Africa-Press – Niger. Mieux vaut penser à rien que ne pas penser du tout », chantait Serge Gainsbourg en 1965. Soixante ans plus tard, une équipe franco-australienne vient de démontrer dans une étude parue dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences que le fait de ne penser à rien, le « blanc mental » (« mind blanking » en anglais) consiste en une véritable interruption du flux de pensées et possède même une signature cérébrale tout à fait particulière.
Les chercheurs de l’Institut du Cerveau (Paris) et de l’université de Monash (Melbourne) viennent en effet de prouver que cet état correspond à un état mental spécifique que l’on peut corréler à des marqueurs neurophysiologiques et comportementaux. « Le « mind blanking » se définit comme l’absence totale de contenu mental que l’on puisse décrire à autrui. Pas d’image dans la tête, pas de musique entêtante, pas de pensée obsédante… rien ! », précise Esteban Munoz-Musat, l’un des auteurs de l’étude, dans le communiqué de l’Institut du Cerveau.
Un état très fréquent après un effort cognitif intense et prolongé
Souvent activement recherché par les adeptes de la méditation ou de la pleine conscience, cet état est aussi très fréquent après un effort cognitif intense et prolongé (un examen universitaire), en cas de privation de sommeil mais aussi chez les personnes particulièrement anxieuses et chez celles atteintes du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). D’où l’idée ici d’étudier de plus près cet état intriguant de longue date la communauté neuroscientifique.
Esteban Munoz-Musat, Lionel Naccache, Thomas Andrillon du Picniclab (Paris) et leurs collègues australiens ont donc recruté 62 volontaires sains. Tous ont été soumis à des exercices cognitifs nécessitant une concentration prolongée, des tâches longes et fastidieuses, au cours desquelles leur activité mentale a été enregistrée par électro-encéphalographie à haute densité (hdEEG) et leur comportement, soigneusement surveillé, par le biais de questionnaires.
Les résultats indiquent que les épisodes de « blanc mental » rapportés par les participants sont tous associés à des marqueurs neurophysiologiques et des schémas comportementaux très précis.
Les chercheurs ont en effet identifié une moindre connectivité entre les différentes zones des réseaux de neurones distants mais aussi un traitement perturbé des informations visuelles, très précisément pour ce qui concerne le traitement visuel dit « tardif », soit dans les 250 à 300 millisecondes après l’exposition à un stimulus. Or c’est justement cette fenêtre de temps qui est considérée dans certains modèles comme la partie consciente du traitement visuel. De plus, les sujets se montraient légèrement somnolents, plus lents, et faisaient davantage d’erreurs, précisent les chercheurs.
« Entre 5 et 20 % du temps d’éveil »
Ce qui fait dire à un autre scientifique du groupe, Thomas Andrillon: « ces nouvelles données appuient une idée qui s’impose de plus en plus: être éveillé ne signifie pas nécessairement être conscient de quelque chose ! Le « mind blanking » correspond à une véritable interruption du flux de pensées ».
Selon les hypothèses des chercheurs, ces moments de « blanc mental » correspondent peut être à une expérience inverse du rêve lucide, soit ici une perte de connaissance transitoire survenant pendant la phase d’éveil. « Il s’agit sans doute d’un événement extrêmement fréquent, au cours duquel certaines régions du cerveau entrent dans une forme de sommeil. Nous estimons qu’il représente entre 5 et 20 % du temps d’éveil, même s’il existe de grandes différences selon les individus », poursuit Thomas Andrillon.
Ce travail a aussi permis de démontrer que le « mind blanking » est distinct de deux autres états mentaux comme la concentration intense sur une tâche (« on-task ») et le vagabondage de l’esprit (« mind wandering »), ces moments de rêverie pendant lesquels l’activité mentale néglige les informations en provenance de l’environnement et se concentre sur des pensées sans rapport avec le lieu, les personnes ou les événements présents.
Si ces travaux représentent une étape supplémentaire dans la connaissance de la conscience et de l’attention, ils pourraient aussi à l’avenir permettre de savoir si les moments de pause cérébrale pourront un jour être considérés comme un marqueur diagnostic de certains troubles neurologiques ou psychiatriques.
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