Africa-Press – Benin. Un récent rapport d’un réseau de recherche a révélé qu’une large part des citoyens dans les pays africains perçoit les systèmes judiciaires officiels comme injustes, coûteux et lents, alors que les systèmes de justice traditionnels continuent de jouer un rôle influent dans la résolution des conflits au sein de nombreuses communautés.
Le rapport s’est basé sur les résultats de 50 961 entretiens menés dans 38 pays africains au cours des années 2024 et 2025, dans le but de mesurer les opinions des citoyens concernant l’accès à la justice et leur confiance dans les institutions judiciaires officielles et non officielles.
Les résultats ont montré que les citoyens africains ont recours à plusieurs voies pour résoudre les conflits juridiques. Ainsi, 41 % des personnes interrogées considèrent que la police est l’entité à laquelle on peut d’abord faire appel, tandis que 7 % choisissent les tribunaux locaux, et 26 % préfèrent se tourner vers les chefs traditionnels, les tribunaux coutumiers ou les personnes âgées pour résoudre les problèmes juridiques.
Le rapport a souligné la persistance d’une faible confiance dans le système judiciaire officiel, avec seulement la moitié des répondants exprimant leur confiance dans la capacité des citoyens ordinaires à obtenir justice par le biais des tribunaux. De plus, 51 % estiment qu’ils peuvent obtenir des jugements équitables, tandis que seulement 43 % croient que les affaires peuvent être tranchées dans un délai raisonnable.
Les résultats mettent en lumière un sentiment croissant d’inégalité devant la loi, 59 % des participants affirmant que les citoyens sont « souvent » ou « toujours » traités de manière inégale au sein du système judiciaire, ce qui reflète une baisse de confiance dans le principe d’égalité juridique entre les individus.
L’étude a également révélé la persistance des obstacles financiers qui limitent l’accès à la justice, avec seulement 46 % des répondants déclarant qu’ils peuvent se permettre les frais d’assistance juridique si nécessaire, tandis que 44 % affirment qu’ils peuvent couvrir les frais et procédures judiciaires devant les tribunaux.
Concernant l’application de la loi et les sanctions judiciaires, les participants ont exprimé de vives inquiétudes quant à l’impunité des personnes influentes, 48 % considérant que les personnalités influentes peuvent facilement échapper à la punition, contre seulement 13 % qui estiment que cela s’applique également aux citoyens ordinaires.
Le rapport conclut que ces résultats reflètent les défis persistants liés à l’accès à la justice dans de nombreux pays africains, que ce soit en termes de coûts de litige, de rapidité de traitement des affaires ou de garantie d’égalité devant la loi, poussant une partie des citoyens à recourir aux mécanismes de justice traditionnels en complément des institutions judiciaires officielles.
Il convient de noter que ce réseau de recherche est une organisation africaine indépendante et non partisane qui se consacre à mesurer les opinions des citoyens sur la démocratie, la gouvernance et la qualité de vie sur le continent, ayant réalisé dix vagues d’enquêtes depuis 1999.





