Cotonou se réinvente (2/5) : bras de fer avec l’érosion côtière

Cotonou se réinvente (2/5) : bras de fer avec l’érosion côtière
Cotonou se réinvente (2/5) : bras de fer avec l’érosion côtière

Africa-PressBenin. En dix ans, la mer a arraché du littoral cotonois plusieurs hectares de terre, une dizaine d’hôtels et une centaine de maisons. Mais après une longue lutte et de lourds investissements les pouvoirs publics semblent avoir trouvé la parade.

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Mettre fin au cauchemar d’une bonne partie des Cotonois qui se couchent le soir avec la peur de se retrouver les pieds dans l’eau le lendemain matin : telle était la mission des gouvernements qui se sont succédé depuis le début des années 2000 et y ont consacré en vain des milliards de francs CFA. Des milliards évanouis depuis dans les flots.

En 2014, le gouvernement de Boni Yayi avait érigé des digues artificielles de 200 à 300 mètres de long chacune en bordure des quartiers du sud-est de la ville, les plus exposés à l’assaut des vagues et aux inondations : Akpakpa-Dodomè, Enagnon, Jak, Donaten et Siafato. Mais certains de ces ouvrages ont dramatiquement accentué l’érosion côtière.

À la suite des grandes marées particulièrement dévastatrices d’avril 2016, le gouvernement du président Patrice Talon a pris le taureau par les cornes dès le lendemain de son investiture avec un double objectif : il s’agissait, dans un premier temps, de caractériser la bande côtière du Bénin face à l’érosion afin de mieux connaître la dynamique en cours pour la maîtriser, puis, dans un second temps, d’engager des actions afin de définir les projets et de mobiliser les financements nécessaires à la réalisation rapide des travaux indispensables pour stabiliser les 125 kilomètres de côte du pays­ – dont environ 35 km pour la seule capitale économique.

Après les études de modélisation des façades maritimes du pays, qui ont coûté 2,7 milliards de F CFA (plus de 4,1 millions d’euros), le programme de protection du littoral contre l’érosion côtière a effectivement démarré par l’enrochement de la côte et le rechargement systématique des segments de plage créés sur 15 km du littoral est de Cotonou.

Un chantier pharaonique, qui a vu la pose de plus de 1 030 m linéaires d’épis et de 600 m linéaires de digue immergée, sans oublier un volume de quelque 4,3 millions de m3 de sable dragué…

Au total, une superficie de 10 hectares a été purgée et « rechargée » et environ 150 ha de plage ont été reconstitués sur les 15 km de côte protégés. Une réserve de sable de plus de 13 ha a été stockée pour des projets futurs du gouvernement. Ces travaux de génie civil ont nécessité un investissement de 33,7 milliards de F CFA.

Pour le gouvernement, il ne s’agit pas seulement de gagner la bataille contre les assauts de la mer. Cette sécurisation de la bande côtière va aussi permettre une meilleure valorisation économique du littoral cotonois, en particulier grâce au développement du tourisme balnéaire, pour attirer des touristes locaux et étrangers.

« Un lac marin sera d’ailleurs créé dans la zone d’Akpakpa-Dodomè, au niveau de l’épi “A” », a ajouté Esquill Outiclissou, le responsable du suivi et de l’évaluation du programme de protection du littoral contre l’érosion côtière. Les chantiers en cours devraient également avoir un impact extrêmement positif sur les ressources halieutiques et la biodiversité marine, avec la création de zones de frayage, ainsi que le développement des zones de ponte des tortues marines.

Au-delà de la capitale économique, ce problème de l’érosion affecte 125 km de la façade maritime du pays, depuis sa frontière avec le Togo, en passant par la ville de Grand-Popo et la cité historique de Ouidah, où le gouvernement développe aussi le tourisme mémoriel. Dans cette dernière, le programme a déjà permis de construire 5 km de digue immergée et de draguer 1,7 million de m3 de sable.

Le Bénin bénéficie du soutien technique et financier de la Banque mondiale à travers le Programme de gestion du littoral ouest-africain (Waca). Lancée à la fin de 2018 pour aider à enrayer l’aggravation de l’érosion côtière et la dégradation du littoral dans six pays (Bénin, Togo, Sénégal, Côte d’Ivoire, Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe), cette plateforme est dotée d’environ 210 millions de dollars (177,5 millions d’euros).

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