Projet Dernière Chance Une Épopée Scientifique

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Projet Dernière Chance Une Épopée Scientifique
Projet Dernière Chance Une Épopée Scientifique

Africa-Press – Benin. La question agite régulièrement tout bon lecteur cinéphile qui se respecte: lorsqu’un livre que je n’ai pas lu mais qui m’attire est adapté en film, dois-je lire le livre avant d’aller voir son adaptation, ou bien faire l’inverse? Il est vrai que, bien souvent, le livre perd tellement de plumes lors de son passage sur grand écran qu’il semble préférable de lire l’oeuvre originelle avant de découvrir ce que la moulinette cinématographique en a recraché et ce qui y a été rajouté parfois au forceps et en dépit du bon sens.

La première bonne surprise de « Projet dernière chance » de Phil Lord et Chris Miller (sortie le 18 mars 2026), c’est qu’il contrevient à cette règle trop fréquente. C’est une très bonne adaptation qui respecte parfaitement la trame et les péripéties du livre.

Ceci expliquant peut-être cela, l’auteur du roman originel sorti en 2021, Andy Weir, a collaboré avec le scénariste Drew Goddard. De plus, ce dernier n’est pas étranger à l’univers de l’auteur de SF américain, puisque c’était déjà lui qui avait adapté son précédent roman “Seul sur Mars“, réalisé par Ridley Scott en 2015.

Père Fouras dans l’espace

Comme le roman, le film s’ouvre sur Rylan Grace, prof de sciences dans un collège, qui se réveille, à priori d’un long sommeil (ses cheveux lui arrivent aux hanches, sa barbe au torse). Il découvre qu’il est le dernier survivant d’une expédition spatiale chargée de comprendre et neutraliser des bactéries extraterrestres qui semblent dévorer l’énergie du soleil -et baptisés pour cette raison astrophages-, condamnant la Terre dans un avenir proche. Fidélité encore au matériau d’origine, le film est construit sur une alternance de flash-back entre la situation actuelle de Ryan et les circonstances passées qui l’y ont conduit.

À 12 années-lumière, Ryan va alors faire une rencontre décisive qui pourrait changer le cours de la mission, un extraterrestre entièrement rocheux, ayant la forme d’une araignée géante à 5 pattes sans yeux et poursuivant la même mission que lui, sauver sa planète menacée également par les astrophages.

Rocky picture show

Deuxième bonne surprise: cette créature minérale que le Terrien nommera logiquement “Rocky“ apparaissait, à priori, comme un défi impossible. Comment susciter l’empathie avec un tas de cailloux sans visage absolument pas anthropomorphique? A l’heure de la suprématie écrasante des effets spéciaux numériques dans les productions hollywoodiennes, l’équipe du film a opté pour la difficulté en ayant essentiellement recours à des effets pratiques. Peu de fonds verts, de vrais décors pour le vaisseau spatial et un extraterrestre tangible: une marionnette animée par une armada de manipulateurs, coincés sous de fausses cloisons. Le résultat est payant: on croit vraiment à ces échanges et à cette complicité qui nait entre ces deux espèces vivantes totalement différentes qui doivent s’entraider, et apprendre à s’entraider, pour sauver leurs mondes respectifs de la destruction.

Communiquer, c’est vivre

Pour ce faire, il leur faut tout d’abord se comprendre. Rocky n’a pas d’yeux, ne communique que par des sons. Les deux étrangers commencent par se mettre d’accord sur les distances, par s’accorder sur une notion commune de temps. Cela donne lieu dans le livre à des scènes assez inédites de prise de contact entre deux espèces suffisamment sophistiquées pour être capables de concevoir des vaisseaux spatiaux, mais dont les évolutions ont pourtant suivi deux chemins différents, presque orthogonaux. Les mathématiques, langage universel, vont ainsi leur permettre de trouver un premier terrain d’entente à partir duquel ils vont peu à peu bâtir un mode de communication commun.

Le récit est ainsi émaillé d’embûches que les deux héros doivent surmonter, la science étant le plus souvent le moyen d’y parvenir. Tout y passe, physique, astrophysique, chimie, biologie cellulaire, mécanique, etc.

Pas aussi scientifique que « Seul sur Mars »

Malheureusement, si l’adaptation cinéma est réussie, en ce sens que le film est distrayant et émouvant comme peut l’être par ailleurs le roman, c’est malheureusement aux dépens de toute cette richesse scientifique parfois assez complexe.

Bien entendu, un film n’étant pas un livre, il aurait été impossible de respecter totalement ces pages. Néanmoins, on peut regretter que les problèmes techniques et scientifiques de Ryan et Rocky n’aient pas plus de temps d’écran. Drew Goddard avait pourtant réussi, lors de sa précédente adaptation de “Seul sur Mars“, à s’appesantir largement sur les casse-tête que le héros devait résoudre pour survivre. Cette fois, le ton a été essentiellement mis sur la comédie et l’émotion, la science et la gravité de certaines situations passant largement à la trappe.

Un film épistémologique

Du moins, c’est le cas dans les grandes lignes. Car, il demeure un aspect qui n’a pu être amputé de cette adaptation, une notion quasi épistémologique qui court tout le long des 2h37 du métrage. L’idée, somme toute très rafraîchissante et positive, que la science repose plus sur un savoir collectif qu’une intelligence individuelle, que les découvertes dépendent de structures et de constructions sociales et historiques, pas d’intuitions géniales, que deux espèces aux antipodes l’une de l’autre peuvent malgré tout communiquer et réaliser de grandes choses.

Alors, s’il s’agissait maintenant de répondre à la question du début, “Projet dernière chance“ apparaît comme le contre-exemple parfait de la règle des adaptations. En effet, peut-être vaut-il mieux voir le film en premier, s’extasier de cette photographie sublime, s’émouvoir de cette exo-rencontre drôlatique, pour ensuite mieux profiter de toutes les énigmes scientifiques dont Andy Weir a truffé son aventure aux confins du cosmos.

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