Africa-Press – Benin. C’est une façon originale d’aborder le biomimétisme. Pour concevoir leur robot humanoïde, des chercheurs de l’Université des sciences et technologies du sud de la Chine ont voulu s’inspirer de nos os. Leur étude vient d’être publiée dans l’édition du 23 janvier 2026 de Science Advances. Plus précisément, l’idée des scientifiques chinois a consisté à donner aux jambes de leur machine les caractéristiques mécaniques de notre structure osseuse: légèreté, solidité, et une bonne capacité à absorber des chocs.
Ajoutez à cela la possibilité de s’allonger. Mais si un os humain en croissance grandit petit à petit, et ne peut pas revenir en arrière, celui de ce robot nommé GrowHR peut pousser et se contracter indéfiniment. Ainsi, la taille de ce bipède artificiel peut passer de 49cm de haut à 1,36m – soit un gain en taille de 278%. Derrière cette prouesse, un dispositif extensible composée de chambres gonflables, qui donne à l’ensemble… un petit air d’accordéon !
La morphologie de GrowHR lui permet différents modes de locomotion
Ainsi, la “jambe” de GrowHR est constituée d’une structure souple dont l’élément principal est une chambre à air en PVC, capable de s’étirer en longueur lorsqu’elle est gonflée. Autour de cette chambre, une gaine textile semi-rigide agit comme une peau externe: elle limite l’expansion dans le sens de la largeur et contraint la déformation dans la longueur.
L’ensemble est maintenu sous contrôle grâce à des câbles tendus entre les extrémités de la jambe: de quoi les conserver parallèles pendant l’extension. Enfin, des élastiques circulaires placés autour de la jambe resserrent les chambres gonflables quand elles sont vidées de leur air, pour leur conserver une forme compacte et contrôlée. Ce sont ces élastiques qui font ressembler l’ensemble au “piano du pauvre” !
Cette morphologie permet à GrowHR d’adopter différents modes de locomotion. Il est capable de marcher, ramper comme un ver en synchronisant ses moteurs et ses liaisons gonflables. Et même nager en imitant la brasse. Sa structure souple lui permet de s’immiscer, façon contorsionniste, dans des ouvertures ne faisant que 60% de sa largeur. D’où la possibilité de traverser des passages étroits ou de se faufiler dans des espaces exigus. Une fois replié, il tient dans une boîte de 60 cm.
Pensé pour évoluer dans des environnements complexes, ce robot est aussi conçu pour une interaction sûre avec les humains. “Grâce à ses matériaux souples, il peut être soulevé, tomber, ou heurter des objets sans risque de blessure”, écrivent les chercheurs dans leur publication.
Courants ascendants pour les robots humanoïdes
Cette notion de sécurité dans leur relation avec nous, c’est une condition sine qua non pour que se développent les robots humanoïdes, lesquels semblent profiter de courants ascendants. Déjà, la société chinoise Unitree propose à la vente de pareils engins à moins de 25.000 euros, des prix dont les experts imaginent qu’ils seront bientôt revus franchement à la baisse. “Nous pensons qu’il y a là un vrai potentiel commercial. Et il n’y a pas qu’Unitree. Des projets très aboutis comme Atlas de Boston Dynamics ou Optimus de Tesla sont aussi très impressionnants”, réagit auprès de Sciences et Avenir le chercheur chinois Wang Ting, qui a participé à la conception de GrowHR.
Le scientifique de l’Université des sciences et technologies du sud de la Chine concède d’ailleurs que de nombreux développements attendent leur invention: “Bien que notre étude ait démontré des interactions fiables entre l’humain et le robot, comme un engagement sécurisé avec un enfant de six ans, il reste nécessaire d’ajouter d’autres fonctions d’intelligence artificielle pour les applications familiales futures, reprend Wang Ting. Les environnements domestiques sont en effet plus complexes que les conditions contrôlées d’un laboratoire.”
Ainsi, GrowHR pourrait être à l’avenir doté d’une IA lui permettant d’optimiser en temps réel sa morphologie pour garantir stabilité et efficacité sur des surfaces domestiques irrégulières: les jambes ne devront pas être gonflées de la même façon selon qu’elles marcheront sur un solide carrelage ou le sol meuble d’un bac à sable.
L’IA permettrait aussi “de fusionner les données de caméras embarquées avec les informations proprioceptives provenant de la structure elle-même, par exemple, la pression dans les chambres gonflables, ajoute le spécialiste. Cela lui permettrait de comprendre de manière sémantique (c’est-à-dire de façon fonctionnelle, nldr) le terrain et les forces d’interaction.” Dans le domaine de la robotique comme ailleurs, l’IA va donner un coup d’accélérateur.





