique et cohérent de ma démarche politique.

Un cheminement qui laisse tout de même penser que vous roulez beaucoup plus pour vos intérêts que pour vos convictions…

Quand j’ai soutenu André Mba Obame en 2009 alors qu’il s’opposait au régime, j’avais quel intérêt ? Quand j’ai adhéré à l’Union nationale qui était le parti d’opposition le plus détesté entre 2010 et 2015, j’avais quel intérêt personnel ? Quand je rejoins Jean Ping en 2015 pour soutenir sa candidature à l’élection présidentielle de 2016, j’avais quel intérêt ? Dites-moi !

Non, soyons sérieux ! Il se trouve qu’à la fin de l’élection présidentielle de 2016, deux camps s’opposaient au sujet de l’intérêt de déposer un recours devant la Cour constitutionnelle. Je fais partie, avec le leader de DN, René Ndemezo’Obiang, et bien d’autres, de ceux qui pensaient que cette requête ne pourrait prospérer. D’ailleurs, sans trahir un secret, un ancien diplomate d’un pays voisin, de même substratum culturel que nous, avait appelé René Ndemezo’Obiang, directeur national de campagne de Jean Ping, pour lui dire que ce n’est pas la peine, que l’affaire était pliée. En gros, que le recours à la Cour constitutionnelle n’aboutirait jamais. L’autre camp, qui croyait au recours, l’a quand même déposé. Dès que la Cour constitutionnelle s’est prononcée en déclarant Ali Bongo vainqueur, pour Démocratie Nouvelle, l’élection présidentielle était terminée.

C’est dans ce contexte que nous avons décidé de participer au dialogue d’Angondjé en 2017. C’est au sortir de ce dialogue que je suis entré au gouvernement d’ouverture formé à cet effet, et qui verra la participation de plusieurs membres de l’opposition, même ceux qui avaient refusé de participer à ces assises. Voyez, je ne suis donc pas allé au gouvernement dans un contexte de «pêche à la ligne», mais bien plus pour défendre, au compte de Démocratie Nouvelle, les réformes que nous avions adoptées à Angondjé.

Vous avez pourtant bien défendu les réformes d’Ali Bongo également…

J’ai défendu les réformes que nous avons adoptées à Angondjé en 2017 tout comme je défends les réformes du Dialogue national inclusif d’Angondjé en 2024. C’est dans ce sens que je mènerai campagne pour le oui au référendum, en vue de l’adoption de la nouvelle constitution.

Vous savez, en politique, il faut du courage et de la cohérence dans ses prises de position. Je ne peux pas avoir été au dialogue d’Angondjé en 2017 et renier ses résolutions tout comme j’assume les propositions de décision du dialogue national inclusif, mais je dénonce le deux poids deux mesures concernant ceux qui ont été au PDG entre 2016 et 2023 et ceux qui y ont été entre 1990 et 2016 et qui sont, pour certains, responsables des crimes en tout genre pour lesquels on veut passer l’éponge.

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