Africa-Press – Benin. Le parti « Forces du progrès pour un Bénin émergent », le seul parti d’opposition ayant participé aux élections présidentielles au Bénin le 12 avril dernier, a annoncé son départ de l’opposition et son adhésion officielle à la majorité présidentielle à partir du 24 mai, date de l’investiture du président élu Romuald Wadagni, successeur de Patrice Talon.
Cette décision a été prise à l’issue d’une réunion du conseil national du parti dans la capitale Cotonou, samedi dernier. Ses dirigeants ont justifié cette démarche par les « échecs électoraux successifs » et par le « respect de la volonté des électeurs ». Un des responsables du parti a déclaré que « le peuple a pris sa décision, et le choix du peuple nous engage », ajoutant que le parti entend contribuer au développement du pays aux côtés du pouvoir en place.
Le candidat du parti, Paul Hounkpe, a obtenu 5,95 % des voix lors du dernier scrutin présidentiel face à l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, qui a remporté une écrasante majorité de plus de 94 % des voix, selon les résultats préliminaires de la commission électorale. Hounkpe a ensuite quitté son parti, aggravant ainsi sa crise interne.
Cette décision d’adhésion s’inscrit dans le prolongement d’accords signés par le parti en septembre 2025 avec le parti « Union progressiste pour le renouvellement » et « la coalition républicaine », qui sont les deux piliers de la majorité présidentielle, selon des médias au Bénin.
Une scène politique presque vide d’opposition
Le changement de cap du parti « Forces du progrès » a une signification qui dépasse le simple nombre de ses membres, car il rend la scène politique au Bénin presque dépourvue de représentation d’opposition au sein des institutions, à la veille de la prise de pouvoir de Wadagni. Le parti des Démocrates, qui est la principale force d’opposition et a présenté l’avocat Renaud Agbodjo, a été exclu de la course présidentielle en raison du non-respect des conditions de « parrainage » requises en octobre dernier.
Cette exclusion a renforcé le débat sur le resserrement de l’espace politique, alors que le Bénin était décrit pendant des années comme un modèle de pluralisme en Afrique de l’Ouest. Des observateurs ont déclaré que la scène politique est « largement soumise au camp présidentiel » à seulement deux semaines de l’investiture.
Les dirigeants du parti ont présenté leur décision comme un « reconnaissance des résultats des urnes » et un engagement pragmatique dans un nouveau parcours. En revanche, les critiques, notamment des dirigeants du parti des Démocrates, y voient le fruit d’années de restriction des « règles électorales » à l’encontre de l’opposition, y compris l’arrestation de personnalités d’opposition et des condamnations à des peines de prison, selon ce qu’a rapporté un média.
D’autre part, le président sortant Patrice Talon présente ses réformes depuis 2016 comme une tentative de « purifier la scène politique » des petits partis. Cependant, ses adversaires soutiennent que ces réformes ont engendré une « domination des partisans » qui avancent avec un seul candidat lors des grandes élections.
Que réserve le 24 mai prochain?
Wadagni, issu du ministère de l’Économie et des Finances, devrait prêter serment le 24 mai dans un contexte où la voix de l’opposition est limitée au sein des institutions. Les médias au Bénin s’interrogent sur l’avenir de l’opposition en dehors du parlement et sur la capacité du parti des Démocrates à reconstruire sa présence électorale pour les prochaines échéances, dans un pays qui a récemment connu une tentative de coup d’État avortée en décembre.
Avec cette adhésion, Wadagni entre au palais présidentiel avec une large majorité, tandis que le changement du dernier parti d’opposition participant aux urnes jette une ombre sur un débat plus large concernant l’avenir du pluralisme politique au Bénin.





