« Mon Cotonou à moi… » : une révolution urbaine dans les yeux de l’artiste Tchif

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« Mon Cotonou à moi… » : une révolution urbaine dans les yeux de l’artiste Tchif
« Mon Cotonou à moi… » : une révolution urbaine dans les yeux de l’artiste Tchif

Africa-PressBenin. « Fasciné », dit-il, par la révolution urbaine engagée à Cotonou depuis 2016, l’artiste Francis Tchiakpè a décidé de lui consacrer une série de toiles inspirées du concept African Urban. Un regard profond et sans concession sur cette ville qui l’a vu grandir depuis ses 3 ans.

Intitulé « Mon Cotonou à moi… », le projet artistique de Tchif donne le ton, comme s’il y avait un Cotonou pour les autres et un Cotonou tout à lui, rien qu’à lui. Le plasticien assume cette vision « possessionnelle », entre possessivité et obsession : « Je ne sais pas ce que Cotonou représente pour les autres. Seule ma vision de la ville m’intéresse. »

Il est suffisamment « témoin de tous ses instants », depuis 1976, pour constater le « hiatus » entre la ville de son enfance, marquée par le brouhaha incessant, les trous dans la chaussée, les détritus, et celle d’aujourd’hui, « plus sereine », « comme apaisée »… et « asphaltée à souhait ». Un constat qu’il veut lucide et objectif, l’artiste cotonois n’étant pas réputé pour s’embarrasser de propos laudateurs en faveur de tel ou tel parti ou leader politique.

Selon lui, depuis quelques années, force est de constater que les rues de la métropole ont fait l’objet de vastes opérations de déguerpissement – douloureuses pour les petits commerçants, mais qui ont permis à la ville de respirer. Quant au programme d’assainissement et d’aménagement urbain, il est en train de boucher les trous et de napper d’asphalte plus de 200 km de voies urbaines… Une révolution.

La métamorphose de la ville est telle qu’en parcourant les quartiers où il avait ses habitudes Tchif en perd ses repères des années 1990-2000 : « Ils n’existent plus, ces lieux ont un nouveau visage. » Au concert de bruits confus qu’il appelle le « bouyabouya du Cotonou d’avant » s’est substituée une ambiance plus douce, dans une ville « beaucoup plus classe », où, par exemple, dans les rues, il n’y a plus de place pour les bars douteux. L’espace culturel créé par le plasticien Francis Tchiakpè en 2007. © Fiacre Vidjingninou pour JA

S’il apprécie ce « Cotonou plus tranquille et en paix », l’ancien habitué des boîtes de nuit de Jonquet – l’un des quartiers les plus torrides de la ville – n’a pas pour autant renoncé à sa prédilection pour les « coins chauds », de Ganhi aux Cocotiers, en passant par la Haie Vive – quartiers populaires du centre-ville. À 47 ans, un « âge certain », Tchif préfère aujourd’hui y passer des after-work plus calmes, à se « ressourcer, prendre un petit whisky, fumer [sa] cigarette, manger »… « J’y résiste rarement », avoue-t-il.

À travers la série de toiles « Mon Cotonou à moi… », Tchif veut raconter le présent de Cotonou à la lumière de son passé récent. Pour lui, il n’est pas seulement question de « copier-coller la ville sur de la toile », mais aussi de « l’imaginer dans le futur proche » pour que, à sa mesure – à taille humaine –, sa ville s’inscrive dans le même mouvement que les autres métropoles du monde, comme Miami, Washington, Paris, Rio, Madrid, Bruxelles, Berlin, Amsterdam, Dubaï, Dakar, Lagos, Accra, Johannesburg… Autant de cités où le plasticien béninois expose ses talents de créateur de « nouveaux territoires poétiques et prosaïques » – il fait partie des rares artistes africains présents dans la collection permanente du Smithsonian Museum de Washington.

Dans ce Cotonou transfiguré, qui va « sans aucun doute faire partie des grandes villes qui comptent en Afrique », Tchif aurait aimé voir plus d’espaces culturels, comme celui qu’il a créé en 2007. Près du port de Cotonou, ce site accueille des pièces de théâtre, des concerts et des séances de slam, mais aussi des ateliers d’art scénique et de musique. « L’art peut beaucoup apporter à l’économie d’un peuple », insiste le plasticien, espérant que « sa » ville s’urbanise en tenant compte des valeurs culturelles du pays et de ceux qui les exaltent.

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